Pop / Rock
[Live report] Savages à la Gaîté Lyrique

[Live report] Savages à la Gaîté Lyrique

22 mars 2014 | PAR Bastien Stisi

Hier soir, les émergentes Londoniennes de Savages, vectrices d’un post-punk froid et brutal, étaient de passage à la Gaîté Lyrique pour venir y présenter leur premier et très remarqué album Silence Yourself.

Savages visuelEt pour les accueillir dans l’espace art déco 2.0 tout proche du métro Réaumur, c’est un public empli de tenants de l’habillage punk, de gamines surexcitées, de bobos aux préférences musicales plus rageuses que leur look vestimentaire, qui s’acculent dans une salle littéralement comble.

Le prétexte du rassemblement post-punk saccage les barrières socio culturelles qui séparent si souvent les humains de la capitale parisienne, et après une attente relativement longue (ce qui favorise la discussion avec l’ami pinte de bière…), le quartet amazonien apparaît enfin au-devant de la scène, armé du traditionnel armement guitare – basse – batterie – cordes vocales. Clappements de mains et salutations exaltées.

Trois accords balancés à la volée, et déjà, le public qui vacille dans la célébration ombrageuse d’un univers sonore qui cultive avec expertise l’art des silences tendus annonciateurs de terribles orages. Post-punk, la musique du quatuor l’est incontestablement, et évoquera aux esprits les plus aguerris la poésie torturée et tortueuse de Joy Division et de tous ses ouchebtis sonores les plus travailleurs.

Pour ce qui est du comportement scénique, en revanche, on est loin de l’étiquette collée de manière sans doute trop rapide (et trop caricaturale) sur le visage des membres du groupe lorsqu’il s’agit de les évoquer. Ni provocation séditieuse, ni démonstration d’une désinvolture fabriquée, ni déguisements de coqueluches punkettes : les filles de Savages ne reproduisent aucunement de manière mécanique les gestes symptomatiques du genre répétés par d’autres avant elles, et favorisent plutôt l’énonciation du langage post-punk par le biais des guitares et des hymnes au tonnerre. Pas besoin de montrer ses tétons ou de balancer sa bière dans le public pour être punk, bordel.

Les chevauchées tendues et frontales de « Shut Up », la plainte aérienne et terrienne de « Flying to Berlin », le saccage en bonne et due forme de « I Am Here »…Jenny Beth (ex moitié du groupe d’indie rock français John & Jehn) et ses congénères convoquent les rugueux et rigoureux morceaux de leur premier album Silence Yourself en même temps que les instincts viscéraux d’un public désinhibé.

Au terme d’une performance efficace et hautement musclée, les recrues du label londonien Pop Noire (chez qui on retrouve également Lescop, lui aussi présent dans la foule aux côtés des bobos cools, des vieux punks et des jeunes ados rebelles) n’oublieront pas de saluer poliment (et en français please) un public qui ne manquera sans doute pas d’être marqué par le joli paradoxe que traînent les quatre britanniques : décharnées dans le son, et bien éloignées de l’ignoble marketing punk récupérateur dans l’attitude scénique.

Remerciements sincères à Hadiatou Aufray

Visuel : © affiche du concert

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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