Pop / Rock
[Interview] L’enfant de Bristol Tricky retrouve Paris avant de s’envoler pour Berlin

[Interview] L’enfant de Bristol Tricky retrouve Paris avant de s’envoler pour Berlin

23 février 2015 | PAR Melissa Chemam

Tricky était de retour à Paris vendredi, au Bataclan, dans le cadre de la tournée européenne suivant la sortie de son album « Adrian Thaws », de son vrai nom. Un album de la maturité pour l’artiste qui se dit plus serein, est revenu sur les traces de ses jeunes années à Bristol et va notamment enregistrer avec DJ Milo qu’il a connu à la fin des années 1990 avec le Wild Bunch devenu Massive Attack. Rencontre.

Il se dit plus épanoui, apaisé, et plus libre aussi, car il est à la tête de son propre label, False Idols, basé à Londres, comme lui. Après avoir vécu des années à Paris, puis à New York, Tricky est rentré en Angleterre et cela lui va bien.

Le « Tricky Kid » de Bristol, qui a la réputation de détester les interviews, a mis en pratique sa nouvelle sagesse, semble-t-il. Rendez-vous au bataclan, Paris 11ème, et la star s’installe à la terrasse du café malgré la pluie et le trafic d’enfer. Il sort une cigarette, commande du miel à mettre dans son café et sympathise avec un fan qui lui montre les tatouages qu’il a sur son bras en hommage : « Tricky = Adrian Thaws », et un peu plus loin, « Robert Del Naja » aka 3D et « Massive Attack ». Pourtant, si le groupe devenu légendaire de Bristol a lancé Tricky avec une collaboration inoubliable sur leur premier album ‘Blue Lines’, Tricky n’aime pas parler de ses anciens meilleurs amis. « Quand je vais à Bristol, je retourne dans mon quartier, Knowle West (au sud-est de Bristol, ndlr), mais je ne vois pas Massive Attack, non ». Le Kid turbulent de l’une des villes les plus créatives d’Angleterre a pourtant longtemps été colocataire avec 3D et a même enregistré deux morceaux avec lui à Paris, en 2013, dont les fans attendent avec impatience de savoir lequel des deux va le sortir sur son prochain album…

Bête de scène
Enthousiaste, souriant, détendu, Tricky se prête au jeu de l’interview et reconnaît que ce dernier album lui a permis de revenir sur lui-même. D’ailleurs il porte son nom, Adrian Thaws, comme son premier disque portait celui de sa mère, Maxinquaye, qu’il a perdu tout jeune enfant.

« J’ai fait un tour complet. A mes débuts, j’avais une totale liberté, et mon premier album portait le nom de ma mère, Maxinquaye. Elle a donné naissance à Adrian Thaws, et voilà je suis là de nouveau. Et je me sens mieux. J’ai mon propre label. Sur mon premier disque j’ai travaillé avec Island Records et Chris Blackwell et dès le début ils me laissaient faire ce que je voulais, ce n’était pas un commerce. Mais quand je l’ai quitté les choses ont changé ; je dois gérer des gens qui veulent vendre des disques et ça ce n’est pas mon travail, moi mon travail est de faire un album. Aujourd’hui, je pense qu’avec mon propre label, je n’ai plus de pression. Si je suis diffusé à la radio, tant mieux, mais sinon, je fais quand même ce que je veux ».

Même s’il a la réputation d’être difficile sur scène, il dit toujours adorer les tournées. Il aime produire ses albums rapidement – petite pique aux meilleurs ennemis de Massive Attack qui ont pris jusqu’à 6 ans de travail entre deux albums ou encore Portishead, également de Bristol, qui n’ont produit que trois disques en 25 ans.

« La scène pour moi c’est comme un match de boxe, par exemple quand un type dans le public me demande ’plus !’ ou ‘encore !’, ça me donne envie de ne rien faire ; si on me demande de faire quelque chose, cela me donne envie de faire le contraire. Je déteste qu’on me dise ce que je dois faire. Donc la scène est un défi, elle demande de la discipline. Etre en tournée, c’est un test, et c’est bien, comme on doit voyager dans plusieurs villes, il faut apprendre à y survivre ; et cela vous fait voir de nombreuses choses, des cultures différentes, et c’est différent de voir comme les gens sont différents, c’est très intéressant ».

Paris, « second home »
Paris c’est aussi un choix particulier pour achever cette tournée, car l’artiste y a été en résidence au 104 et y a vécu pendant plus de 5 ans.

« Paris, c’est un deuxième chez moi. Je suis en tournée depuis 4 semaines, partout, je me suis senti étranger, mais ici c’est comme chez moi. J’ai vécu ici, si je cherche une chose, je sais où la trouver. Ce que j’aime ? C’est un peu chaotique, et il y a toutes ces cultures différentes, arabes, africaines, et on peut aller d’un quartier à un autre et tout change. J’ai vécu dans plusieurs quartiers mais j’ai adoré la rue La Chapelle : avec son mélange de cultures, et cette vibration. Le 19ème est aussi un chouette quartier, j’y ai rencontré plein de jeunes du quartier, où toutes ces cultures fusionnent. Bien sûr, la vie noctambule parisienne est devenue très ennuyeuse mais pour rester s’asseoir, prendre un café, regarder les gens, j’adore observer les gens, alors Paris est le lieu idéal ».

A Bristol en tout cas, Tricky est loin d’être oublié. Les plus jeunes musiciens comme Kahn et son collectif de DJs Young Echo disent avoir grandi en l’écoutant, tout comme Massive Attack, et ces derniers n’ont que des mots tendres pour parler de leur ancien compagnon de studio et de bons souvenirs.

Le Bataclan est pour ses fans une petite salle qui donne l’occasion de voir Tricky dans l’intimité. La salle s’est en tout cas vite remplie dès 19h30, et des fidèles de trois générations espéraient voir le musicien au mieux de sa forme. Certes, il n’est pas venu à Paris depuis longtemps mais a aussi la réputation de ne pas toujours beaucoup donner sur scène. Enfin, cela dépend des concerts, disent certains. Mais ce vendredi soir, ils n’ont pas été déçus.

Les fans ne sont donc pas déçus, loin de là, même si le concert s’est en grande partie déroulé… dans le noir. Un jeu d’ombres et de lumières qui ressemble parfaitement à Tricky !

visuel : couverture du nouvel album

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