Musique
Petit Prince : « Le son que j’aime a quelque chose de beaucoup plus brute, organique »

Petit Prince : « Le son que j’aime a quelque chose de beaucoup plus brute, organique »

19 septembre 2020 | PAR Jérémie Laurent-Kaysen

Les cheveux blonds comme les blés, le regard rêveur, Elliot Diener alias Petit Prince semble également venir d’une autre planète. Après plusieurs années de tâtonnements, entre démo et singles, le cofondateur du label Pain Surprises plonge enfin dans le grand bain avec un premier album plus solaire qu’aquatique. Les plus beaux matins, sorti le 4 septembre, propose un voyage à la fois pop et psychédélique dans un royaume où l’herbe parait plus verte. Rencontre avec cette nouvelle figure de la chanson française.

Tu as pris pour nom de scène « Petit Prince , célèbre personnage de l’oeuvre éponyme d’Antoine de Saint Exupéry. Pourquoi avoir choisi le nom de ce petit blondinet ?

Au départ, Petit Prince était un surnom que mes amis me donnaient. Je trouvais que c’était une bonne idée de l’utiliser comme nom de scène. Quand tu commences la musique, la question se pose de savoir sous quel nom tu désires te faire connaître. Je ne suis pas particulièrement attaché à ce livre de Saint Exupéry mais le nom de « Petit Prince » collait parfaitement à mon univers.

Comment est né Petit Prince ? Il est le fruit d’un besoin, d’une envie, d’un délire ?

Je suis né en plusieurs temps. Jeune, quand j’étais adolescent, j’ai fait beaucoup de musique. Celle-ci est rapidement devenue l’activité numéro 1 de ma vie, ce qui m’animait le plus. Mais mes parents avaient certaines attentes pour ma vie future… J’ai longtemps tourné autour du pot, me disant « Je n’arriverais jamais à vivre de la musique, je vais plutôt faire des études prestigieuses qui m’assureront un avenir ». En même temps que je réalisais des études d’ingénieur-son à Louis Lumière, on a créé le label de musique Pain Surprises avec des amis. Il a bien fonctionné et, progressivement, on a pu en vivre. Arrivé à 27 ans, je faisais toujours un peu de musique à côté de mes diverses activités et je me suis dit que dans quelques années je serais à un tel niveau d’avancement de « Life de vieux » que ce ne serait plus possible de faire machine arrière. Si je voulais me lancer dans la musique, c’était maintenant ou alors je m’en voudrais toute ma vie. C’était alors devenue une évidence, j’ai senti que c’était le moment pour me lancer.

Depuis que j’ai pris cette décision, je peux moins faire de resto mais au moins je m’éclate vraiment ( rires).

Ton premier single « Demi-tour » est sorti en 2015 sur Youtube. Il est dans un style proche de ce que tu réalises aujourd’hui mais sans ta voix. C’est ton son le plus écouté sur la plate-forme avec 144 000 vues. Que s’est-il passé depuis la sortie de ce premier morceau ?

« Demi-tour » était seulement une démo de ce que j’aimais faire, déjà à l’époque. Mais un jour, un mec a fait une vidéo avec cette musique en fond. C’était au moment où les iPhone avait inventé la fonctionnalité « ralenti ». Le youtubeur avait construit une structure en bois, dans lequel il mettait son téléphone, tenu par un fil, qu’il faisait tourner autour de lui. Il s’est filmé en train de skier pour faire un effet à la Matrix. Sa vidéo a fait le buzz et ma musique par la même occasion. Depuis ce temps-là, j’ai beaucoup travaillé pour d’autres, j’ai changé de studio. J’ai donc travaillé mais pas pour moi.

Ton premier album Les plus beaux matins est sorti le 4 septembre. Tu avais dévoilé auparavant deux EP, « Deux mille dix » en 2015 et « Je vous embrasse » en 2019. Ce nouvel album comment le vois-tu ? C’est un renouveau ou une continuité ?

Petit Prince a véritablement commencé avec « Je vous embrasse ». Le premier morceau de l’album était « le jour du départ » parce que je savais que j’avais enfin trouvé mes racines de son, mon point de départ justement. Avant cet EP, je faisais surtout de la musique, assez simple, dans ma chambre, avec très peu d’instruments. Alors qu’en vérité, le son que j’aime a quelque chose de beaucoup plus brute, organique, avec des batteries, de la guitare, des effets un peu psyché. Sur « je vous embrasse », la structure reste quand même très expérimentale. Pour cet album, Les plus beaux matins, j’ai voulu au contraire faire des chansons qui racontent une histoire, pour que les auditeurs comprennent mon message. Il fallait que la structure soit audible et digeste. Et sincèrement, faire des morceaux de 3min30 bien construits c’est bien plus difficile que faire des morceaux de 5min ! Parce qu’il faut vraiment bien dosé.

Qu’est-ce que tu as voulu raconter avec ce nouvel album ? Quand tu parles des plus beaux matins, tu le dis avec le regard d’un « couche tard » ou d’un « lève tôt » ?

