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[Live report] Candlemass, Mayhem, Ihsahn & Immortal The Fall Of Summer

[Live report] Candlemass, Mayhem, Ihsahn & Immortal The Fall Of Summer

11 septembre 2015 | PAR Simon Théodore

Les 4 et 5 septembre, la seconde édition du Fall of Summer clôturait l’été des festivals metal. Située non loin de Paris, la base de loisirs de Vaires-Torcy accueillait plusieurs centaines de métalleux prêts à assister à des concerts de musique extrême. Du doom au black metal en passant par le thrash et le death, une trentaine de formations venues des quatre coins du monde allaient enflammer le site du matin jusqu’au soir.

Il est midi. Déjà plusieurs dizaines de personnes attendent l’ouverture de fest. Bien que ce soit un vendredi, nombreux furent ceux qui avaient posé leurs tentes dès le jeudi soir. Le soleil est au rendez-vous. Une fois la permission de passer accordée par les vigiles, le sentiment que la journée sera agréable commence à gagner. Le site est magnifique, de taille humaine. Après quelques mètres, la Sanctuary Stage se dévoile et sa grandeur impose. Pendant deux jours, ce sera la cathédrale du metal. Les adeptes déjà présents passent rapidement, gravissent la petite colline et s’installent en contre bas devant la Blackwater Stage, installée sur la plage. Il est 12h30, les hostilités peuvent débuter…

Jour 1 

Les Français de Barabbas ouvrent le bal. Leur son se veut lourd, gras et le chant dans la langue de Molière. Ces prophètes du doom/stoner délivrent une messe metal efficace. Au fil des chansons, leur musique bercera les quelques personnes réunies (« Judas est une femme », « Le Sabbat dans la cathédrale »). Le micro accroché à une croix, Saint Rodolphe n’hésitera pas haranguer le public et à demander un circle pit. Quelques personnes s’exécutent. Après un set agréable, ils quitteront l’assemblée sur un magnifique solo. Changement de décor radical avec Putrid Offal. Les Nordistes inaugurent la Sanctuary. Arborant un tee shirt Napalm Death et entaché de sang, le chanteur enverra un grindcore à faire frémir. Complètement hystérique, bondissant de sa chaise et les dreadlocks en pagaille, le batteur accélèrera le rythme de manière à ce que le combo défende son Mature Necropsy dans la pure tradition du genre. Malgré un son pas forcément terrible, les Allemands Accuser auront l’honneur de placer les premiers soli du festival. La prestation sera sympathique mais manquera de monde pour participer à la fête. Il est encore tôt, tous les festivaliers n’ont pas fait le déplacement.

Gama Bomb a illuminé la Blackwater Stage

En milieu d’après midi, on assistera à la prestation de Endstille. Malgré les lunettes de rock star du guitariste, ces Teutons anéantiront la foule avec leur black metal extrême. On ne restera que peu de temps devant eux de manière à pouvoir accueillir au bord du lac, comme il se doit, les thrashers de Gama Bomb. Comme si le cadre en décidait, ce sera l’une des belles prestations de la journée ! Venus tout droit d’Irlande, ces musiciens accompliront un set coloré (Philly Byrne devait probablement être la seule personne des lieux à porter un pantalon vert) et, surtout, chaleureux et empli d’humour. Les riffs sont rapides, la voix est assumée et ils prennent le temps de discuter avec la foule. À défaut de pogos, la fosse joue avec le sable pendant que le groupe enchaine tous ses meilleurs morceaux (« Smoke the blow with Willem Dafoe », « OCP » ou encore « «Terrorscope »). Pionnier de la scène death metal suédoise, Grave faisait partie des groupes qu’il ne fallait pas rater et, malgré des soucis techniques en début de set, ils auront un son puissant qui ramènera dans la première moitié des années 1990. Dans une atmosphère brumeuse, Destroyer 666 jouera avec un son très propre et apportera quelques touches mélodiques, fortes agréables après tant de brutalité. Le moment le plus épique de ces deux jours sera apporté par les Anglais Angel Witch. Il est environ 19h quand les premiers riffs du grand classique « Angel Witch » (titre d’ouverture de l’album Angel Witch édité en 1980 !) résonnent. Scandé par la foule, le refrain sera tout simplement magnifique !

La puissance du doom et le show Mayhem

Sans aucun doute, depuis les années 1960, Black Sabbath a fait des petits. Durant ce FOS, les groupes de doom auront fourni de formidables performances. La « Marche Funèbre » version metal se fait entendre et Candlemass arrive sur scène. Certaines chansons (« Bewitched », « At the Gallows End », « Solitude ») retentiront entre les vallées du site et jusqu’à l’horizon du lac. Les mélodies emplissent l’espace d’une vive émotion. Une nouvelle fois, les Suédois auront prouvé leur statut de fer de lance de la scène epic doom. Après tant d’émotions et afin de nous préparer pour les têtes d’affiche, nous n’assisterons que de loin aux sets d’Asphyx et de Destruction. La nuit est tombée, des têtes de cochons sur des tridents entourés de barbelés sont positionnés sur la Sanctuary Stage. Une corde de pendu est accrochée au micro. À l’évidence, les Norvégiens Mayhem tablent sur une mise en scène grandiloquente pour impressionner la foule. Cette fois, les « trve métalleux » sont nombreux. Agréable, la performance ne fera cependant pas oublier la fatigue accumulée. Pour cette seconde édition, l’organisation a fait venir des groupes japonais. À cette occasion, Sabbat aura l’honneur de clôturer la première journée. Vêtus très légèrement, les membres du trio ont offert une belle prestation de black metal. Ils feront le show et les instruments voleront en éclat pour être finalement jetés sur le sable. Cet ultime concert de la journée aura conquis le public.

