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[Interview] Fortune : « Très important pour nous d’apparaître en tant que groupe »

[Interview] Fortune : « Très important pour nous d’apparaître en tant que groupe »

10 décembre 2013 | PAR Bastien Stisi

Fortune BlackboardAprès la panoplie de pépites électro pop proposées par Staring At The Ice Melt en 2010, les franciliens de Fortune remettent la boule à facette au-dessus de la piste de danse et des punaises synthpop sur un tableau noir coloré, et testent, par le biais de leur second album studio Blackboard, la validité de leur nom de scène évocateur… Et comme nous aussi, on a parfois un peu de chance, on a pu discuter de ces nouvelles perspectives aux côtés d’un thé mentholé et de Lionel Pierres, le fondateur et chanteur du groupe…

Par quelle salle de classe faut-il être passé pour comprendre avec le plus d’aisance possible les inscriptions du tableau noir de Blackboard ?

Lionel Pierres : Il faut avoir vachement redoublé ! À une époque où la notion de « genre musical » a complètement disparu, on a forcément, comme n’importe quel groupe, des influences assez larges, qui vont de l’électro du début des années 80 (pas de la new wave, mais des trucs électro disco hip hop comme Blondie ou Talking Heads), à la house de la fin des années 80 ou du rock indé des 90 (Beck, Pavement…) Pour ma part, j’adore vraiment ce que faisait Grandaddy, surtout dans l’utilisation qu’ils font des guitares folk et des synthés un peu cheep…

Il y a aussi clairement un son un peu groovy qui est assez présent sur l’album, et notamment sur le single « Blackboard »…

Lionel Pierres : Depuis la sortie de l’album, beaucoup de gens et de critiques ont mis en avant comme toi le fait qu’il y ait une ligne très groovy sur l’album. Ce qui est marrant, c’est que pour nous, quand on a fini « Blackboard », le morceau était un peu sombre et mélancolique. Bon, c’est vrai que comme on a un background assez groovy (on écoute pas mal de hip hop et de R&B), on essaye de ne pas faire de ton sur ton et de créer des balances entre un groove ensoleillé et un synthé un peu plus froid : finalement, même quand on a l’impression de faire un truc un peu droit, ça donne une sorte de groove « blanc » !

Est-ce que c’est le fait d’être passé par Rome pour l’enregistrement de l’album qui a pu apporter un peu de couleur, un peu de groove, sur ce tableau noir ?

Lionel Pierres : À la base, on a composé la plupart des morceaux avec Pierre Lucas (ndlr : claviériste) chez moi en studio, et on a ensuite fait les batteries et les basses dans le studio de Vincent Brulin (ndlr : guitariste et claviériste) à Montreuil. À Rome, on est arrivés avec l’idée de jouer les morceaux en y apportant la chaleur qui manquait aux versions originales. Ça a été très efficace !

Dans le clip de « Under The Sun », réalisé par Mathieu Amalric et issu de votre premier album, tout comme dans celui de « Blackboard », il semble y avoir une attention toute particulière portée au processus d’écriture…

Lionel Pierres : Oui, c’est vrai, même si dans « Under The Sun », l’idée est venue de Mathieu Amalric, à qui on avait laissé carte blanche et qui avait décidé de nous faire apparaître dans le clip au tout dernier moment (la veille du tournage, en fait…) Pour « Blackboard », on a fait appel à la boîte de prod’ Les Fils De et à Paul & Martin, à qui on a également laissé les pleins pouvoirs pour la réalisation. On a la sensation que pour ce genre de projet, il est préférable de ne pas trop s’investir, à moins que tu n’aies une idée forte à la base à proposer. Du coup, ils sont partis sur une sorte de parodie des jolis clips que l’on voit assez souvent en 5D, et en ont fait quelque chose d’initialement assez sérieux, qui finit par partir sur du grand n’importe quoi. Ça tranche avec le côté très sérieux que l’on a pu mettre en avant sur notre pochette.

Pourquoi ce tableau noir, d’ailleurs, sur la pochette ?

Lionel Pierres : On est partis de « Blackboard », qui est notre morceau préféré de l’album. À partir de là, comme on a produit l’album nous-même, on s’est dit qu’on aimerait également en faire de même pour la pochette. On s’est alors basés sur le travail d’Eva Taulois, l’une de nos amies, et on a en profité pour affirmer de manière définitive notre côté « groupe » (ndlr : initialement, Fortune est le projet solo de Lionel Pierres) en apparaissant tous les quatre sur l’artwork. Symboliquement, c’était très important pour nous d’apparaître en tant que groupe.

Ce passage plus ancré à une identité de groupe, est-ce qu’il a influé sur les compositions de ce second album ?

Lionel Pierres : J’avais composé les trois quarts des compositions de Staring At The Ice Melt. Pour Blackboard, j’ai plus composé avec Pierre, alors que Vincent s’est principalement occupé des batteries, de l’enregistrement du son, des arrangements et de la production. On avait à ce sujet quelques regrets sur le premier album, la faute à des sessions d’enregistrement un peu courtes…C’est un luxe de pouvoir prendre son temps pour enregistrer !

Après les incidents techniques survenus durant vos concerts lors du MAMA festival et au Silencio, est-ce que tu n’as pas peur que le sens du mot « Fortune » soit renversé ?

Lionel Pierres : C’est vrai que l’on a eu des problèmes sur trois dates d’affilée, et trois problèmes différents ! On était un peu stressés par la release du Silencio, d’autant plus que sur scène, on voit autant les gens qu’eux te voient. C’est extrêmement déstabilisant comme ambiance… Bon, on espère être rodés pour notre tournée qui commencera à partir de janvier-février et pour notre concert du 22 janvier à la Maroquinerie !

Fortune, Blackboard, 2013, Disque Primeur, 41 min.

Visuel : © pochette de Blackboard de Fortune

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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