Pop / Rock
[Chronique] « The Golden Age » de Woodkid : garçon de bois et album en or

[Chronique] « The Golden Age » de Woodkid : garçon de bois et album en or

02 avril 2013 | PAR Bastien Stisi

[rating=4]

woodkid

Plus de trois ans après l’apparition du tube héroïque et ovniesque « Iron », venu frapper d’une main de fer le monde de la pop française et internationale, le polyvalent Woodkid a enfin livré à la postérité et à nos tympans attentifs le très attendu, épique et mélancolique The Golden Age. Un album magistral de charisme et de singularité , venu se positionner, déjà, tout en haut du panthéon  musical 3.0 de ce début de XXIe siècle…

Dire que The Golden Age de Yoann Lemoine (le véritable nom de l’artiste) était attendu au tournant tient d’un pléonasme et d’une évidence telle qu’on ne pouvait s’empêcher de préciser d’entrée cet axiome absolu. Avec une telle minutie de communication et un tel travail érudit et complexe de son image, il est vrai que le lyonnais, originaire de Pologne, suscitait une excitation et une envie rarement égalée au sein de la scène pop hexagonale, mais pas seulement. On le sait, les Etats-Unis et le monde entier (ceux qui ont accès à une connexion internet fiable, du moins…) raffolent de ce frenchy à la pointe du hype et de l’ère numérique, capable de décliner un univers façonné de toute part par ses propres soins, par le son comme par l’image, par la musique comme par la vidéo clipée, le tout avec la même facilité déconcertante d’habileté et de pertinence.

Yoann Lemoine, on le sait, faisait de l’image avant de faire du son, lui qui après être passé par une école d’art lyonnaise, a bossé un temps avec Luc Besson, avant d’exécuter quelques piges dans l’animation visuelle, puis de réaliser quelques clips pour Yelle, pour Moby, pour Drake, pour Katty Perry, ou encore pour Lana Del Rey. Le percutant « Iron », d’ailleurs, était initialement un objet clipé, sur lequel Woodkid a finalement décidé d’ajouter une couche sonore pour agrémenter le tout. Et puis, le succès de la pop mélancolique, grandiloquente et fascinante du morceau, poussé par un souffle épique jamais atteint auparavant et par des percussions tribales et plurielles qui deviendront l’une des marques de fabrique de son univers, pousse alors le réalisateur à se muter définitivement en compositeur, et a tirer le maximum de profit de ses fascinations sonores de l’époque (des Yeasayer à Philip Glass, de Frank Ocean à Bat For Lashes).

Un concert comble au Grand Rex, une date donnée sous la Tour Eiffel, une kyrielle de participations aux plus excitants festivals européens, et la livraison éparse et sporadique de titres qu’il suffit de pousser sur la toile pour en faire des tubes incontournables, des cloches résonnantes et des percussions tournoyantes de « Run Boy Run » à la mélancolie fabuleuse de « I Love You » et de « Brooklyn », il ne manquait plus à l’artiste qu’à soigner la communication et le lancement de son premier disque, après trois années de préparatifs soignés et patiemment étudiés.

Dès lors, on retrouve sur les seize morceaux de ce Golden Age, titre dont l’ambition ne semble avoir d’égal que son caractère considérablement pompeux, la même indéniable personnalité, la même force vocale, la même conséquence musicale, la même alternance constante entre une détresse existentielle magnifiée et une emphase poussée à son paroxysme qui habitaient déjà les premiers extraits de l’album.

Outre le piano magnétisant et la montée en puissance orchestrale sur l’homonyme et introductif « The Golden Age », le disque, plus proche du péplum que de l’album, livre un nombre remarquable de perles soniques et exubérantes, du conquérant « The Shore » au cubique « Conquest of Spaces », du martial « Stabat Mater » à l’héroïque « Ghost Lights« .

http://www.youtube.com/watch?v=tTlUQQQfk34

Les plus présomptueux s’évertueront à stigmatiser la linéarité de composition d’un album qui ne paraît être au premier abord qu’un objet uniforme et homogène, incapable de se renouveler et de sortir des sentiers battus et inlassablement répétés par une musicalité et un timbre vocal particulièrement récurrents.  On ne pourra leur donner tort. On ne pourra s’empêcher, aussi, de leur rappeler que les sentiers en question, c’est Woodkid lui-même qui les a charpenté et élaboré de sa patte experte, géniteur particulier d’une oeuvre infranchissable et fabuleusement personnalisée. Parce que nul n’est prophète en son pays, l’artiste a pris le parti de créer le sien. En déplaise aux sceptiques, le monde de Woodkid n’est pas fait de bois, mais a bel et bien été confectionné en or massif.

Visuel (c) : affiche de The Golden Age de Woodkid

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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