Pop / Rock
[Live report] No Ceremony /// et Money à la Maroquinerie

[Live report] No Ceremony /// et Money à la Maroquinerie

19 mars 2014 | PAR Bastien Stisi

Deux groupes issus de la scène indé mancunienne, une salle à l’accent anglicisé dans les hauteurs de Ménilmontant, un max de frissons sur les bras et dans les émanations vocales des protagonistes…les très dark Britanniques de No Ceremony /// et de Money investissaient hier soir les travées de la Maroquinerie parisienne :

Maroquinerie

No Ceremony ///, mais beaucoup de frissons

Dehors, un soleil quasiment printanier contente les humeurs malgré l’arrivée progressive de 20 heures passées. Devant le numéro 23 de la rue Boyer, une horde de Britishs lookés (parmi lesquels les quatre garçons que comporte le collectif Money), et aussi quelques Parisiens renseignés, attendent sagement l’arrivée sur scène de l’un des  groupes les plus énigmatiques de l’année écoulée.

Rapidement, le bruit de quelques engins numériques glacés retentit, et voit la petite foule s’empresser de venir garnir l’espace pas tout à fait plein de la Maroquinerie. Plus question de luminosité désormais : l’ombre des synthés et des voix vocodées englobent alors la salle d’une cape noircie et mélancolique, et laissent apparaître les silhouettes solennelles de Victoria et sa clique de garçons entièrement vêtus de noir regroupés sous le patronyme sans emphase de No Ceremony ///.

Sans cérémonie aucune (le jeu de mots se devait d’être fait), mais avec les artifices scéniques correspondant à l’identité visuelle qui entoure les Mancuniens depuis deux années (le jeu de lumière vient projeter des hachures sombres sur les corps des quatre artistes), le premier album éponyme et monolithique du groupe défile dans les tympans d’un public attentif, alternant les plages de synthpop dépressive (« Holdonme ») et les instants hantés par des mélodies aussi fortes que déchirantes (« Feelsolow »). Le plus souvent sous l’égide du vocodeur, No Ceremony /// chante la douleur, la tristesse, la terminaison. Le public, lui, adresse tout de même quelques sourires, et hoche largement la tête : c’est qu’il demeure également et de manière paradoxale quelques brins de lumière chez ces Anglais aux plaies synthpop coagulées.

Des aspérités rock plus assumées qu’en studio, des phases de clubbing underground, un tube fantastique malheureusement trop mollement interprété (« Hurtlove »), un inédit grisant proposé en exclusivité, et quelques rayons rougis semblables aux lyrics sanguinolents de l’album venus pénétrer les contours des acteurs : sans rappel ni cérémonie (ok, c’est lourd…), l’énigmatique collectif mancunien laisse la place à un autre énigmatique collectif mancunien, comme si la ville de WU-LYF se devait d’entourer chacun de ses ressortissants de cette nappe de mystère saisissante.

Money et le lovely show Jamie Lee

C’est donc au tour de Money d’occuper la scène de la Maroquinerie, et surtout au show du très singulier Jamie Lee de débuter. La coupe d’un sujet britannique sous les ordres de Richard Cœur de Lion, et le charisme saisissant d’un Peter Doherty respectueux : le chanteur du groupe accumule les paradoxes attachants, et avec une désinvolture qui n’a d’égal que les formidables jeux de clair-obscur vocaux exécutés durant une heure de concert, porte les compositions d’un premier album (Shadow of Heaven) aussi bien pourvoyeurs de comptines indie rock que  d’emphases pop impudiques.

Plein de flegme et d’humour, Jamie Lee et ses trois compagnons de dépression rock gravitent entre les univers d’Alt-J, de Thom Yorke, de Bon Iver et de Perfume Genius, et mute les murs briqués de la Maroquinerie en temple dédié, non pas à la salissante denrée monétaire, mais à la célébration de pépites pures et sensibles, portées à leur apogées avec les brillants et frissonnants « Hold Me Forever », « So Long » ou « Bluebell Fields ». Le tout est d’une beauté bouleversante.

L’interprétation pénétrante de « Goodnight London », et bientôt un au revoir à Paris titubant mais charmant exécuté par Jamie Lee, seul au piano et à moitié hilare à force de devoir recommencer l’interprétation de son morceau terminal…On se marre, on savoure, et on s’efforce de rappeler Money sur scène : en vain. Et c’est tant mieux.

Un chanteur avec les larmes aux yeux, un public avec les larmes au cœur : dans le Noir, une certaine vision du bonheur.


Visuel © affiche du concert

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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