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Rush Festival – Presqu’île Rollet Rouen : Bord de Seine et grand soleil, conférences, dance-floor et grosses pointures

Rush Festival – Presqu’île Rollet Rouen : Bord de Seine et grand soleil, conférences, dance-floor et grosses pointures

03 juin 2018 | PAR Antoine Couder

Trois jours de musique sur le thème de la transe, sous le haut-patronage de Rodolphe Burger, programmateur invité de cette nouvelle édition rouennaise.

Bord de Seine et grand soleil, conférences, dance-floor et grosses pointures : on se croirait à We love Green sans le stress et le strass parisien. Burger a réuni quelques proches et ouvert grand la fenêtre de sa programmation. On picore donc du nord au sud de la planète, entre jazz, folk et musique du monde tout au long de trois journées de musique. Vendredi, Kokoko ! a fait forte impression avec sa musique à base de grille-pain, casseroles et machine à écrire qui a balancé la transe de Kinshasa sur les rebords tranquilles de Normandie. Burger est là, tout le temps, discutant avec les uns et les autres, soutenant les artistes, apportant ce sel et cette passion qui font le beau métier de parrain de festival.

Folie sérieuse de Fantazio. Samedi, la journée commence en douceur avec Agnès Gayraud (La Féline) qui discute en philosophe qu’elle est aussi, de la transe et de son interprétation selon les contextes et les cultures. On apprend au passage que Bertrand Belin, souffrant, ne pourra être du festival et que Tricky flashe totalement sur les bulots (qu’il déguste sans mayo). Papotage de festival … Vient le premier gros choc du Rush 2018, la performance à la contrebasse de Fantazio, son verbe surréaliste et sa folie sérieuse qui nous entraînent vers un état d’apesanteur improvisé (ou presque) où les mots se fragmentent, rebondissent en mini-rimes (ou presque). Intro rugueuse et message explosif porté par la nostalgie de l’enfance (« ma branlette au service de la France ») entre underground 70’ et old time music. Magnifique écho lancé à travers deux micros dont l’un semble créer un effet de chœur sur ces mots dont on ne sait s’ils relèvent d’un patois poétique ou d’une langue étrangère dont on finit – à force- par capter le sens. Pendant ce temps là, le collectif Nord-Africain Amar 808&the Maghreb United soulève le dancing de sa ferveur communicative, electro traditionnelle. Il faut chaud, très chaud.

« Allez, continue comme ça » À suivre « il est vilaine » impeccable dans son electro-dance post-New wave qui ramène la musique électronique du côté des beats synthétiques du rock (on reconnait la touche de l’entourage Burger). Sur la grande scène, le quatuor « Sons of Kemets » tranche par son approche plus savante, jazz, free jazz et fanfare menés par un saxo ténor, tuba et deux batteries. Des moments de grâce malheureusement engoncés dans ce qui – dans le mood de ce Rush-  peut paraître un peu trop académique. Le soleil va se coucher lorsque Burger arrive sur scène avec sa dream team (Murcia- Calpini) profitant de l’ampleur qui lui est offert pour faire rugir son disque « Good »en présence de quelques invités, conviés sur sa scène. Le public adore, « Samuel Hall » (la musique écrite pour Bashung et reprise sur le dernier album) prend des airs de légende. Suit une pause bien méritée où l’on hante les camionnettes de food pour dénicher quelques curiosités (plat végétarien indonésien) avant de chiner sur le stand du disquaire « L’encre et la plume » à la recherche d’une perle oubliée (la BO de Cat people par Giorgio Moroder, 12 euros).

Indéchiffrable Tricky. La soirée va s’achever avec Tricky, tout droit arrivé de Roumanie nous dit-on, content d’être là et toujours plus étrange en live, déchiré et déchirant, travaillant comme dans un studio une succession de prises qui guettent l’apparition d’une aura. Batterie solide, guitare résonnante de riffs presque metal et invitée polonaise solaire prête à se plier aux consignes indéchiffrables du maître. Peine perdue, les tentatives s’enchainent entre jeu débraillé et danse sportive qui ressemblent de plus en plus à du Kenneth Anger noyé dans du Jimi Hendrix. Improbable et incroyable, Tricky offre une vue imprenable sur le live dans sa perpétuation improvisée et sanguine, dans cette pulsion de vie sans cesse menacée d’anéantissement. Puisqu’on parle de transe… Le public hésite, sans doute a-t-il peur de ne pas comprendre et, du coup, préfère ne pas liker comme dirait Fantazio. À l’horizon, derrière la scène, ce grand pont qui traverse la ville sur lequel les voitures sont lancées tout feu dehors, glissant comme des vaisseaux spatiaux qui repartent sur orbite. Tricky lance « Overcome » (« vaincre »), titre d’ouverture de son disque mythique « Maxinquaye ». La fin est proche.

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

Une réflexion sur « Rush Festival – Presqu’île Rollet Rouen : Bord de Seine et grand soleil, conférences, dance-floor et grosses pointures »

Commentaire(s)

  • dal.

    C’est la boutique « De Bruit et d’encre » :)

    juin 4, 2018 at 9 h 11 min

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