Pop / Rock

[LIVE REPORT] THE PRODIGY, TONY ALLEN REVIEW FEAT. DAMON ALBARN & OXMO PUCCINO, CALOGERO ET THE STRYPES AUX VIEILLES CHARRUES

[LIVE REPORT] THE PRODIGY, TONY ALLEN REVIEW FEAT. DAMON ALBARN & OXMO PUCCINO, CALOGERO ET THE STRYPES AUX VIEILLES CHARRUES

19 juillet 2015 | PAR Thibaut Tretout

C’est sous un ciel gris, laissant présager la pluie, que les festivaliers investissent, certains pour la troisième journée consécutive, le site des Vieilles Charrues, où l’affluence en ce samedi se révèle considérable.

Pour inaugurer cette journée, George Ezra, silhouette gracile, sourire extatique et voix charmeuse, interprète une série de ballades, et bien évidemment l’inévitable «Budapest », résonnant comme un tube qui nous aurait accompagnés depuis toujours. Avec indolence, semble-t-il, George Ezra peut parfois manquer de justesse, et se dérobe à la fin du concert précipitamment, mais il y a chez lui des accents parfois de Louisiane, tout en contraste avec sa jeunesse, et les musiciens qui l’accompagnent exécutent leurs morceaux avec une indéniable maestria.

Au pied de la scène Kerouac, comme à l’accoutumée, les festivaliers désireux d’entendre Tony Allen ont d’ores et déjà pris place. Accompagné de Damon Albarn, puis d’Oxmo Puccino, le batteur de légende, l’un des pères de l’afrobeat, joue avec un plaisir évident, mais la prestation, peut-être parce que trop proche de ce qui serait en somme un bœuf à Carhaix, peine à convaincre. Oxmo Puccino a beau tenter le partage avec variations sur le « Requiem pour un con », ou l’émotion avec « L’enfant seul », ce concert déçoit quelque peu, malgré l’envie qui nous prend de souhaiter, nous aussi, un très joyeux anniversaire – à la demande de Damon Albarn – à monsieur Tony Allen.

Autre scène, autre ambiance : en Grall, Thylacine capte au saxo et aux platines un public de plus en plus nombreux et de plus en plus enthousiaste, transporté par le beat de William Rezé, peut-être un brin répétitif parfois mais surtout efficace et balancé avec autant de maîtrise que de générosité. Pour son dernier morceau, véritable apothéose du concert, Thylacine convie les «fous du premier rang» à le rejoindre sur scène et à danser autour de lui, dans un esprit de convivialité qui aura su rassembler tout le monde, et qui aurait mérité sans doute une programmation plus longue, ou plus tardive.

Face à la foule, où se remarquent surtout des fans d’un certain âge, Calogero et ses trois musiciens scandent le droit pour chacun d’être amoureux, et habitent véritablement la scène principale. Bondissant, drôle et doué d’un irrésistible entrain, Calo fait le show de façon magistrale, avec punch – même sans Passi, «Face à la mer» s’impose avec évidence – et émotion – «Plus jamais ça» repris par des milliers de spectateurs a quelque chose de presque magique -, tenant le rythme pendant un concert d’une heure et demi qui aura sans doute aucun comblé ses fans et permis à tous de prendre la mesure du professionnalisme incontestable de Calo qui part, déjà, sous « Les feux d’artifice ».

Isaac Delusion, sur la scène Grall, accomplit «pour tous les enfants de la nuit» une performance fraîche et pulsée, électro hip-hop et sensuelle, à l’image de l’envoûtant « We are walking in the midnight sun », qui entraîne son public avec une joie communicative.

Tout aussi remarquables, et plus encore même, les surdoués de The Strypes imposent un rock bluffant et magistral, dont l’ardeur juvénile a parfois des accents presque métalliques. Guitaristes virtuoses, chanteurs complices, les Irish boys sont, définitivement, «bloody brilliant», et il ne fait aucun doute qu’ils ont déjà trouvé leur place dans la galaxie du rock le plus pur et le plus endiablé. C’est avec une ferveur qui ne cède en rien à celle de The Strypes que les cinq fantastiques de The Shoes enflamment à leur tour la scène Grall. «Vieilles Charrues ça va chier», préviennent les Rémois, qui de fait transportent, soit qu’ils balancent du son cadencé digne des plus grands clubs – vive «YouTube» ! – soit qu’ils touchent avec des morceaux rappelant les plus belles ballades de Bruce Springsteen. The Shoes, en un mot comme en mille, tabasse, et dussent-ils nous couper les jambes à force de danser, le seul voeu qui nous vient est que la Reine de Coeur, jamais, ne leur tranche la tête.

Sur la scène principale, «l’assaut sonore» promis par The Prodigy à travers leur nouvel album – The Day is My Enemy – se déroule avec force. Prodigieux, d’une incendiaire prodigalité, les papes de l’électro britannique ont conservé une ardeur intacte et intemporelle, et déversent sur un public survolté – «my fucking French people» – le son brutal, indomptable même, qui les avait fait entrer dans la légende. Possédés, donc, et enthousiasmants, Liam Howlett et ses comparses ont à ce point fait rugir les enceintes qu’elles ont fini par rendre l’âme, provoquant le départ manifestement anticipé de The Prodigy, en lieu et place desquels retentit, dix minutes avant la fin prévue de cette prestation hallucinée, le thème Disney des Pirates des Caraïbes. Beaucoup moins convaincant, voire franchement inutile, le masque africain de SBTRKT ne suffit pas à dissimuler le caractère convenu de ce qu’il faut bien appeler, à regret mais en toute franchise, de la «soupe» électro.

La programmation laissant près d’une heure aux festivaliers qui restent attendre soit Caribbean Dandee, soit Fritz Kalkbrenner, c’est l’occasion rêvée d’aller découvrir l’ambiance fest-noz du chapiteau Gwernig, et la musique irréprochable du trio Fleuves, parfait alliage de la tradition celte et de la modernité bretonne. Ici, donc, pas de folklore, mais une rythmique irrésistible, sur laquelle tout se danse, dans un esprit de partage incontestable. Face au dilemme cornélien que représentait la nécessité de choisir entre Fritz Kalkbrenner et Carribean Dandee, la solution est venue de Joey Starr : venu «foutre le feu» et pour «du bordel», le rappeur le plus magnétique de sa génération exerce une véritable fascination. «Majeur en l’air», pétard à la bouche, tee-shirt trempé, Joey Starr et ses comparses, remontés à bloc, offrent à un public conquis au point d’en oublier la pluie, un concert proprement splendide et habité, digne du «premier d’la classe» qu’est ce monstre sacré du rap le plus «Badasse».

Thibaut Tretout et Gweltaz Le Fur.

Visuels : © DR

[Exclu] Le clip de « The Call » d’Aloha Orchestra
Jacques Delors appelle à refonder l’Union Européenne
Thibaut Tretout

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *