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[Live report] Calexico à la Cigale : lorsque le rock passe les frontières

[Live report] Calexico à la Cigale : lorsque le rock passe les frontières

19 juillet 2013 | PAR Bastien Stisi

Calexico - AlgiersSous une chaleur estivale et accablante digne d’un après-midi en plein cagnard du côté de la Californie du Sud (et de la ville frontalière de Calexico, dont le groupe tire son appellation ?), Joey Burns, John Convertino, et leur orchestre éclectique et multi-instrumental présentaient hier soir à une Cigale gonflée à bloc les contours de Algiers, leur dernier album studio sorti il y a quelques mois de cela. Calexico nous a donné très chaud. Et aussi beaucoup de plaisir.

Pas de porteurs de colts ni de bottines à éperons dans les parages, mais une Cigale emplie d’aficionados à la quarantaine bien tapée, venue écouter la vaste discographie (12 albums en 16 années d’existence, dont un dernier, Algiers, paru en 2012) d’un groupe de cowboys apaisés aux résonances aussi singulières que la fusion musicale qu’ils entreprennent depuis leurs débuts, intelligente alchimie de mariachi aux ascendances rock et de country trempée dans un jazz densifié et libéré. Rock fourni, philanthrope et frontalier, l’inverse véritable de la caricature du groupe étasunien émanant du sud du pays et tapant la guitare pour en faire émaner quelques sonorités country.

Dans la foule, les flyers distribués à l’entrée font office d’instruments de ventilation, éléments salvateurs pour un public déjà considérablement réchauffé par la prestation pleine de punch et d’élégance de Depedro, première partie de la soirée et compagnons coutumiers des Calexico porteurs d’un mariachi aussi bien humecté (noyé ?) dans un rock acoustique qu’électrique. On tape déjà fort des pieds et des mains. Ce n’est qu’un début.

Sur scène, les silhouettes des deux fondateurs du groupe (Joey Burns et John Convertino) apparaissent d’abord, la guitare sèche et la batterie solitaire au bout des mains, un « bonsoir Paris » lancé dans un français parfait au bout des lèvres. Très rapidement, une ribambelle de musiciens débarque autour des deux acolytes, accumulation impressionnante de guitares, de claviers, de cuivres et de percussions (une contrebasse et un accordéon, également) qui alimenteront pendant une heure et demie la voix chaude et appuyée du chanteur. La Cigale, elle, paraît envahie d’une frénésie atypique et totale, et salue chaque transition des Calexico par une acclamation sonore et boursouflée pleinement authentique. Il ne s’agit pourtant pas, a priori, d’une insolation qu’aurait conjointement attrapés dans la journée l’intégralité des membres du public.

L’éclairage rougit et jaunit, et répond à l’état global de la foule en même temps qu’au souffle mariachi transmis par des cuivres et des trompettistes qui enfilent parfois le costume de véritable performer musical pour se lancer dans des envolées lyriques et allongées d’une beauté incontestable.

Parfois assombrie et métaphysique, parfois emphatique ou même glam, parfois teinté d’une pointe d’humour ou même d’une référence à l’humaniste « Desaparecido » de Manu Chao (« Cuando llegale ! »), le rock des gringos de Calexico est le plus souvent semblable à de longues et admirables chevauchées de guitares, de cuivres et de claviers hybrides isolés dans un désert torride, au sein d’un espace-temps d’un autre coloris et d’un timbre diablement singulier.

On se répétera alors les paroles prononcées en espagnol de l’immense tube « Inspiracion » (« Pero nunca hay una persona como tú »), et on affirmera qu’avec les sons de ces cow-boys-là dans les oreilles, sans cesse coincés entre la frontière des États-Unis et celle du Mexique, aucune envie de s’en aller canarder dans une verve conquérante les Indiens des hautes plaines. Avec pour armement exclusif la pureté des guitares et l’ambivalence d’un rock pluriel et planant, c’est plutôt le calumet de la paix au bec et les mains détachées du ceinturon que l’on s’envisagerait, afin de faire la paix avec le monde entier.

Visuel © : pochette de Algiers de Calexico

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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