Musique

Dorothée Munyaneza, une femme toujours debout malgré l’horreur

Dorothée Munyaneza, une femme toujours debout malgré l’horreur

13 novembre 2017 | PAR Kevin Sonsa-Kini

A l’occasion des deux ans des attentats qui ont touché Paris il y a deux ans le vendredi 13 novembre 2015, le chanteur Babx est le rédacteur en chef de Toute la culture. TLC vous propose de découvrir le portrait de la chanteuse, danseuse et chorégraphe Dorothée Munyazena avec laquelle Babx avait déjà collaboré pour son titre « Naomi aime » en 2013, elle vocalise sur « Omaya », le deuxième morceau d’Ascensions

Dorothée Munyazena est née à Kigali au Rwanda en 1982. Son père est pasteur et sa maman est journaliste. Son père pasteur protestant est très engagé dans le dialogue entre chrétiens et rwandais. Selon Dorothée Munyazena dans Le Point, son père « prêchait la réconciliation et souvent des militaires venaient à la maison parce qu’il osait dire des choses mal reçues par les hommes politiques. Pendant le génocide, il est plusieurs fois « embarqué » par les miliciens hutus et échappe de peu à la mort. La machette s’arrêtait au niveau de la nuque. »

Le 6 avril 1994, elle est la rescapée du génocide  de 800 000 tutsis au Rwanda. Elle est alors âgée de 12 ans. Entre avril et juillet 1994, 100 000 à 250 000 femmes sont violées pendant les 100 jours du massacre. 2000 à 5000 enfants seraient nés de ces viols. Toujours en 1994, Dorothée Munyazena s’installe à Londres avec sa famille ne parlant pas français. Elle y étudie la musique à la Jonas Foundation ainsi que les sciences sociales.

Pour s’exprimer sur le génocide meurtrier qu’elle a subi en 1994, Dorothée Munyazena rencontre le regretté chorégraphe Alain Buffard avec lequel il exprime ce qu’elle a vécu: « Alain Buffard a demandé à chacun des danseurs de la troupe de raconter sur scène une histoire personnelle. Tout est remonté à ce moment-là, et cela a été extrêmement violent. L’une des danseuses de la compagnie a éclaté en larmes en voyant ma performance […] Au départ, j’écrivais pour moi. Progressivement je me suis dit que tout cela était intéressant pour la scène. » s’est-elle souvenue dans La Provence. C’est ainsi qu’en 2013 elle écrit sa première pièce « Samedi détente » qu’elle joue en 2014 à l’occasion des 20 ans du génocide de 1994. Le nom « Samedi détente » est issu d’une émission de radio que Dorothée Munyazena écoutait au cours de son adolescence avec des amies: « Pour moi, c’était une offrande, je leur rapportais ce qui reste, un témoignage devenu une œuvre artistique. Mes parents ne parlaient jamais en terme d’appartenance à une communauté, ils voulaient qu’on se considère comme rwandais et chrétiens. Symboliquement, c’était important pour moi. »: confie-t-elle à La Provence.

En 2017, Dorothée Munyazena a tenu à rendre un dernier hommage au génocide de 1994 avec sa deuxième pièce intitulée « Unwanted » qu’elle joue au Festival de Marseille et au Festival d’Avignon. C’est une pièce qu’elle interprète en compagnie des collégiens de Versailles et d’Elsa Triolet: « Leur parcours est jonché d’obstacles et de tensions avant d’arriver à l’école: ils traversent des ordures, ça crie, ça klaxonne. Forcément, ils arrivent tendus et en même temps, ils sont très volontaires. J’ai voulu leur tendre la main. Leur sentiment d’exclusion est tel, qu’il ont besoin qu’on les écoute. » exprime-t-elle au journal La Provence.

Visuel: Dorothée Munyaneza © Bruce Clarke

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Kevin Sonsa-Kini

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