Pop / Rock
[Interview] Aline : « faire des chansons qui s’écouteront encore dans 40 ans »

[Interview] Aline : « faire des chansons qui s’écouteront encore dans 40 ans »

05 octobre 2015 | PAR Bastien Stisi

Deux ans après Regarde le Ciel et un an après une signature chez la division label de [PIAS], Aline est revenu à la fin du mois d’août avec La Vie Electrique, un second album moins conceptuel qu’avant mais toujours habité par les mêmes ambitions pop. Quelques jours avant une date à La Cigale qu’ils partageront avec H-Burns et Pharaon de Winter, entretien avec Romain Guerret et Arnaud Pilard, les deux membres fondateurs d’un groupe toujours labellisé french pop et qui, clairement, souhaiterait l’être un peu moins.

Il y a deux ans, quand je vous avais rencontré dans le cadre de la sortie de votre premier album, vous me disiez vouloir, si l’on se positionne d’un point de vue « pop », « revenir aux sources »…Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Romain Guerret : Ecoute, moins qu’avant je crois. C’est vrai que pour le premier album, on voulait retrouver l’essence d’une pop qui ne se faisait plus vraiment. Y a 4-5 ans c’était un peu désuet de faire ce que l’on faisait, et c’était revenir à un truc assez littéral et un peu définitif. Des chansons qui s’écoutent, qui se chantent, qui se dansent…revenir à la pop des années 60 ! Les gens ont beaucoup parlé des années 80 mais le but était aussi de revenir plutôt à un truc de la fin des années 50-60 où il y avait encore un champ très ouvert sur la culture pop. Et là sur ce deuxième disque, on ne s’est au final pas beaucoup posé de questions. Il n’y a ni concept ni démarche philosophique précise. On savait juste que l’on ne voulait pas refaire le premier album, mais on ne voulait pas non plus prendre un virage à 380°c et perdre les gens. On voulait faire une transition en douceur : garder ce qui fait notre charme mais aller quand même voir un peu ailleurs. Pour nous et pour notre public.

Et le terme de « classicisme pop », c’est un terme que vous revendiquez toujours ?

R. G. : Oui, c’est un terme que l’on revendique toujours. Aline c’est du « classicisme pop » peut-être pas dans le son ou dans les arrangements, mais en tout cas dans l’écriture. Mais sur cet album c’est vrai qu’on s’en détache un peu. Il y a des morceaux plus longs notamment sur La Vie Electrique que sur Regarde le Ciel. C’est soit tu te sers de l’air du temps et tu fais ce qui est à la mode, soit tu essayes de faire quelque chose d’intemporel. Et l’idée générale dans Aline c’est de faire des chansons qui pourront s’écouter encore dans 20, 30 ou 40 ans. Au final, ce qui reste, c’est la chanson ! C’est facile de copier tout ce qui marche et de faire la même chose. On sait le faire aussi. C’est un peu la différence entre suivre la mode et avoir du style. Moi je préfère avoir du style.

Au moment de la sortie de Regarde le Ciel, vous faisiez partie, avec La Femme, des premiers à remettre au goût du jour cette pop chantée en Français. Cette scène-là a largement grossi. Vous parliez de mode, et là aujourd’hui, on en est en plein dedans cette mode french pop…

R. G. : Je pense qu’il y a des groupes qui se sont accrochés au wagon. Je pense aussi qu’il y a des groupes qui voulaient chanter en Anglais mais qu’on a forcé à chanter en Français. On ne citera pas de noms…Mais évidemment, des maisons de disques ont flairé le bon filon… « Arrêtez de chanter en Anglais, chantez en Français ! » Mais nous on s’en fout un peu de tout ça. Le seul truc qui est important à nos yeux, et je ne sais pas si on n’y arrivera un jour, c’est de sortir de cette scène French Pop dans laquelle on nous a collé, et à juste titre d’ailleurs. Il y a 3 ans, c’était normal de nous citer en même temps que La Femme, Granville, Lescop, Pendentif…ça a servi tout le monde ce terme, et je ne crache certainement pas sur cette tendance spontanée qu’il y a eu, mais j’aimerais juste qu’on en sorte. On ne va pas être estampillé « nouvelle scène pop française » toute notre vie ! Là tu vois c’est pour ça aussi qu’on a voulu bosser avec un Anglais sur cet album, pour sortir un peu de tout ça.


Cet Anglais avec qui vous avez bossé c’est Stephen Street, l’ancien producteur des Smiths et de Morrissey. Vous qui avez souvent été comparé à des équivalents Français des Smiths, ça doit être symboliquement important…

Arnaud Pilard : Quand on a fait une short-list des producteurs avec qui on aimerait bien bosser sur ce second album, on a mis quelques Français que l’on aimait bien, et qui sortaient un peu de tous les producteurs Français qui sont associés à cette nouvelle scène que l’on vient d’évoquer (là encore, on ne citera pas de noms…) Dans le fantasme, on a également mis le nom de Stephen Street, sans trop vraiment y croire. On a réussi à trouver son contact sur son site internet, un vieux site tout pourri en flash dépassé depuis hyper longtemps. On lui a écrit en envoyant un lien SoundCloud du premier album. Et à notre grande surprise il nous a répondu le lendemain ! Le surlendemain on était en contact avec son agent, et il a même envoyé un mail à [PIAS] avec qui il était en biz, chez qui on n’était pas encore signé, pour leur dire « signez ces mecs, ils sont trop forts ! » On a peu halluciné. On s’est un peu retrouvé comme des cons quand on s’est rendu compte qu’on allait vraiment le faire !

