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[Chronique] « Vieux Frères – Partie 2 » de FAUVE : quoi dire lorsque l’on a plus rien à pe(a)nser ?

[Chronique] « Vieux Frères – Partie 2 » de FAUVE : quoi dire lorsque l’on a plus rien à pe(a)nser ?

16 février 2015 | PAR Bastien Stisi

Avec la seconde Partie de Vieux Frères, le collectif francilien FAUVE continue à panser des plaies autrefois contraintes à l’exposition la plus vivace. Problème : à force de se soigner depuis l’apparition de la météorite Blizzard, il semblerait bien que la meute ait fini par véritablement guérir…

[rating=2]

Sur ce second album, exit la nécessité de création. FAUVE va mieux (« Juillet (1998) », « Tallulah ») et malgré quelques élans toujours sociopathes (« Bermudes », « Azulejos »), le fait clairement savoir. On s’éloigne ainsi de ce qui faisait tout l’intérêt de FAUVE : cette faculté à cracher ses névroses aux oreilles de qui voulait bien les recevoir, à (sur)jouer au maximum de cette tendre et violente misanthropie, à chialer, presque, aux yeux du nombril et donc du monde, le désespoir qu’il faut bien finir par convertir en espoir.

Le flow est ici plus serein, moins acéré, et s’il fait appel aux mêmes thématiques maquisardes et camarades que l’on retrouvait déjà hier (« Sous les Arcades », « Révérence »), on n’a plus tellement, il faut bien l’avouer, envie de se retrouver dans les marges convenues avec eux. C’est sans doute que ce signe différenciateur, toujours exposé comme un étendard rouge pâle singeant le marteau et la faucille, a fini par lasser, si ce n’est à agacer. Et que le bonheur (ou du moins, la fuite du malheur) n’est pas tellement destiné à être raconté. Car celui-ci se vit.

Et même lorsqu’il y a l’ambition de se rapprocher du lyrisme grandiose des deux précédentes sorties discographiques, la recette ne prend plus : on n’a pas du tout hâte d’entendre les instrus caribéennes de « Tallulah » diffusées sur NRJ (ou sur une autre station relativement grand public…) et on a quasiment hâte, justement, d’extraire vite l’album du lecteur lorsqu’intervient l’épuisante terminaison et les cordes emphatiques des « Hautes Lumières »…

Ce qui s’avère toutefois intéressant dans cette seconde partie de Vieux Frères, c’est le renouvellement instrumental qu’aura été capable de fournir un collectif qui paraît accorder, enfin, une importance à un aspect qui semblait si souvent négligé (par manque d’exercice ?) au cours de la précédente expérience. Lorsque le son semblait en effet être jadis un simple prétexte pour mettre en avant le texte, il s’avère ici plus maturé, plus audacieux, capable de faire appel à des percussions bossa (« Juillet (1998) ») comme à des samples dub (« Paraffine »), à la new wave de carnaval (« T.R.W. ») comme à un post-rock tendu, lourd et abrasif (« Sous les Arcades »). Lorsqu’il ne s’égare pas dans des chœurs racoleurs dignes d’un « À Nos Actes Manqués » de Goldman » comme sur « Révérence » (c’est bien, ça change de Céline Dion…), c’est réussis.

On s’y attendait : tout cela ronronne, et comme un attendrissant chaton, ce FAUVE-là fait le dos rond sans que cela n’effraie plus personne. On se souviendra, alors, des jouissances procurées par les spontanéités d’un amour d’été, ou plutôt en l’occurrence, d’un amour d’un d’EP, dont on aura chéri contre le cœur les extraits les plus persévérés (« Blizzard », « Kané », « Rub A Dub »). Pour vivre heureux, rappelons-le, vivons cachés.

FAUVE, Vieux Frères : Partie 2, 2015, autoproduction, 38 min.

Visuel : (c) pochette de Vieux Frères : Partie 2 de FAUVE

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

2 thoughts on “[Chronique] « Vieux Frères – Partie 2 » de FAUVE : quoi dire lorsque l’on a plus rien à pe(a)nser ?”

Commentaire(s)

  • Le groupe s’est largement essoufflé depuis le début. Le spleen qui faisait tout leur charme a fini par disparaître.
    Tant mieux pour eux, cependant, leur musique en a pris un large coup!

    février 23, 2015 at 17 h 53 min
  • le mouleux

    Ouais, bof, c’est du slam quoi!
    energique mais tellement monocorde, franchement, je me suis fait prendre avec « infirmière » du premier opus
    (littéralement j’aurais dis oui aussi)mais vite vite ça m’a gavé a mort je peut tout simplement plus les ecouter
    bravo les gars, et ….Merci!

    septembre 2, 2015 at 15 h 38 min

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