Pop / Rock
[Interview] Laurent Bizot parle de la programmation du Nø Førmat festival qui a lieu les 21 et 22 octobre 2016 au Châtelet

[Interview] Laurent Bizot parle de la programmation du Nø Førmat festival qui a lieu les 21 et 22 octobre 2016 au Châtelet

25 septembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Nø Førmat, c’est un collectif d’artistes hors normes réunis sous un label exigeant et éclectique par son directeur, Laurent Bizot. Parmi les artistes Nø Førmat : Mamani Keita, Nicolas Repac, Melissa Laveaux, Gonzales… Et les 21 et 22 octobre certaines d’entre eux, dont ALA.NI, Ballaké Sissoko, Blick Bassy, Chocolate Genius Inc, Oumou Sangaré et Vincent Ségal se relaient sur la prestigieuse scène du Châtelet pour deux jours de Festival Nø Førmat. Pour patienter avant le jour J, Laurent Bizot a répondu à nos question sur le devenir d’un label français qui agrège des projets musicaux venus du monde entier.

Pouvez-vous nous parler de ce qu’il y a de commun dans l’identité « sans format » de vos artistes? Peut-on parler de « label », du coup?
Il n’y a pas d’identité Nø Førmat! en terme de musique. Le projet de Nø Førmat! c’est l’acceptation et la mise à la disposition du public d’une multitude d’identités,- presque autant d’identités que de projets-, chaque projet pouvant avoir une identité elle-même multiple, métissée, créolisée. Le nom du label et le point d’exclamation à la fin de Nø Førmat! c’est inspiré du No Logo de Naomi Klein, c’est juste un signe de résistance contre le phénomène de formatage, qu’on trouve non seulement dans la musique, mais aussi dans toutes les disciplines culturelles dès lors qu’elle entrent dans la sphère commerciale. Je voulais résister au formatage à ma manière, en proposant des projet différents, pas forcément bankables au premier abord.
En revanche il y a une vraie identité graphique, grâce au travail de Jérôme Witz, une identité qui réunit tous les visuels d’album, et créé une impression de collection. Mais remarquez que c’était le cas déjà chez beaucoup de labels dans les années 60 par exemple les labels de jazz Verve, Impulse.. Ou plus récemment ECM..

Comment vos artistes interagissent-ils ? Ont-ils des projets ensemble ?
Disons qu’ils se croisent souvent en venant nous voir. C’est comme une famille chez nous, une famille proche et soudée. En se croisant, il arrive qu’humainement ils s’apprécient et si musicalement, ils ont des choses à se dire, ils ne se gênent pas. Nicolas Repac a arrangé deux titres de l’album de Blick Bassy, puis il a remixé Wap do Wap pour la deuxième édition de l’album. Vendredi a remixé un titre d’ALA.NI. Blick Bassy et ALA.NI s’apprécient beaucoup, ils ont tourné le teaser du festival ensemble et ils vont probablement se retrouver à un moment ensemble sur scène au Châtelet.
Vincent Segal aussi a été très important dans la construction de cet esprit de famille, d’échange, en mettant son archet au service d’autres artistes comme Kasse Mady Diabaté ou Lucas Santtana.

Quels sont les critères d’indépendance et de qualité qui vous servent de grille de lecture pour savoir si un artiste est « no format » ou pas?
Il n’y a pas vraiment de critère définissable comme ça. Avant tout c’est le coup de coeur, le petit frisson dans le dos, la sensation que ça fonctionne, que ça fait du bien.. Ou bien que ça n’a pas été fait avant, que le projet essaie d’explorer un territoire inexploré. La qualité c’est subjectif

Comment et où trouvez vous ces artistes internationaux ou leur musique ?
Partout, sur internet, à la radio, par le biais d’amis musiciens, tourneurs ou programmateurs. Et très souvent grâce au hasard.

