Pop / Rock
[Live report] Liars à La Machine du Moulin Rouge

[Live report] Liars à La Machine du Moulin Rouge

10 octobre 2014 | PAR Bastien Stisi

Passés du disco punk électronique au rock bruitiste et tribal au milieu des années 2000, les New Yorkais de Liars avaient une nouvelle fois déjoué les pronostiques en mars dernier avec la parution de leur septième album, le bien nommé Mess, en orientant les débats vers un électro rock détraqué conçu pour dancefloors destinés à être savamment ravagés. C’est cet album que le trio défendait hier soir sur la scène de La Machine du Moulin Rouge.

Il est 22h30. Depuis longtemps déjà, le public a déserté La Chaufferie de La Machine et le concert (un peu pâle et soporifique) de Patten, émergente signature du label Warp Records à l’électro lancinante, afin de se rendre sur Le Central, sur lequel apparaît très vite les trois silhouettes des Liars. Et c’est comme toujours d’abord celle d’Angus Andrew qui capte les attentions. C’est aussi  le déjanté leader et chanteur du trio portant au visage la cagoule multicolore et chevelue qui figure sur la pochette de Mess (on pense au Stupeflip King Ju croisé avec un arc-en-ciel…), que ses bras se tendent comme s’ils devaient imiter le Christ sur la Croix, que sa gestuelle sera marquée par le sceau de l’activité autiste, épidermique, captivante. Il est en réalité impossible de poser autre part le regard.

Les enceintes ont laissé échapper leurs incantations mystiques, vaporeuses. Derrière le trio, des rosas sont projetées sur un écran et ont commencé à élancer leur danse psychédélique et ininterrompue. Le public a pris son souffle. Le show a débuté par l’interprétation moite et camée de « Mask Maker », et introduit un show intense, martial, zombiesque, lo-fi, hypnotique. Idéal.

Le masque, lui, est déjà tombé de la figure d’Andrew (c’est qu’il fait si chaud ici…), laissant désormais sa longue et blonde chevelure capter les airs de La Machine et tournoyer comme un véritable appareil de ventilation durant une grande partie du concert (la nuque du mec doit être à cette heure-ci douloureusement amochée…) Le show, lui, se concentre comme attendu sur la visite désordonnée des contrées d’une Mess(e) prononcée à la gloire du bizarre, du possédé, du bordel. Les psaumes prennent la forme d’instants où l’électro tordue copine avec la pop semeuse de panique, joignant le parano (« I’m No Gold »), le glitch sous MD (« Darkslide »), la balade ombrageuse (« Perpetual Village »), au service d’une cause : faire du dancefloor le lieu d’une sédition onirique. Et c’est immensément réussi.

Andrew a commencé à entonner la Marseillaise comme s’il était ivre de sa propre jouissance. Il ne l’a pas terminée, préférant poser sa voix avec désinvolture afin que l’on reconnaisse les soniques « Pro Anti Anti » et « Mess On A Mission », tubes surpuissants et orgiaques qui achèveront de ravager une fosse qui n’aura cessé ce soir de faire honneur au titre d’un grand album qui s’avère, décidément, aussi décisif et incisif en studio qu’en live.

Une heure de set aura suffi. Les applaudissements sont sonores et les mines satisfaites. Les Liars, eux, peuvent poursuivre sereinement leur tournée européenne, et continuer à rappeler au vieux monde que leur nomination même implique la plus suprême des contradictions : car davantage que des mythos, ces types-là portent en eux, plutôt, la définition d’une pop qui s’inscrit dans une authenticité rarissime et viscéralement singulière.

Visuels : (c) Robert Gil

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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