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[Live report] Christophe, Daho, Lily Allen, Kavinsky et Thirty Seconds to Mars pour la dernière des Vieilles Charrues

[Live report] Christophe, Daho, Lily Allen, Kavinsky et Thirty Seconds to Mars pour la dernière des Vieilles Charrues

21 juillet 2014 | PAR Thibaut Tretout

Le dernier jour de l’édition 2014 des Vieilles Charrues, placé sous un soleil résolument généreux, s’annonçait plus calme que les précédents, soit que les festivaliers aient besoin de s’en remettre, soit que la programmation, moins spectaculaire que vendredi et samedi, n’ait pas drainé autant de monde.


L’ambiance, presque familiale, était donc à la détente, et l’arrivée sur la scène Glenmor de Christophe n’y aura pas changé grand-chose. Venu présenter Intime – best of en mode variations sur ses plus grands tubes – , Christophe, en veste noire et marinière, entonne, d’une voix quelque peu fatiguée, « Les Marionnettes », une ballade italienne pour Enzo Ferrari, « Petite fille du soleil », « Dolce vita », et bien sûr « Aline », pour finir évidemment par les « Mots bleus ». Sous le « ciel cheval cabré » de Carhaix, Christophe se perd dans une intimité triste, une lassitude à la fois fragile et touchante, mais si la douceur de ces variations acoustiques a quelque chose de précieux, force est de constater que sa prestation ne convainc guère et qu’il aurait fallu, pour tirer le public de son indifférence léthargique, davantage de puissance et de conviction. Avant même la fin de sa prestation, d’ailleurs, et la disparition d’un Christophe étonné – de son propre aveu – d’avoir été programmé, les festivaliers affluent vers la scène Kerouac, avec l’espoir qu’Etienne Daho sera, lui, à la hauteur de leurs attentes.

Le concert, en effet, démarre en trombe, et le plaisir d’Etienne Daho se révèle immédiatement communicatif. La classe du dandy Daho s’impose, que ce soit pour interpréter ses titres les plus classiques – « Boomerang », « Attractions Désastre », « Tombé pour la France » ou « Le Premier Jour » – , un vibrant « Soleil de minuit » composé originellement pour Olivier Assayas mais aussi ces très convaincantes Chansons de l’innocence retrouvée, au premier rang desquelles « L’homme qui marche », « La peau dure » et « En surface ». Rappelés par des festivaliers conquis, Etienne Daho et ses musiciens, irréprochables, livrent une dernière chanson – « Ouverture » – qui démontre que leur rendez-vous avec Carhaix est tout sauf une coïncidence.

Quelques minutes plus tard, les Von Pariahs, dans un style résolument différent, jouent un rock à la puissance explosive, devant un public malheureusement clairsemé, mais où les fans reprennent avec ferveur le somptueux « Skywalking ». Il faut maintenant espérer que les six musiciens de Von Pariahs, dopés à la nitroglycérine, seront un jour appelés à enflammer une scène plus à la mesure de leur énergie et de leur humeur détonantes.

En attendant, c’est à Lily Allen que cet honneur échoit, et la pétillante Anglaise, arborant d’abord un mini-short du plus beau rose avec une veste courte d’un vert métallique, a la fraîcheur acidulée d’une pop pastèque à laquelle manque parfois le punch qui fait le succès de « Fuck you » et la qualité de « You are a bad man ». Lily Allen, manifestement ravie d’être là, minaude, fume une cigarette, boit du mojito, plaisante à propos des plans qui s’attardent sur son postérieur ou sur les silhouettes agitées de ses danseuses, dans un décor de biberons multicolores dont il est difficile de croire qu’ils sont seulement une allusion à sa récente maternité. Ce concert ne fut certes pas une révolution, ni d’ailleurs une révélation musicale, mais Lily Allen aura su séduire un public de festivaliers amusés par son rire de teenager, par ses talons gagaesques et ravis, pour certains, de figurer sur ses selfies.

Côté Grall, les BB brunes ont la tâche, toujours délicate, de remplacer Miles Kane, annulé deux jours auparavant. Au pied levé, donc, mais surtout au taquet, les cinq Parisiens drainent un public de plus en plus nombreux au fur et à mesure que le concert avance et gagne en intensité. Tandis que le jour se fane, leur rock intelligent, punchy et entraînant, donne cette « légère envie de violence » qui fait reprendre par tous « Aficionado », sans oublier bien sûr « Coups et blessures ». Les jambes ne flanchent pas, mais le cœur s’emballe, l’oreille ne pouvant qu’apprécier l’anglais presque shakespearien d’Adrien Gallo, dont la voix peut paraître un peu juvénile, mais qui aura fait oublier, le temps de son concert, jusqu’au souvenir de Miles Kane.

L’appel de la nuit s’imposant, Kavinsky, sur une scène Kerouac parée d’ailes blanches, officie derrière une tribune écarlate, arborant par instants des lunettes rouges dont l’éclat transperce l’obscurité. Servi par des effets de lumière de qualité, tout en retenue et sobrement, Kavinsky livre une parfaite exécution d’OutRun et gratifie son public d’une version longue et envoûtante du fantastique « Nightcall », qui fait regretter la brièveté de sa prestation en atténuant la déception d’une facture presque trop classique de cette électro habituellement plus décoiffante.

