Musique
L’ambiance noire de Suuns

L’ambiance noire de Suuns

09 novembre 2021 | PAR Pierre Pouj

Pour présenter leur nouvel album, The Witness, sorti en septembre, Suuns nous faisait l’honneur de deux dates à La Maroquinerie. Nous étions à la première, hier soir.

 

Le dernier album de Suuns est, en toute honnêteté, le plus accessible de leur discographie récente. Après avoir écouter  des albums parfois lourds ou longuet comme Felt (2018) ou Hold/Still (2016), on se sent rincé. Mais The Witness, sorti en septembre, est une petite pause, plus légère dans leur discographie, on pourrait même y déceler un peu de joie, d’espoir. En effet, le quatuor québécois devenu trio revient sur un projet plus simple, dépouillé de pas mal de tournures lourdes. Cependant, l’album navigue toujours dans cette frontière floue entre le rock progressif et la techno, à l’image des précédentes sorties. Cet espèce de krautrock particulier, accentué par une voix modulée, est vraiment plaisant. Pour tout.e amateur ou amatrice de musique progressive et profonde, voici un album fait pour vous. Les rythmes se mêlent et s’entremêlent, et c’est assez impressionnant, il faut le dire. Malgré un nombre réduit d’instruments présents, force est de constater la recherche rythmique et mélodieuse épurée atteint un stade époustouflant. Un sacré disque signé Suuns.

Pour commencer cette soirée, s’avance seul sur scène Sébastien Forrester. A la limite de la performance, son show est .. bizarre. Entouré de son clavier, d’un pad et différents autres instruments aux milles boutons, le voilà  prêt à démarrer son set. Relevant parfois de la magie tant son art est particulier, il s’avale d’une traite. Sans parole, musique purement électronique accompagnée par notre musicien du soir jouant des baguettes tantôt sur son pad, tantôt sur des toms recouverts d’un draps. Honnêtement on ne saurait quoi penser, on reste pantois. Cette musique est plutôt dédiée à une fange de la population qui saurait reconnaître le talent de notre protagoniste à sa juste valeur, ce qui n’est pas vraiment le cas de tous. Avis aux fans de musique électronique perchée, voilà peut-être un nouveau phénomène. 

Le trio rentre enfin en scène, secondé par deux renforts live. Parti sur du calme, du très calme, voire trop calme, le show met un peu de temps avant de démarrer.  En effet, devant une salle comble, Suuns engage la partie par une longue intro et enchaîne sur des tempos lents. Puis, petit à petit, les guitares saturées rentrent en scène, la batterie prend le relais des pads, et le quintet commence enfin à lâcher les chevaux. Gardant son rythme lent, profond, le concert prend forme. Les corps se balancent au rythme d’une batterie puissante, secondée par des synthés magistraux. La voix du chanteur se fait plus présente, moins modulée. L’ambiance noire, progressive se répand rapidement, soulignée par des lumières tamisées, en contre jour. Des solos de saxophone épileptiques ponctuent certaines des performances scénique du groupe. Clôturant ce set par deux rappels, dont le dernier avec pour seul musique 2020, leur plus connue, Suuns nous donne ici un concert à l’image de leur groupe. Noir, profond, rageur et excellemment travaillé, ce genre de concert plaira sans aucun doute aux fans du genre.

Crédit photo : cover de Suuns – The Witness

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