R. G. : Ce qui nous a permis d’aller voir ailleurs et de sonner différemment. Je crois qu’il y a un son très « anglais » sur cet album, et ce n’est évidemment pas innocent…

A. P. : Ouais, les Anglais n’ont clairement pas les mêmes codes que nous. Sans que ce soit meilleur ou pire, c’est juste différent. En France on va nous comparer à Indochine ou pire, et là lui il nous parlait « d’Europop », un style que les Anglais utilisent pour parler de la scène pop continentale. Il parlait de Kraftwerk par exemple. C’était marrant pour nous.

Vous avez beaucoup tourné pour votre premier album. Cet album-là a t-il attendu le retour à la maison pour être composé ?

A. P. : On a attendu oui. En tournée, paradoxalement, tu as plein de temps, mais tu peux difficilement t’en servir à autre chose qu’à te reposer, à manger, récupérer de ta cuite de la veille…t’as pas envie et pas franchement les moyens de composer !

R. G. : Sauf peut-être ceux qui sont en tour-bus…mais on n’en est pas là encore !

Je suppose quand même que cette grosse expérience du live vous a permis d’aborder différemment la composition de ce nouvel album…

A. P. : Oui, il nous  a permis de penser un peu au live au moment de composer…

R. G. : Oui, au niveau du chant surtout. Là tu vois j’ai fait en sorte d’être capable de chanter en live les morceaux qui figurent sur l’album, ce à quoi je n’avais pas du tout fait gaffe pour le premier ! Franchement, quasiment aucun morceau n’était enregistré dans la tonalité qui est habituellement la mienne ! J’ai un peu galéré…Après tu vois on s’est plutôt dit qu’on avait envie d’un album bien produit plutôt qu’un album qui sonnait live. Ce qui n’empêche pas qu’on a aussi fait en sorte que l’album soit facile à retranscrire en live pour nous.


Est-ce que ça va redistribuer le choix des morceaux au niveau du live ?

R. G. : Non pas forcément, on va continuer à jouer les incontournables quand même, on est habitués maintenant ! Mais forcément les lives à venir vont plus être focalisés sur les morceaux de La Vie Electrique, que l’on va devoir défendre.

Et alors, « La Vie Electrique », c’est quoi : c’est un constat ? Un fantasme ? Une volonté ?

R. G. : Déjà c’est un terme que j’aime bien. Mais c’est plutôt un constat de ce que l’on est en train de vivre oui. C’est cette espèce de tension permanente dans laquelle l’on vit depuis quelques années. Tout le monde attend que le néon éclate, et que ça pète. Les gens sont sous tension. Mais rien ne vient vraiment. C’est ça « La Vie Electrique ». On est tous au bout du rouleau, c’est ça qu’on dit ! C’est la tension qui vient avant l’orage, sauf que là l’orage ne vient pas. Tout le monde attend la destruction de manière résignée. Je crois qu’il y a cet espèce de constat résigné dans cet album. La résignation du gars qui regarde par la fenêtre et qui ne sait pas ce qu’il regarde. Il y a toujours beaucoup de moi dans les textes que j’écris, mais là j’angle un peu différemment. Je parle du Diable sur « Si le Diable est ailleurs » par exemple. C’est un morceau que j’ai écris durant les manifestations du Mariage pour Tous, sur Civitas et tous ces tarés là. Tu vois l’univers n’est jamais parti en guerre au nom du Diable. Par contre il est souvent parti en guerre au nom de Dieu. Alors j’ai eu envie de rendre un peu justice à ce monsieur-là.

Tu parles du Diable là ?

R. G. : Oui, j’ai voulu lui rendre hommage. On est très injuste avec lui. Charles Manson a commis des meurtres au nom du Diable, ok, mais c’est peanuts par rapports aux gens qui ont tué au nom de Dieu ! Les Croisades ce n’était pas au nom de Lucifer que je sache…

C’est un genre de « Thank You Satan » de Ferré, c’est ça ?

R. G. : Ah je ne connais pas tiens. C’est un morceau de Ferré ?

Oui, qu’il a écrit dans les années 60. Je me souviens qu’il y a 7 couplets pour faire écho aux 7 pêchers capitaux….

R. G. : Ah il faut absolument que j’écoute alors !

Alors, le Diable, d’un certain point de vue, ça peut aussi être le public, si jamais votre Vie Electrique ne contourne pas la fameuse difficulté largement reconnue liée à la parution d’un second album après un premier réussis…

A. P. : On a voulu éviter les pièges en ne cogitant pas trop, en se mettant tout de suite à la composition du second album.

R. G. : Oui franchement, on pourrait encore être en train d’y penser à ce que l’on va mettre sur cet album…Il y a sans doute moins d’urgence dans un second album. Le premier tu le peaufines, tu as parfois mis plusieurs années à le composer. Tu vois, Regarde le Ciel par exemple, on l’a composé en 2011, et on l’a sorti en 2013 ! Là celui-là arrive deux ans après, y a eu une grosse tournée, quelques tous petits mois de composition et on est déjà de retour ! Tu as forcément moins le temps de te poser de questions. C’est peut-être le 3e qui va être plus compliqué tiens.

A. P. : Ah ouais ? Moi j’ai déjà envie de le faire tiens !

R. G. : Ouais c’est vrai. Tout ce qu’on sait c’est qu’on a envie de le faire et de le produire nous-même. Je pense qu’il va être ampoulé, limite prog avec plein de synthés, des morceaux de 14 minutes, ça va être un bide total. Et du coup pour le 4e on va revenir aux sources, revenir dans l’urgence de Regarde le Ciel, et là ça va marcher ! Aline : le retour aux sources !

En concert le 8 octobre à La Cigale, avec H-Burns et Pharaon de Winter.

Aline, La Vie Electrique,  [PIAS] Le Label, 2015, 47 min.

Visuel : (c) DR

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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