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[Interview] Juveniles : « on a décidé d’avoir une approche plus pop de la musique électronique »

[Interview] Juveniles : « on a décidé d’avoir une approche plus pop de la musique électronique »

04 juin 2013 | PAR Bastien Stisi

All I Ever Wanted Was Your LovePorteurs d’un tube révélateur encensé par la presse et le public il y a deux années (« We Are Young ») et par un premier album, All I Ever Wanted Was Your Love, à paraître le 10 juin prochain, les Juveniles se font les porte-drapeaux audacieux d’une scène électro-pop bretonne aux accents britanniques et considérablement anoblis. Enfoncés dans un siège confortable du classieux Hôtel W, où le groupe donnera un showcase très privé (et gratuit !) ce soir, nous avons regardé au lointain et vers le lendemain de la scène pop française en compagnie de Jean-Sylvain et de Thibault, respectivement chanteur/guitariste et batteur du groupe… 

On vous a découvert il y a deux années par l’intermédiaire de l’électro pop aérienne de « We Are Young », et de son étiquetage Kitsuné évident. À posteriori, comment analysez-vous le succès et le véritable buzz provoqué par ce morceau ?

Jean-Sylvain  : Il faut bien avouer que l’on a justement du mal à expliquer le succès de ce titre…À l’époque, on était potes avec des gens qui gravitaient autour de Yelle, ce qui a permis à « We Are Young » d’arriver dans les oreilles de Jean-François Perrier (le batteur et le producteur de Yelle), puis dans celles de Gildas Loaëc de Kitsuné, qui a signé le morceau.

Thibault : Le succès a alors été immédiat, et on eu la chance d’avoir très rapidement de très bons résultats en France, mais également à l’étranger, où l’étiquetage Kistuné nous a permis de faire quelques dates (en Angleterre, en Italie, en Suède…) Si on en est là aujourd’hui, c’est clairement grâce à ce morceau, qui n’était pourtant initialement que la toute première démo de notre groupe…

À l’écoute de votre premier album, on vous imagine regarder davantage de l’autre côté de la Manche que vers le territoire français pour y puiser vos inspirations musicales…

Jean-Sylvain : On est effectivement très influencés par le son de Manchester, mais on est également très branchés disco et funk new yorkais (tout ce qui provient du label DFA), par tous les synthés qui sonnent très eighties, sans oublier la scène électro actuelle. Après, on assume clairement être un « groupe de pop ».

Du coup, vous avez plus écouté les New Order ou les Smiths dans votre jeunesse ?

Jean-Sylvain : À la base, j’aurais tendance à te dire les deux…Mais il faut bien avouer que dans notre voiture (où nous avons un lecteur cd), nous n’avons aucun album de New Order, mais « Meat is Murder » et un best-of des Smiths ! Les Smiths dans la voiture pour conduire, et New Order pour écouter à la maison.

Y’a t-il une spécificité particulière à cette nouvelle scène électro pop du nord-ouest français dans laquelle on vous inclus systématiquement, aux côtés des Popopopops, de Concrete Knives ou même de Pegase ? Ou est-ce simplement un raccourci journalistique associant machinalement des groupes aux influences communes venant simplement de la même région ?

Jean-Sylvain : Avec The Popopopops, mais également avec O Safari, on incarne même carrément une certaine idée de la nouvelle scène électro pop rennaise. On se connaît tous parfaitement, et l’idée d’émulation est naturelle, et même avec les autres groupes issus du reste de la France, comme par exemple avec François & the Atlas Mountain, qui viennent du sud de la France. Après, c’est vrai qu’il y a un truc peut-être un peu redondant sur la dernière année qui pourrait diluer le propos, avec le fait que l’on nous associe tout le temps, que l’on nous invite systématiquement à faire des plateaux ensemble : on était à Bourges avec Aline et Baden Baden, on joue jeudi avec les Concrete Knives, fin juillet à Saint-Malo avec La Femme

On reste toutefois assez content que ces associations aient pu amener une presse pas forcément spécialisée à s’intéresser à ce phénomène, et que ça puisse contribuer à la création d’une nouvelle mouvance un peu chouette. Au final, c’est plutôt positif.

