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« The Classic » de Joan As Police Woman : vintage et festif, passez-moi les menottes !

« The Classic » de Joan As Police Woman : vintage et festif, passez-moi les menottes !

06 mars 2014 | PAR Arnaud Berreby

Le 10 mars, vous serez les témoins d’une bavure policière, une de plus, mais qui, elle, vous enchantera, ce qui, vous l’admettrez, n’est pas courant ! Ce jour-là verra en effet la parution du 4e album du groupe Joan As Police Woman, The Classic [PIAS] , mené par la truculente Joan Wasser.

JAPWUne mise en bouche nous avait été offerte, il y a quelques semaines, avec la parution du single éponyme, gai et dansant, à la Ronettes.

Ils reprennent là, avec ce titre, cette tradition très américaine des girls group aux backing vocals bien mixés en avant et mélodie accrocheuse mais dans une version revitalisée et ultime notamment dans la volonté totalement réussie de faire disparaître la section rythmique au profit de claquements de langue et autres bruitages oraux masculins, évocateurs de notre groupe vocal Pow Wow national.

Ce premier assaut policier briserait la mélancolie la plus affirmée avec domination mais générosité. Joan, soutenue par des « Doo Wop » et autres harmonies magnifiques, chante avec son cœur en offrande, faisant don de sa personne au service de votre sourire qui, soudain, se dessine sur des lèvres jusque là plutôt serrées de tristesse ou, pire, de dépit…

Son chant, tout en puissance retenue, n’est pas dans la démonstration de ses capacités, mais cherche, bien plutôt, à emmener l’auditeur vers une galaxie légère et fluide sans cynisme ni calcul : la voix de Joan est lactée.

Retour donc vers les sixties colorés et festifs, temps qui nous semble si lointain, nous, dont l’époque actuelle tutoie bien trop souvent le gris le plus anthracite.

Le single actuel, « Holy City », est dans une veine plus Motown, chahuté du fait d’un groove martelé par une caisse claire très exposée, un chant saccadé, comme une urgence à exprimer : la BAC entre en action, menée par un duo vocal en double track d’une Joan qui se clone lors du refrain, décuplant notre plaisir en garde à vue : nous refusons la visite d’un avocat et exigeons la poursuite de cet interrogatoire.

En ouverture d’album, « Witness », agressive et mordante à l’intro en batterie- fanfare censée battre le rappel des troupes, suivie d’un pizzicato assumé adossé à une guitare heavy sur saturée : Joan arrive alors pour mettre tout le monde au garde à vous d’une voix assurée et sexy à souhait.

« Good Together », chanson rare, en mode mid tempo, campe, là aussi, une section rythmique sur puissante, mais dont l’unique but est de soutenir une mélodie à tomber à genoux : la capitulation est proche, les dernières défenses tombent : « Je ne veux pas être nostalgique / de quelque chose qui n’a jamais existé… » chante t-elle en mode majeur et alors que nous pensions avoir atteint le pinacle de ce titre exceptionnel, à 3’36, le pont arrive alors figurant une Joan mettant ses tripes sur la table de mixage, d’une voix proche d’Amy Whinehouse, ralentissant fissa le groove pour mieux le soumettre. Elle implore, prie, pleure sans pudeur, c’est l’inverse qui serait infamant. Le contrat de mariage est déchiré, laminé, broyé, réduit en confettis, pauvres stigmates de cet avant devenu un Sigmaringen clownesque et pathétique confirmé en un final psychédélique et torturé: l’amour est mort.

Avec « Shame », on retrouve la légèreté de la première partie de l’album, guitare rythmique funky, cuivres virevoltants, les girls de retour pour colorer le tout.

« Stay », tout en douceur, cherche à convaincre l’amoureux sur le départ de revenir sur sa décision : les violons, dont on connaît le pouvoir de conviction en ces circonstances, sont même convoqués. « Pourquoi ne restes-tu pas ? », murmure t-elle jusqu’au falsetto final…

« Ask Me », pour conclure l’opus, étrange et attachant reggae, aux chœurs massifs enveloppant Joan, comme un cocon ouaté en plein hiver, un White Christmas enjoué et tendre. Cet album est une grande réussite, un des plus beaux de cette première partie d’année : des compositions solides servies par une voix splendide, le tout parfaitement produit..

A offrir d’urgence aux amoureux en partance pour un week-end (le 22 mai, me semble t-il), et surtout à ceux qui pensent avoir tout perdu : Joan As Police Woman se chargera de leur prouver le contraire..

Visuel : (c) pochette de The Classic de Joan As Police Woman

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