Pop / Rock
[Chronique] Aventine, le second album d’Agnes Obel est hanté de beauté

[Chronique] Aventine, le second album d’Agnes Obel est hanté de beauté

01 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Trois ans après la révélation « Philarmonics », la mystérieuse et envoûtante artiste danoise Agnes Obel est de retour chez PIAS avec un deuxième album aussi réussi qu’attendu. « Aventine » sort le 30 septembre 2013, un peu plus d’un mois après la « révélation » du premier single «The Curse ». A la fois hanté et mélodieux, équilibré et habité, « Aventine » confirme qu’Agnès Obel est l’une des grandes voix du folk, à suivre comme un chevalier se laisserait guider par une fée dans les bois…

[rating=4]

aventine obelCelle qui a conquis l’Europe en livrant à Deutsche Telekom sa plus belle BO avec « Just So » ne s’encombre plus de chouettes sur la couverture de son nouvel album. Mais c’est toujours dans le sang et le mystère du soleil au couchant qu’Agnès Obel apparaît, comme une ombre essentielle. « Aventine » prend donc seulement la sonorité d’une des 7 collines de Rome, pour l’angliciser, comme un tintement de clochette. Et l’album laisse de côté le soleil et les couleurs franches de l’Italie, pour se concentrer avec une unité absolument séduisante sur l’univers nordique, mythique et hanté qui avait fait le succès de « Philarmonics ».

Mais ce n’est pas parce que la chanteuse poursuit dans le chemin qu’elle a déjà tracé qu’elle se laisse aller à la facilité. « Aventine » annonce tout de suite sa couleur minimale avec une première plage instrumentale « Chord left », qui joue presque le rôle d’une ouverture d’opéra, puisqu’elle offre en quelques notes inaugurales un condensé de l’album : le piano et les cordes. Avec le très intense et très habité « Fuel to fire », la voix inimitable d’Agnes Obel vient se poser sur le piano, pour ne plus le quitter, sauf le temps de deux autres intermèdes musicaux qui donnent du souffle à un album habité de fantômes. « Dorian » est l’un de ces esprits et ce n’est pas son apparence mais son écho qui nous renvoie au fond des âges, vers une immortelle jeunesse prise dans la glace. Question fantômes personnels, la chanteuse nous livre un peu de sa nostalgie intime avec les très beaux titres « Words are dead » et « Smoke and mirrors », plages échange où elle montre également tout son art du song writing. Intenses, « Run cried the crawling » et « The Curse » sont deux titres un peu inquiétants, où la pureté du timbre d’Agnes Obel prend des tours de sabbat de sorcières. La recette miraculeuse de l’album tient dans une inspiration et une instrumentation classiques du plus haut niveau, tendues comme la corde d’un arc par une volonté de simplicité. Les mélodies populaires et simples que propose Agnes Obel sont sublimée par la perfection des sons, et vice versa, le minimalisme des mélodies épure encore l’inspiration classique pour l’amener vers un essentiel quasi-sacré. Le morceau instrumental « Tokka » est très représentatif de cet art d’Agnes Obel qui reprend une forme canonique pour lui donner son énergie du clair-obscur, tout en nous faisant rêver à Bach. « Aventine » est un album très travaillé, d’une cohérence et d’une beauté qui le placeront au top des playlist musicales mélancoliques de votre automne 2013.

visuel : Couverture de l’album.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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