Justement les deux ! ( rires) J’aime beaucoup me lever tôt. Mais quand je me couche tard, j’aime que ce soit très tard. Souvent quand les gens font la teuf et que le soleil se lève, ils ferment les rideaux. Moi au contraire, j’aime le levé du soleil. Tu es fatigué de ta soirée et soudain le soleil se lève. Toute ta fatigue s’envole d’un seul coup ! Il y a une puissance incroyable qui vient de ce genre de moments. Les plus beaux matins est aussi lié à toutes mes insomnies et à quel point elles me fascinent. La nuit, tout est très grave. Il y a cet effet incroyable où toutes les questions deviennent existentielles. Quand je ne dors pas, dans ma tête ça bouillonne, je pense à ce qu’il faut que je change, je m’énerve… Puis le jour se lève, tout redescend et on oublie toutes ces angoisses.

La semaine dernière deux extraits de tes morceaux ont été publiés avec les paroles et des explications sur Youtube. « Tendresse sur canapé » traite de l’amour simple et heureux tandis qu’ « endors-toi » parle justement d’une insomnie agréable. « Les plus beaux matins » serait-il l’album de la positivité ?

J’ai été pendant longtemps un mec méga positif, méga heureux. Tout allait bien dans ma vie. Puis j’ai commencé à faire de grosses crises d’angoisses, des déprimes. Quand j’ai commencé la musique, c’était vraiment des périodes très sombres de ma vie qui se reflétaient d’ailleurs dans mes morceaux. Les plus beaux matins est arrivé pile au moment ou j’ai commencé à accepter tous ces trucs et surtout reconnaitre que tout n’est pas rose dans la vie. Quand tu fais une insomnie, il y a deux possibilités : soit tu stresses en te disant « Ahlala je ne serai pas en forme demain alors que j’ai une grosse journée de boulot » ou alors tu te dis « Bon, tant pis, je ne dors pas, je me lève et je vais faire autre chose ». J’ai voulu apporter cette positivité aux gens. Dans mes morceaux je parle de choses simples. « Tendresse sur canapé » peut témoigner simplement d’un moment où je mange une pizza sur le canapé avec ma copine, le chien qui dort à nos pieds, et c’est pas l’aventure, c’est pas romantique, mais c’est pourtant trop bien.

Dans tes morceaux, plusieurs univers se rencontrent et s’entrechoquent. Il y’a beaucoup d’instruments comme de la guitare électrique, toi-même tu as joué du violoncelle pendant plusieurs années. Quelles sont justement des influences artistiques ?

J’ai deux grands pans d’inspiration : la musique rock, psyché, alternatif mais aussi tout ce qui est un peu pop, ce que j’appelle « la grande musique » : Les Beatles, Queen, Led Zeppelin, Pink Floydd, des groupes mythiques. Mais en même temps j’écoute beaucoup d’anciennes chansons françaises. Disons que j’aime beaucoup écouter du Brel, du Gainsbourg, du Balavoine, du Johnny Halliday. Je suis fasciné par les chansons françaises qui racontent vraiment des histoires. MC Solaar typiquement dans « la belle et le bad boy », c’est une histoire que tu suis du début à la fin. C’est exactement ce que je voulais faire dans mon propre album.

Un nouveau clip est sorti cette semaine, « Tendresse sur canapé » avec une histoire d’Aliens. Tes clips sont toujours surprenants par rapport à la chanson d’origine, les paroles ne laissant pas deviner ce choix visuel. Pourquoi proposer des clips aussi décalés ? Qu’est-ce que ça dit de toi ?

Ces clips me permettent de mettre sous la lumière un petit peu les autres personnes qui travaillent avec moi. Dans les créations musicales ont parle beaucoup du chanteur ou du groupe et on a tendance à associer tout le talent des gens qui travaillent autour à l’artiste seul. Pour le clip « tendresse sur canapé », j’avais des idées et avec mon label on est allé rencontrer des réal qui ont fait le projet. Quand je collabore sur les clips avec des réalisateurs j’aime bien, pas donner carte blanche mais presque, qu’on puisse discuter et confronter nos idées. Quand tu fais comprendre aux gens qu’ils sont responsables de ce qui va se passer, ça motive d’autant plus les gens à faire des trucs supers. Pour « Chiens chinois », l’idée venait clairement de ma copine à savoir refaire la scène d’intro des 101 dalmatiens, j’ai trouvé ça mortel et pour les Aliens j’ai juste dit que j’aimerais bien avoir un truc un peu littérale, avoir un couple à la maison mais il fallait rendre l’ensemble spécial, que ce ne soit pas ton sur ton parce que j’avais déjà mis du naïf, gnangnan, volontairement dans le texte et j’avais envie de switcher sur le clip. L’idée des Aliens étaient cool et quand j’ai vu que c’était des Aliens tout sauf mignons j’ai trouvé ça encore mieux !

Ton album devait au départ sortir en avril mais a finalement été décalé par le confinement… Comment vois-tu l’avenir de Petit Prince aujourd’hui ?

Je suis assez positif face à l’avenir mais j’espère qu’on pourra bientôt refaire des concerts, comme avant. Ce n’est pas une période facile pour la musique comme pour la culture en général. Mais il faut que les gens soient solidaires, qu’on se serrent les coudes en continuant de faire vivre la musique !

Visuel : ©Pain Surprises

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Jérémie Laurent-Kaysen
Après deux années de classe préparatoire en Lettres et une licence Humanités, lettres et sciences humaines, il réalise actuellement un Master de Journalisme Culturel à Paris X. Il est rédacteur pour Toute La Culture depuis novembre 2019.

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