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[Chronique] « What Went Down » : les Foals définitivement rock heroes

[Chronique] « What Went Down » : les Foals définitivement rock heroes

28 août 2015 | PAR Bastien Stisi

Lors de la dernière édition de La Route du Rock, en conférence de presse, Yannis Philippakis répétait à quel point ça avait été un honneur pour Foals de venir remplacer au pied levé la dissidente Björk quelques jours après son annulation de sa tournée française, et à quel point c’était un plaisir pour eux de rendre ce service à un festival au sein duquel ils avaient déjà fait leurs armes au cœur des étés 2008 et 2010. Par filiation et sans doute inconsciemment, et puisqu’ils avaient tenu à le répéter encore lors de leur arrivée plus tard sur scène, le groupe se positionnait comme le véritable sauveur de cette 25e édition. Ce n’était pas complètement, faux, et c’était surtout cohérent avec ce que le groupe était en train, au fil des albums salués et des tournées archis complètes, de devenir.

[rating=4]

Avec What Went Down, leur quatrième album studio sorti aujourd’hui, les Foals semblent en effet assumer de plus en plus ce statut de rock heroes (un terme à lire donc dans plusieurs sens) que la planète entière semble devoir leur attribuer de manière définitive. Une chasse au trésor mondiale, c’est dire l’ampleur de l’événement, a même été organisée afin de faire la promotion d’un album qui s’avère être, sans doute, le plus réussi depuis la sortie de l’inégalable Antidotes en 2008.

Lors de cette conférence de presse évoquée plus haut, un confrère PQR, pertinent, avait justement demandé au groupe s’il était prêt à devenir, et puisque c’est a priori les stades que Foals est désormais destiné à remplir, le groupe superstar rock des années à venir. Jimmy Smith, guitariste du quintet d’Oxford, acquiesce et confirme sans siller. Ce n’est pas une cheville qui gonfle. C’est un constat honnête. Les Foals, et What Wen Down en est l’éminente preuve, sont prêts à passer au stade supérieur. Mais certainement pas à n’importe quel prix. « On ne sucera jamais la bite de Satan », dit-il avec une élégance contestable mais une posture irrévocable.

Comprendre par ce refus catégorique de la fellation satanique : pas question de jouer le jeu du virage « rock de masse » et publicités pour boissons gazeuses, et ce même si, plus encore que son prédécesseur Holy Fire, What Went Down confirme cette tendance à parler de plus en plus à un public élargis (« Mountains At my Gates », notamment, fait bien le taff de l’irrésistible single sur les ondes).

Pour autant, Foals accepte ce dialogue sans se détacher pour autant de sa base la plus exigeante pour autant. Un jeu d’équilibriste toujours complexe, mais parfaitement réussis ici. Celui qui a lâché les Foals après Antidotes, le premier album désarticulé, math-rock et voltigeur du groupe, ne reviendra sans doute pas avec What Went Down.  Les autres, par contre, retrouveront les essayages pop rock de Total Life Forever (la belle complainte héroïque « Give It All » ), les rapprochements blues rock déjà tentés hier (on parle le langage de Black Keys ou d’Hanni El Khatib sur « Snake Oil »), et surtout, les fureurs rock des instants les plus vivifiants du précédent album Holy Fire (« What Went Down », « Mountain At My Gates »).

D’autres titres, et c’est une grande nouveauté, feront même danser. C’est le cas du très bon « Birch Tree », et surtout du formidable « Night Swimmers », deux morceaux qui, en même temps qu’ils confirment le formidable sens du riff du groupe, rapprochent les Britanniques de leurs cousins canadiens pas si lointains d’Arcade Fire et de leur dernier magistral Reflektor.

Seul raté, l’épuisant « A Knife in the Ocean », pâlotte tentative de reproduction de « Spanish Sahara » (déjà tentée sur Holy Fire avec « Late Night »), qui vient clôturer l’album, mais qui ne gâchera pas l’impression globale laissée par un album que l’on retrouvera forcément en bonne position au terme de l’année, lorsqu’il sera question de classer minutieusement (ou pas) les meilleurs et les pires albums de l’année. L’album, et le groupe en était fier, a été enregistré dans le calme des Studios La Fabrique de Saint Rémy de Provence, un studio que l’on retrouve, notamment, dans le dernier essai biopic consacré à Nick Cave (20,000 days on Earth, 2014). On n’en est pas à ce niveau. Mais on est en droit de penser, quand même, que l’on pourra relancer la discussion dans 20 ans si le groupe poursuit le niveau d’exigence rock qui est le sien actuellement.


Foals, What Went Down, 2015, Warner Music, 48 min.

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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