Pop / Rock

[Chronique] « Forever » de Holograms : violent, crasseux et gracieux

[Chronique] « Forever » de Holograms : violent, crasseux et gracieux

31 août 2013 | PAR Bastien Stisi

Hologram Forever

[rating=3]

À l’exact opposé d’une scène locale pop et rêveuse exportée de l’autre côté de la Baltique et perchée très très haut dans les cieux (Lykke Li, The Knife, Jens Lekman…), les suédois de Holograms accouchent d’un second album tonitruant et terre-à-terre (Forever), et favorisent l’exécution de guitares vives et soignées, menant avec une fougue ordonnée et décuplée un post-punk curtisien massivement libéré.

Sur la pochette mise en avant par les garçons de Stockholm afin d’illustrer le fronton de leur second album, un esthète dénudé et taillé comme une statue gréco-romaine est en train de planter rageusement ses dents dans la jugulaire de l’un de ses semblables, malheureuse victime prostrée dans une gestuelle néoclassique et annonciatrice d’une mort imminente. Le caïnite en devenir, par la brutalité de son acte et par le coloris de ses cheveux (le roux qui évoque bibliquement la figure de Judas), paraît incarner, plus encore que l’image d’un lion fondant sur une antilope vaincue ou que la dualité séculaire qui oppose intrinsèquement le Bien et le Mal, l’association complexe et tumultueuse qu’impliquent chez les Holograms la grâce et la violence des guitares…

Un an après un premier opus épique et frontal, porté par quelques titres demeurés une année entière dans la chaleur numérique des iPods les plus rockeux (« ABC City », « Hidden Structures »…), Forever poursuit logiquement l’exploration d’un garage rock crasseux et gracieux, capable d’agencer dans un oxymore superbe la foudre et le fer des guitares avec un lyrisme mélancolique audacieux. En cela, le quatuor se rapproche de ses cousins  suédois et post-punks de The Hives, avec qui ils partagent la même passion pour les riffs sauvageons et les mélodies ferrailleuses.

Rock lo-fi et foutraque sur « Luminous », vivacité dynamiteuse sur « A Sacred and State », bruitisme cradingue et larsens exigüs sur « Wolfes » (encore une histoire de dents parvenues jusque dans la chair d’un autre pour en déchiqueter l’intérieur…) : si l’on prend soin d’y mettre correctement le feu, tout est disposé à brûler, et même les trottoirs enneigés et industriels de la capitale stockholmoise…

Quelques jours avant sa sortie officielle sur le label Captured Tracks (The Soft Moon, DIIV, Beach Fossils…) et avant une date à la Cité de la Musique le  26 octobre, l’album est à écouter intégralement via SoundCloud.

Visuel : © pochette de Forever de Holograms

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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