Pop / Rock

Moon gogo – Tout sauf un attrape gogo

Moon gogo – Tout sauf un attrape gogo

17 janvier 2018 | PAR Antoine Couder

Le nouvel album du duo franco-coréen tranche par sa poésie, sa nonchalance inspirée et sa liberté sans frontière. Sous les machines, le blues du monde entier.

Un duo disjonctif et coquin, des bacchanales vénéneuses qui dansent autour des fantômes de Syd Barrett et d’Alan Vega dans un disque un peu intello, un peu new wave qui redescend au stade élémentaire de la musique. Un manche que l’on saisit, une voix d’abord murmurante, prête à suivre tous les tempos du monde et d’abord celui d’E Joung –Ju qui tape sur un geo mungo entre basse, contrebasse et percussion.

Imprévisible. Magique en soi et d’autant plus magique que la rencontre avec l’ex-Little Rabbits, visiblement en pleine forme, pousse la musique des Gogo vers une belle synthèse faite de souvenirs de folk et de musique improvisée, de machines que l’on tord pour revenir au blues et aux berceuses diverses et variées. Impossible, du coup, de chercher des références tant celles-ci déjà impétueuses chez Little Rabbits (les 45hits réarrangés de Radio) versent ici dans l’imprévisible. Bright eyes dans sa geste rarities, electro-post rock et remontées acides du bayou, minimalisme des guitares, voix post-psychédéliques qui hésitent puis se cristallisent en mantras orientalistes ( Hangukae nal aka My Rihanna).

Piste indienne. A la première écoute, le disque semble voguer sur les terres froides et austères du New York des avant-gardes, tout en psalmodies et en rigueur, à l’image de ces châtiments corporels qu’on inflige aux victimes consentantes des longues nuits de transe (Chulgang). Par la suite, et notamment en live, la tension rythmique se fait plus évidente et la ballade déconstructiviste devient fête tribale, à la fois amérindienne et américaine, à l’image de ce graffiti repéré sous un pont à Manhattan, en 1980 : Wheels over indian trails… Des roues sur la piste indienne. Exactement l’effet que procure ce disque hautement recommandable, ni branché ni old school mais carrément stupéfiant.

Joy – Moon gogo (Havalina records- Differ-ant).

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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