Pour clore cette édition 2014, la programmation annonçait un décollage à destination de la planète rouge, conduit par Jared Leto et ses deux comparses sous le sigle delta barré qui est celui de Thirty Seconds To Mars. Costumé en improbable, et surtout ridicule, Jésus post-Woodstock échappé d’un laboratoire où il aurait mieux fait de rester, Jared Leto inflige à un public déçu – avec pour seule exception une poignée d’adolescentes hystériques aux premiers rangs – une soupe imbitable, sans force et sans musique. Si trente secondes, donc, ne sont pas assez pour atteindre Mars, trois minutes, en revanche et par bonheur, suffisent à quitter la navette californienne avant son crash final.

L’unique mérite de ce concert, aussi prétentieux qu’il est insipide, aura été de faire prendre conscience, rétrospectivement, de la qualité des groupes entendus avant lui, et de conduire les pas des amoureux de la musique, une dernière fois, vers la scène Grall, pour y découvrir Birth of Joy et son rock habité, jeté aux oreilles par un trio qui travaille les sons avec la précision d’un corbeau déchiquetant les yeux d’un cadavre. Ce n’est pas encore tout à fait l’extase, mais si le tremplin de la scène Kerouac doit être une rampe, ici au moins, et pour finir, le feu était allumé, comme il le fut, tout au long du festival, pour la défense des intermittents et par l’admirable serviabilité de bénévoles proprement exceptionnels.

visuel : Lily Allen (c) Vieilles Charrues

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6 réflexions au sujet de « [Live report] Christophe, Daho, Lily Allen, Kavinsky et Thirty Seconds to Mars pour la dernière des Vieilles Charrues »

Commentaire(s)

  • Gaetan22

    Votre vision du concert des Thirty Seconds To Mars me paraît bien subjective, vous ne les aimez pas hein?
    Le public était bien présent et n’a pas boudé son plaisir, bien au contraire au vu du nombre de festivalier encore présent très tôt ce lundi matin.
    Bien que je ne sois pas un fervent amateur de rock, leur show était réglé au millimètre, avec une scénographie digne des plus grands groupes, et la communication avec le public était de celles que l’on ne voit que trop rarement.
    Parler aux gens, les faire monter sur scène (avec notamment l’hystérie touchante du fan batteur), faire l’effort de parler français ou dans un anglais compréhensible de la majorité, ce n’est pas souvent que l’on voit ca (la plupart du temps, les artistes anglo-saxons préfèrent parler comme s’ils étaient dans un festival bien de chez eux).
    Concernant l’accoutrement de Jared Leto, il peut paraître risible, mais ca fait le show, et bien.
    Ajoutez à cela une voix impressionnante, et vous avez un parfait concert de clôture de festival, qui vous donne envie d’y retourner l’année prochaine.

    Les pass 4 jours ne sont pas encore à vendre?

    juillet 22, 2014 at 13 h 20 min
  • Cate

    Tout à fait d’accord avec Gaëtan ! Les articles écrits dans ce genre (sarcastique et subjectif) me gonfle (peu importe l’artiste visé) ! Moi qui suit les 30 seconds to mars depuis maintenant plus d’1 an je ne vois aucune ressemblance avec ce que je connais. Certes il y pas mal de filles mais il s’agit aussi d’un public où ces jeunes sont mêlées aux gens plus matures (voire beaucoup plus matures!). Et puis pourquoi critiquer des costumes de scènes? Qu’est ce que cela a à faire dans un article censé donner un jugement sur la qualité du concert ?

    juillet 22, 2014 at 18 h 57 min
  • kkide

    Je trouve votre analyse des 30stm très méchante, vous ne respecter pas les lecteurs de votre site qui ne peuvent pas faire leurs propres opinions au vue de votre commentaire. Les thirty st un groupe à part qui mérite d être connu. ils remplissent des stades ds le monde entier

    juillet 22, 2014 at 20 h 20 min
  • pat

    on dirait la copie (ou le plagia?) de l’article paru dans le telegramme qui descend lui aussi les 30 seconds. Mais qui sont ces gens, critiques de la 25ème heure, qui masquent leurs carences musicales par l’insulte? Qui se permettent vouloir imposer leurs (dé)goûts musicaux à l’ensemble? Un peu plus de mesure,d’humilité tout de même! dans quel groupe vous jouez déjà?
    Nous on a adoré.

    juillet 25, 2014 at 11 h 59 min
    • Amelie Blaustein Niddam

      Chère monsieur
      mes journalistes n’avaient pas connaissance du papier de nos confrères.
      Ils ne le connaissent pas et je ne le trouve pas en ligne. Pourriez vous m’envoyer le lien vers cet article qui peut-être mentionne des lignes écrites par Toutelaculture.
      Merci pour ce signalement, nous ferons le nécessaire si nous avons été volés.
      Cordialement
      Amélie Blaustein Niddam
      Redactrice en chef

      juillet 25, 2014 at 14 h 30 min

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