Musique
No Time for Dreaming de Charles Bradley, nouveau pape de la soul

No Time for Dreaming de Charles Bradley, nouveau pape de la soul

25 janvier 2011 | PAR Vincent Brunelin

Découvreur de talents, le label de Brooklyn Daptone Records (Sharon Jones, Naomi Shelton…) a encore déniché une perle rare soul’n’blues, le dénommé Charles Bradley, un vétéran magnifique de 62 ans à la voix renversante, sorti de (quasi) nulle part après une vie d’errances à travers les États-Unis. Avec No Time for Dreaming, disponible dans les bacs depuis hier, le bonhomme livre un premier opus qui a de l’âme et du cœur et l’étoffe d’un classique immédiat…

C’est à Thomas Brenneck, guitariste des Dap Kings, de Budos Band et de The Menahan Street Band (qui accompagne le sieur Bradley en tournée), qu’on doit cette découverte marquante. Également producteur, il a décidé de faire paraître le disque de l’illustre inconnu (plus pour longtemps !) sur son label Dunham Records, structure faisant partie de Daptone Records, après lui avoir fait bénéficier des services de leurs studios et de leurs musiciens de renom. Résultat de cette fructueuse collaboration, un album de très haute tenue, une pépite soul good ol’times à la ferveur bien actuelle. Une musique bien rétro, mais un disque tout sauf poussiéreux, qui renvoie à leurs chères études la flopée d’artistes estampillés hâtivement nu soul.

Charles Bradley ne chante pas la soul, il la vit, nourri par une existence qui en a vu. Du Maine à l’Alaska, il a sillonné le pays de l’Oncle Sam, enchaînant les petits boulots plus ou moins pourris, chantant ici et là et se produisant pendant son temps libre durant plusieurs décennies. De ses interprétations transpire ce vécu, à travers une voix unique au timbre rugueux, à la beauté poignante, et dotée d’une énergie brute intense. Pas de doute, on tient là un incroyable chanteur, un « screamer » soul de grande envergure qui n’est pas sans rappeler un certain James Brown.

La voix de Charles Bradley bénéficie en plus d’un écrin musical clairement à la hauteur de son talent. Des compositions ciselées de main de maître, soutenues par une production vintage aux petits oignons qui capte l’essence même du genre. Section rythmique au cordeau (mention spéciale aux lignes de basse groovy à souhait), guitares cocottes aux accents funky, cuivres chaleureux, touches d’orgue Hammond, tout y passe. Un son qui trouve ses racines dans les références en la matière, les légendaires Stax et Motown, même si No Time for Dreaming est plus proche des productions « Deep Soul » que des arrangements parfois sirupeux et aseptisés du célèbre label de Detroit.

L’album est d’une grande homogénéité, mais s’en dégagent quand même quelques titres. On pense en premier lieu au single et titre d’ouverture « The World (Is Going Up in Flames), au groove imparable, ou à « Golden Rule » qui semble tout droit sorti d’une BO de film Blaxploitation des années 70. On succombe à la voix déchirante sur « Lovin You Baby », hymne soul à l’amour ou sur « Why Is It So Hard », vision désenchantée du Rêve américain. Et que dire de « How Long » et son tempo lent et lourd qui rappelle immédiatement le « I Put a Spell on You » du fou furieux Screamin’ Jay Hawkins.

No Time for Dreaming est un disque enflammé, vibrant, sensuel, qui annonce l’aube d’une carrière à surveiller de près. Ce Charles Bradley est en tout cas un bon moyen de croire encore très longtemps en l’avenir de ce style musical. Le vétéran sera d’ailleurs en concert à la Maroquinerie le 17 février accompagné de son backing band The Menahan Street Band. Il y partagera l’affiche avec le très classe et très funky Lee Fields & The Expressions. Attention, concert fiévreux et sexy en perspective !

Charles Bradley, No Time for Dreaming, Dunham Records/Differ Ant, 2011

 

Sacha Baron Cohen en Saddam Hussein le 11 mai 2012
Festival Sundance du 20 au 30 Janvier
Vincent Brunelin

4 thoughts on “No Time for Dreaming de Charles Bradley, nouveau pape de la soul”

Commentaire(s)

  • GABI

    il est magnifique….tout droit sortie des années 70…un bijou!!!

    avril 13, 2011 at 14 h 03 min

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