Ça vous embête que l’on parle de vous comme les petits protégés des Inrocks ?

Thibault : Ça ne nous embête pas du tout. On a fait nos premières Trans Musicales en 2011, six mois à peine après la formation de Juveniles et la parution de « We Are Young », et on a pu faire dans la foulée la couverture des Inrocks en Bretagne. Pour les petits groupes émergents, il faut bien avouer que c’est une sacrée presse, et notamment l’opération Inrocks Lab qui est géniale. Et puis, grâce à eux, on a quand même pu être programmé au festival des Inrocks 2012 en première partie d’Hot Chip ! Ce qui est juste complètement dingue !

On vous a déjà beaucoup vu remixer des titres d’autres artistes, comme sur ceux de Yelle, d’AV, de Stuck in the Sound…

Jean-Sylvain : Depuis le début et la parution de nos premières productions sur Kitsuné, Yelle et Is Tropical nous avaient demandé de remixer des titres. C’est un truc qui nous plaît effectivement beaucoup, et que l’on a envie de développer encore plus.

Dans le sens inverse, on a également vu paraître beaucoup de remixes de vos morceaux (par Yuksek, Jupiter, the Popopopops…) Vous vous verriez faire des remixes de vos propres sons comme ce qu’envisagent de faire les Daft Punk ?

Jean-Sylvain : Tu déconnes mais on l’a déjà fait un peu : c’était une demande de la part de Kitsuné qui était en manque de remixes pour nous mettre en avant. On a alors fait un mix d’ « Ambition », qui n’était pas si dingue que ça, et qui a finalement bien peu tourné. Mais là, on le fait aussi pour « Fantasy », un gros remix techno genre Ed Banger.

Comment êtes-vous parvenus à conserver, sur ce premier album à venir, une cohérence musicale maximale malgré le long temps qui sépare vos premières productions de la sortie de cet album ?

Jean-Sylvain : On a jeté pas mal de vieux morceaux, ce qui ne nous a pas toujours fait plaisir ! Lorsque l’on s’est posés pour la finalisation du disque (dans la deuxième partie de 2012), on a décidé d’être un groupe au sens premier du terme, et d’avoir une approche plus pop de la musique électronique. Dans l’album, on a des morceaux que l’on peut passer en soirée, mais à part peut-être « Fantasy », on ne les entendra pas en club.

Et puis, la cohérence du disque a aussi été due au fait que l’on a beaucoup travaillé avec Yuksek, quelqu’un de très cool, d’hyper calme, de détendu, avec qui on a quand même composé une quinzaine de morceaux (pas tous retenus pour l’album). C’était un véritable plaisir de bosser avec lui.

Vous enchaînez cet été trois festivals (Solidays, Beauregard, Eurockéennes) en quelques jours. Est-ce que vous vous sentez désormais parfaitement familiarisés avec la pratique du live ?

Jean-Sylvain : Un peu, mais pas encore suffisamment ! On a toujours joué à trois jusqu’à présent, et là on vient de recruter une quatrième personne qui va s’occuper uniquement des synthés. Quand on a terminé l’album, on s’est en effet rendu compte qu’il y avait tellement d’arrangements que l’on ne pouvait jouer à trois sans passer par une performance à mi-chemin entre le live électronique et quelque chose de plus authentique. Nous, c’est un véritable live que l’on veut donner.

Thibault : On veut un vrai live organique, ne pas s’enfermer dans des arrangements studios contestables. On a préféré prendre ce risque. Pour les festivals de cet été c’est aussi intéressant : on va être confronté à des gens qui ne nous connaissent pas forcément, et on a tout intérêt à donner à ces gens-là une image très positive en live…

Jean-Sylvain : Il nous reste du travail, mais ça devrait le faire : peut-être même que sur le dernier festival de la dernière grosse scène de cet été, ça sera un truc de ouf !

Visuel (c) : pochette de All I Ever Wanted Was Your Love des Juveniles

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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