Avec le pass, y a t il aussi une communauté d’aficionados de Nø Førmat!?
Oui on peut dire ça, puisqu’ils acceptent de payer une année de nouveaux albums, à l’aveugle. C’est un peu comme dans les AMAP, les gens ne savent pas ce qu’on va produire quand ils s’abonnent, c’est donc qu’ils ont un peu confiance en nous. Ce faisant, ils nous aident à construire notre indépendance vis-à-vis du marché, et donc à préserver notre niveau d’exigence artistique. On retrouve la plupart d’entre eux dans les concerts privés qu’on organise dans le cadre du Pass. Nous notre seule obsession c’est de ne pas les décevoir. Je préfère mille fois ça que de produire un disque en me demandant si ça va plaire au programmateur de NRJ..

Le festival participe depuis le début à créer de la vie et de l’échange avec votre public ? Comment et avec quelle intensité ?
C’est pour vivre ces moments qu’on fait ce métier de producteur, et ces moments rares, on est heureux de les partager avec notre public, qui aime ces artistes, et avec les amis qu’ils ont amenés et qui les découvrent.

Être passé du théâtre de l’Atelier au théâtre du Châtelet, est-ce être passé d’un underground à quelque chose de plus reconnu, de plus institutionnel ou pas du tout ?
Non pas du tout. C’est juste que le Châtelet c’est quatre fois plus grand ! En tout cas les trois lieux, ce sont de très belles salles et de super équipes. A chaque fois, ce sont des rencontres humaines d’abord. On a été traités royalement à l’Atelier, chouchoutés au Café de la Danse, et là, cette année, on nous déroule le tapis rouge.. A chaque fois ça nous aide à grandir. Deux soirs au Châtelet, dans la programmation officielle, franchement c’est super excitant.

Pour les concerts de vos artistes avez-vous d’autres liens privilégiés avec certaines salles qui ont une âme? Comment fonctionnent leurs tournées?
On ne gère pas forcément les tournées de tous nos artistes, ils ont des agents. Mais dès qu’on nous propose d’organiser des évênements un peu spéciaux autour des artistes du label, on le fait. Cette automne par exemple, on fait un plateau Nø Førmat! au Rocher de Palmer près de Bordeaux le 9 octobre, une belle expo/soirée à la Cité des Arts à St Denis de la Réunion le 27 octobre, et une carte blanche à Poitiers au TAP le 17 et 18 novembre. On adore aussi la Ferme du Buisson par exemple. Et les médiathèques avec qui on bosse souvent, on a projet avec celle de Pau d’ailleurs l’année prochaine.

Quelle est la reconnaissance à l’international de Nø Førmat! ?
Elle est encore naissante, mais on progresse. Ballaké Sissoko et Vincent Segal sont nos premiers ambassadeurs, ils ont fait plus de 150 concerts à l’étranger depuis la sortie de Chamber Music. ALA.NI est aussi très tournée vers l’international, elle a été jouer au Japon, en Italie, en Allemagne, en Espagne, et bien sûr en Angleterre d’où elle vient. De ce fait on commence à avoir des abonnés à l’étranger. L’avantage c’est que nos projets ne sont jamais en français, donc en plus de la révolution qu’internet représente par rapport à la conception de l’export, on a une approche très naturel pour nous, le public qui peut aimer nos musiques vivent partout dans le monde.

Quel est le concert que vous attendez le plus dans ces deux jours 100% Nø Førmat! au Châtelet ?
J’attends tout avec la même impatience, et je surtout suis super heureux que Kasse Mady Diabaté, la légende vivante du pays mandingue, et la grande Oumou Sangaré, qui vient juste de signer chez nous, se déplacent exprès de Bamako pour ces deux soirs au Châtelet.

Infos pratiques

[Interview] Alexandre Bruneau nous parle de Koober, un reader’s digest business, profond et 2.0
Le jazz dans tous ses états à La Rochelle
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *