Pop / Rock

Red + Bruit noir affichent complet

Red + Bruit noir affichent complet

20 février 2019 | PAR Antoine Couder

Profondeur du blues et rock’n roll stand-up étaient au programme du Point Ephémère mardi 19 février.

Limpide Red. Une chance d’entendre et de voir Red sur scène et se laisser envahir par son folk blues allègre et impatient, plongé dans quelques sons d’ambiance, electro-cosmiques ou voix d’enfants, de plus en plus vespéral à mesure qu’avance le show –à vrai dire magnifique- tout en retenues et épopée vibrante trempée dans le meilleur de la musique américaine. L’intéressé cite Neil Young mais on pense aussi à Jim O’Rourke et Gil Scott Heron, Nick Cave également même si ce dernier n’est pas américain. Tout seul avec ses machines, il va au bout du possible c’est sans doute ce qui est très fort. Lorsqu’il parle avec le public, on distingue cette sorte de vrai-faux accent de celui qui chante un peu trop en anglais et en garde la langue en bouche. Red a produit deux albums à presque 8 ans d’intervalle et le fil entre les deux est éclatant, comme du reste sa musique indémodable.

Urgence noire. On en vient à l’événement de la soirée pour qui un public nombreux et sympathique s’était déplacé. On y retrouve tout ce qui fait la pureté rock, l’envie d’y croire et de partager. Et le public puisqu’il il y croit vraiment devient soudainement très beau. Parce que si Bruit Noir n’existait pas, il faudrait l’inventer. Le duo formé par Jean-Michel Pires (musique) et Pascal Bouaziz (texte) répond à peu près à tous les désirs de l’époque. Désenchantement slammé, plongé dans les références culturelles tragiques et inestimables que nous ressassons chacun de notre côté : Rocco et ses frères, Daniel Darc, Alain Badiou, Arno, Romy Schneider Incroyable de les voir convoqués avec humour dans cette psalmodie qui décrit la déroute du rock, du rock français en particulier mais pas que.

Miracle du bruit. Avec Bruit Noir il y a cette interrogation à haute voix sur ce que l’on peut encore dire, quel mot, idée a encore un sens, comment encore produire de la culture dans ce moment de déclin de l’anthropocène. Magnifique « les animaux sauvages », on croirait entendre un homme à terre qui finit son prêche avant de disparaître à jamais et c’est cette urgence qui fait l’incroyable performance du duo même s’il lui faut faire face à plusieurs paradoxes : s’empêtrer dans le « c’était mieux avant » (1967), devenir une sorte d’Hanouna des profs de français, les « Fauves » pour les plus de 45 ans, celui enfin de raconter tranquillement sa loose sous les applaudissements. Du coup, Bouaziz qui ailleurs est également auteur et guitariste, livre un show qui -bien qu’improvisé- sonne parfois un peu creux. Mais la prise de risque est tellement énorme qu’on lui pardonne très vite. On a envie de dire que tout est dans le dernier disque hautement recommandable même pour les moins de 20 ans qui évidemment ne pourront pas comprendre. À moins que… Un miracle peut-être…

 

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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