Jour 2 

En ce deuxième jour, la météo est aussi au rendez vous. Une véritable aubaine pour profiter tranquillement de cette base de loisir. Malheureusement, nous raterons les sets de Skelethal et de Temple of Baal. Cependant, Hamferð imposera, avec son doom des Îles Féroé, une ambiance lourde et sereine. La voix est caverneuse mais l’alternance avec un chant clair permet de la faire rentrer au plus profond des êtres. Avec le soleil commençant à taper, ce fut un bon début de journée en compagnie de ces musiciens vêtus de costumes de cérémonies. Dans une toute autre ambiance, les Espagnols d’Haermorrhage auront brusqué les âmes sensibles grâce à leur goregrind chirurgicale. Ce combo réunit tout ce que l’espèce humaine possède de plus malsain. Avec du sang sur le torse, déguisé en infirmière morbide ou en chirurgien fou, ces musiciens n’hésiteront pas à découper des membres pour une prestation hyper violente. Au final, leur set fut aussi théâtrale qu’angoissant et malsain. Heureusement, Metalucifer (l’autre groupe de Gezol de Sabbat) relâchera la pression en chantant le heavy metal à toutes les sauces (« Heavy metal is my way », « Heavy metal buldozer », « Heavy metal samourai », etc.). Sur « Heavy metal hunter », Stefan Huskens (Asphyx) passera même derrière les futs pour un énième morceau de heavy metal. En somme, le concert a été sympathique mais très redondant.

Le death metal américain a régné 

Supuration était surement le groupe français le plus attendu. Fort de leur dernier album Reveries, les frères Loez allient voix caverneuses et mélodiques pour un rendu s’apparentant à un death metal avant-gardiste hyper bien ficelé. Malgré des passages aériens de qualité (notamment sur le dernier titre « The Cube »), le set manquera parfois de puissance et d’énergie. Néanmoins, cet échauffement aura permis d’être prêt pour les Américains de Suffocation et Nile. Cette seconde journée était placée sous le signe du death metal brutal. Ces deux groupes ont fait grande impression grâce à une puissance sonore et une brutalité maitrisée sans équivalence. « Catatonia » et « Mass obliteration » (pour les premiers), « Kafir ! » et « Call to destruction » (pour les seconds) sont autant de morceaux qui agissent comme de véritables rouleaux compresseurs en live. D’ailleurs, c’est pendant ces concerts qu’il manquera une fosse agitée pour transformer la plage en véritable champ de bataille. Les deux formations se connaissent bien et ont l’habitude de partager la scène. Ainsi, les membres de Suffocation se joindront à la fête lors de « Black Seeds of Vengeance » (titre éponyme de l’album sorti en 2000). De manière impressionnante, la bande du mythique Karl Sanders a pu présenter des titres de son excellent dernier opus What Should Not Be Unearthed (« Evil to cast out evil »).

Ihshan et Abbath : les maîtres norvégiens du black metal

Après tant de violence, un tour dans les différents stands de merchandising s’est imposé. Entre les stands de Season of Mist et des Acteurs de l’Ombre, on aura pu noter, comme à l’habitude, la présence de l’équipe de Metal Maniax, une bande dessinée inspirée de l’univers du metal et du hard rock. Pour se rassasier, on signalera aussi que l’organisation a fait de nombreux efforts pour proposer une nourriture variée et adéquate pour les régimes alimentaires de chacun. On regrettera la pénurie de pain et le manque de débit de frites qui engendreront quelques soucis pour la fluidité du service. De retour à temps pour voir Triptykon, on aura été quelque peu déçu par la prestation. Bien que leur Melana Chasmata soit un excellent album et qu’ils aient bénéficié d’une puissance sonore certaine, il manquera d’une dose d’énergie et de folie pour faire monter la sauce. En revanche, Ihsahn aura été énorme. Pris dans la fureur métallique depuis deux jours, les festivaliers ont plané sur le très progressif et très aérien « Pulse ». Vegard Sveirre Tveitan, seul maitre à bord au sein de son projet, aura axé son set pour les fans d’Emperor. Il est déjà 23h. Le dernier concert est celui du tant attendu Abbath. Déjà présent l’année dernière avec son groupe de reprises de Motorhead (Bömbers), le légendaire Norvégien a fait revivre les titres d’Immortal (« All Shall Fall », « In My Kingdom Cold », « One by one », etc.) et de I (« Warriors », « Battalions »). À l’évidence, il ne fallait pas être épileptique pour survivre aux jeux de lumières. On se sera régalé de voir ses fameux maquillages « en vrai » et d’assister à ses mythiques pas de crabe. Le musicien sait faire le show et il finira par jouer avec le feu pour clôturer, d’une bien belle manière, ce Fall of Summer 2015.Les amateurs le retrouveront au Bataclan, en compagnie de Behemoth, en début d’année prochaine.

En somme, ces deux jours de festival ont été intenses. Bien que beaucoup plus extrême et underground que les événements du genre, le Fall of Summer propose, chaque année, une belle affiche. Bénéficiant d’un temps clément, on aura pu apprécier la beauté et, surtout, la taille de ce site. Si les groupes de doom ont été impressionnant le vendredi, ceux de death metal ainsi que la tête d’affiche ont pu assurer de belles prestations et confirmer leur statut de grosses pointures de la scène extrême. En outre, il faut féliciter l’organisation pour son travail énorme (sécurité, enchainement des groupes, nourriture, etc.). Sans aucun doute, on se fera un plaisir de couvrir la troisième édition de ce festival à taille humaine.

Visuels : (c) Simon Théodore / Logo officiel du festival

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Simon Théodore

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