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Retour sur la magistrale Route du Rock 2022

Retour sur la magistrale Route du Rock 2022

06 septembre 2022 | PAR Pierre Pouj

Pour finir en beauté l’été, il fallait se rendre du 17 au 20 août à Saint-Malo. La ville corsaire accueillait au sein de ses remparts et au pied d’un Fort de la région la trentième édition de la Route du Rock, festival de rock indé renommé dans l’hexagone. Et ce trentième anniversaire fût une réussite.

 

« Tu sais, on en a fait des éditions entières avec ce temps-là » nous glisse Matthieu, les yeux à peine ouverts, dimanche matin, sous la pluie. Autour de nous tout le monde tente de sauver ce qu’il peut, de ranger au plus vite sa tente, son duvet et ses affaires, pour se mettre rapidement à l’abris. Certain.es sont arrivé.es la veille, d’autres vendredi voire dès jeudi après-midi pour les plus courageux.euses. Tous et toutes se sont réuni.es pour fêter dignement les 30 ans de la Route du Rock. Ce festival de rock indé, basé aux alentour de Saint-Malo, est resté fidèle à sa réputation, c’est le cas de le dire.

« Je t’avoue, je connais presque rien de la prog, mais je sais que ça va être bien ». Nous raconte Julien, dans le bus entre Paris et Saint-Malo. « Ça fait pas mal de temps que je viens, je sais que je serai pas déçu ». Car la Route du Rock, c’est avant tout un festival d’habitué.es. Chacun.e y va de sa petite anecdote, de son petit souvenir. Cette communauté de la Route se retrouve chaque année pour partager un weekend exceptionnel, entre les plages de Saint-Malo et le Fort de Saint-Père, pour écouter de gros noms, comme de petites pépites, qui font les bonnes heures de ce qu’on appelle un peu trop communément le rock.

A l’heure où Rock en Seine, grande sœur dans l’échelle des festivals, vend son âme contre un Golden Pit (partie de la fosse privatisée et forcément payante), un early access (payant lui aussi), des photos de Johnny Depp à côté d’un stand Nous Toute et des corners Free Now et Transavia alors qu’il se qualifie d’écolo, retrouver un festival à échelle humaine où le rock est encore au centre de l’attention fait vraiment du bien. Certes, les Arctics Monkeys et Nick cave n’étaient pas là, mais la fine fleure du rock était présente. On retiendra Wet Leg et Fontaines D.C. le premier soir, le magique Kevin Morby, le dandy Baxter Dury et les intenses Limiñanas le second, pour terminer avec Beak> et les impressionnants Fat White Family, qui ont repris la headline de pied ferme après la triste annulation des australiens King Gizzard and The Lizard Wizard. Un weekend de liesse basé sur de la guitar music absolument géniale.

Les touristes habituels de Saint-Malo font parfois les gros yeux en voyant déambuler au centre de la vieille ville ces groupes de jeunes et moins jeunes, une bière à la main pour la plupart, avec des cernes variablement creusées en fonction de l’avancée du weekend. Car la journée, il fallait être au pied des remparts de la ville, sur les plages, pour pouvoir assister aux différentes activités. Tournoi de foot (gagné par une vaillante équipe d’habitués), Dj set, Concerts et diverses activités sont au rendez-vous, quand la météo le permet. A l’inverse du vendredi après-midi, noyé sous la pluie bretonne, samedi aura eu la chance d’être accompagné d’un soleil rayonnant. Et il n’est pas difficile d’imaginer le luxe d’être allongé sur le sable, la tête encore un peu trop lourde de la vieille, devant un DJ set ou un concert, remarquable d’ailleurs, de la canadienne Tess Parks, et ses balades rock indé absolument parfaites pour l’occasion. Un moment un peu hors du temps, une pause bénéfique dans un weekend plus que chargé.

Pour accéder au Fort Saint-Père, lieu principal du festival, il faut prendre une navette, et regarder pendant une demi heure défiler les zones commerciales et de longues lignes droites un peu tristes. Puis un virage à droite, nous voilà au pied d’une rue, à droite le camping, à gauche le festival. Pour les plus puristes, un passage au camping s’impose, pour l’institutionnel apéro de 17h. Certes, on rate les premiers concerts, mais l’on retiendra surtout l’esprit de fête qui parcours ces tentes, où l’on se rencontre, se retrouve et refait le monde sur des bonnes chaises de campings inconfortables et une boisson un peu tiède.

C’est bien là où le festival est une réussite. L’ambiance, dans la vieille ville ou au pied du Fort, est au beau fixe. Les festivalier.ères sont heureux et heureuses d’être ici, et cela se ressent. De même, il est nécessaire de souligner la gentillesse des bénévoles et agent.es de sécurité, avec toujours un petit mot pour chacun.e. De plus, l’accent est d’ailleurs mis dans les détails. Le son d’une qualité exceptionnelle, les queues jamais trop longues, la captation vidéo des concerts de la grande scène d’un esthétisme fou. Cela ne saurait faire oublier les quelques défauts encore présent dans le festival. L’attente en plein cagnard parfois extrêmement longue (pouvant dépasser l’heure) des navettes en direction de la vieille ville reste l’un des majeurs points d’ombre du festival. Encore, même si ce n’est pas forcément imputable à La Route du Rock en elle-même, on vit dans un monde où il est encore impossible pour une festivalière de profiter des concerts sans être sujette à des comportements toxiques dans la fosse ou ailleurs. Des moyens de luttes commencent à émerger dans différents festival, on espère qu’ils seront présents pour la prochaine édition, qu’on attend avec grande impatience.

Il faut pour terminer avertir toute personne dont ce papier aura éveiller un intérêt pour ce magnifique festival, le retour à la vie réelle est parfois compliquée. Cette « dépression post-RdR », comme on l’appelle, n’est pas curable. Elle peut en revanche être adoucie grâce à Arte Concert. En effet, la plupart des concerts magnifiquement captés sur la grande scène sont disponibles sur leur chaîne. On ne peut que vous conseiller les magistrales performances de Kevin Morby, les Limiñanas et Fat White Family. Des beaux exemples de ce qu’est la Route du Rock, un festival lui aussi magistral.

Crédit Photo : Affiche de La Route du Rock 2022

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Pierre Pouj

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