Pop / Rock
[Live report] Haim au Trianon

[Live report] Haim au Trianon

03 mars 2014 | PAR Elie Petit

Samedi soir, le Trianon a tremblé. On sentait son sol gondoler sous les pas frénétiques du millier de fans qui a répondu présent pour le concert d’un groupe hors du commun, Haim. Le band californien éponyme, composé d’Este, Danielle et Alana Haim (et du batteur Dash Hutton) a fourni une prestation choc, électrisant ce haut lieu de la vie culturelle du 9ème arrondissement de la capitale.

haim-days-are-goneLa première partie était assurée par le mystérieux collectif londonien Jungle, à plus de dix sur scène pour un show bercé d’électro, entre Breakbot et les Klaxons, très bien calibré quoiqu’un peu statique. Le public, très féminin en cette soirée, est porté par ses mélodies, mises à jour il y a quelques mois par le grand découvreur de talent Zane Lowe sur BBC Radio 1. Mais ses membres, malgré le succès, ont su garder le secret de leur identité.

Haim arrive. Les trois filles dans le vent ne perdent pas de temps et commencent par un de leurs titres phares, « Falling ». C’est déjà le délire. Elles finissent le morceau surprises par l’énergie dégagée en retour par la salle et Este, bassiste complètement déjantée, alternant entre sa Fender et une grosse caisse qu’elle assomme de coups, jette ses baguettes dans la foule.

Le concert est parti très vite. Danielle, au centre, avec son faux air de Charlotte Gainsbourg, grimace, envoûtée, enchaînant des solos endiablés entre le classic rock et les influences des Black Keys, des White Stripes, d’ACDC, de Vampire Weekend… Este prête sa voix dans un morceau introduit avec le parlé de Lady Gaga, dans l’ambiance de Kanye West sur ses titres « Black Skinhead » et « I Am God ».

La musique est exigeante, dans des intonations rarement entendues depuis les rythmiques de guitare de Fleetwood Mac et de Prince. Danielle, Alana et Este (qui a joué sur une tournée du chanteur des Strokes Julian Casablancas) alternent toutes entre plusieurs instruments sans jamais s’arrêter. Haim, loin du phénomène des girl’s band pour ados fait de la vraie bonne musique, créative, intelligente et référencée.

Le groupe met du temps à s’adresser au Trianon et après le traditionnel « Bonsoir Paris », Este essaye d’esquisser quelques mots en français. Les « I love you » pleuvent en réponse.

Tout s’enchaîne à une cadence effrénée. On est séduit par leur version live d’« If I Could Change Your Mind », autre hit, dont le clip, qui vient de sortir, a été réalisé par Warren Fu (Daft Punk, Mark Ronson, The Killers). Rarement le Trianon a connu salle si internationale. Les fans venu(e)s du monde entier connaissent tout par cœur et entonnent avec force les « Oh-Oh » et autres « I Know-I Know », gimmicks du groupe sur plusieurs chansons.

Alana, la benjamine de la famille (dont le compte twitter @babyhaim a été sacré meilleur compte d’artiste 2013), quasi- absente sur la première partie du concert, se révèle pendant plus d’un quart d’heure emballant, tapant ardemment le pad de sa batterie électronique et les touches de ses claviers et nous perdant entre spoken word et phrases d’une vitesse hallucinante. Elle déchaîne la salle par ses danses, ses mouvement d’épaules et son jeu de jambe. Et reçoit une pancarte d’une fan venue spécialement d’Italie pour elle. « I’m Italiana and i’m here for Alana » lit-elle, émue.

Un encore et le concert s’achève sur leur tube « The Wire ». On ne sait plus où donner de la tête entre les voix, les instruments qui résonnent de partout. Le final est éblouissant, à la Stomp, chacune tapant sur une partie d’une batterie décomposée. Tout est passé si vite, ce n’était pas très long mais tout leur premier album Days Are Gone y était.

Haim est spécial. D’une part, pour sa musique : de la vraie chanson rock américaine, très influencées et très nouvelle à la fois, énergique et débordante sur scène. Mais il l’est aussi évidemment par sa composition inhabituelle : Les trois sœurs de San Fernando Valley, jouent ensemble depuis leur plus jeune âge (elles formaient même un groupe avec leur parents). Elles donnent une leçon à tous ceux qui pensaient encore que le rock était un sport de mecs. Elles jouent leurs solos leurs ongles vernis, transportent des salles comme les plus grands, ne renoncent pas à leur féminité. Sans question aucune. Pas un exploit, mais une révolution.

Au fait, Haim, en hébreu, cela signifie vivant. C’était le mot juste, ce samedi soir au Trianon.

Visuel : (c) pochette de Days Are Gone de Haim

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Elie Petit
https://www.instagram.com/elie_petit/

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