Pop / Rock
Di Grazia, le concert tellurique de Alexandre Roccoli à la Ménagerie de Verre

Di Grazia, le concert tellurique de Alexandre Roccoli à la Ménagerie de Verre

25 mars 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival Étrange Cargo bat son plein, et, ce jeudi, le plus musicien des chorégraphes présentait, cette fois ci en public, son tour de chant aux accents archaïques, portés puissamment par Roberta Lidia De Stefano.

Comme nous l’écrivions lors de la présentation du spectacle aux professionnels l’année dernière, Alexandre Roccoli s’est inspiré du phénomène du Tarentisme de la fin du Moyen Âge. Cela fait suite à son expédition en compagnie de chercheurs en anthropologie à Rome, Naples et dans les Pouilles en Italie. Ces femmes « tarentulées » avaient été piquées par des tarentules (ou autres araignées) ; la croyance voulait que seules la danse et la musique puissent les guérir.

Pour cette pièce, Alexandre Roccoli, dans une tendance très actuelle qui considère (à raison) que la voix est un mouvement, quitte radicalement le champ chorégraphique. Et il faut voir Di Grazia comme le miroir de Weaver Quintet présenté en 2017 où il effectuait ce soin par la danse.

Ici il ne reste, qu’un cri concentré d’à peine 50 minutes, un retour à la terre, qui jonche tout le sol du Off, la salle de spectacle normalement toute blanche de la Ménagerie. Il y a des petites lumières comme des bougies qui nous incitent à nous reposer.

Mais point de repos ici, les chants sont anciens, violents. Ils sont soufflés ou criés en dialectes de l’Italie du Sud. Roberta Lidia de Stefano, seins nus sous une veste d’homme et culotte à porte-jarretelles sur jambes également nues, est un acte en soi. Elle apparaît peu en fait, floutée par une bâche en plastique qui barre la scène. Nous sommes là pour l’écouter jouer, d’abord de la cornemuse, puis nous offrir un pur concert, un cool concert d’électro-rock. L’apogée est cette reprise du tube slow disco de Mina en 1978, « ancora, ancora, ancora » devient une passion à crever ici.

Le vrai reproche que l’on doit faire à Di Grazia, c’est son souci de construction ; au moment où la pièce s’arrête, l’on a une sensation d’inabouti, peut-être parce que les sujets qui sous-tendent cette création sont finalement trop profonds pour les aborder en si peu de temps.

Reste la sensation d’avoir pris un shoot de talent. Il est fou de pouvoir voir cette comédienne si immense, à la présence impressionnante. On apprend au passage qu’elle a été choisie par Dario Fo pour l’accompagner sur ses deux dernières productions.

Di Grazia brille par son authenticité et opère comme un rituel, quelque part en Calabre.

Visuel © Serena Serrani

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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