Musique

New York Dolls : Des hauts talons pour grande pointure, le 11 avril à, la Flèche d’Or

14 mars 2011 | PAR Pascal

Le onze avril à dix neuf heures trente précises, la Flèche d’Or, va rentrer dans l’histoire du rock’n’roll, parce qu’elle accueille sur sa scène l’histoire avec un grand H, des talons aiguilles, la pointure maximum de l’histoire du rock’n’ roll, la référence, les pères du rock moderne de ses trente dernières années : les New York Dolls. On a toujours minimisé les poupées New Yorkaises, ne retenant que la forme et leur concept de travestis, égéries du CBGB’s. Mais c’est bien au-delà, au-delà de la musique et de leurs frissons, au-delà du fun qu’ils disent privilégier avant tout et de l’adjectif « funky » dont on devrait leur attribuer l’origine tant il les habite depuis 1970. Le glam rock comme le punk leur doivent tout ou à peu près. Ils reviennent, avec leur dernier album d’une évidence magique, Dancing Backward in High Heels. Quant au live qui nous attend, il ne peut qu’être mémorable, car la scène est leur terrain privilégié. Qui a dit qu’il l’aurait également inventé ?

Créé au début des années soixante-dix, il ne reste que deux héros des inventives poupées et pas des moindres: le leader de génie David Johansen et son acolyte Sylvain Sylvain dont on entend encore dans nombre de morceaux depuis trente ans son jeu de « roaring guitar » (guitare rugissante). Il est à l’origine du son glam aux intros reconnaissables. Citons pour mémoire T. Rex et son « Get It On », voire Ziggy stardust de David Bowie ou son « Jean Genie. »

Fun avant tout, ils n’ont jamais rien revendiqué. Morrissey, l’un de leurs adeptes, l’a fait pour eux : « Mick Jagger lui a tout volé », a-t-il confié à des jounalistes en parlant de la stature de David Johansen, sa démarche, son attitude devant le micro, son déhanché, ses petites fesses musclées, son art de communiquer proche du public et des premiers rangs, ses choix vestimentaires efféminés, jusqu’aux indéfrisables. Manque Johnny Thunder et ses Heartbreakers (à ne pas confondre avec ceux de Tom Petty) qui disparut il y a vingt ans et marqua la démarche punk des Ramones, des Clash tant dans ses accords simples et secs que dans sa voix au bord de la cassure, souvent hors registre et décalée. Sa ligne claire et poétique fut également à l’origine de l’inspiration de The Cure. David Johansen, bourré d’humour, aimait à dire : « Si ça n’avait pas été une bonne chanson, ça aurait été du punk rock ». Ces mecs sont en toute chose « too much, too soon » (titre de leur second album).

Ils ont amené la frénésie, le masque et la plume, les lumières et la position sur scène de la nuit rock’n’roll, funky but chic. Leurs enfants directs se nomment : Suzi Quatro, Slade, T. Rex, Gary Glitter. Leur désinvolture, leur lâcher-prise ouvre la porte aux Bowie, Iggy Pop, Blondie jusqu’au pantalon d’Alice Cooper, tournant une page fondamentale, celle qui suit les Beatles. Ils sont bien plus qu’un exemple : ils sont le modèle, celui qui durant sept années, sept années de crise économique mondiale donna le goût de la démesure et de l’espoir et fit naître le punk rock.

New York Dolls, un groupe de scène dont la discographie ne les plaça jamais bien hauts dans les charts. Aujourd’hui arrive leur dernier album Dancing backward on High Heels, qui ne déroge pas à la règle des « anciens » qui reviennent sur le devant de la scène, la soixantaine bien avancée. Ils regardent et mesurent l’époque, comme la Belle au Bois dormant avec cette légère ironie pédante : « On a laissé le monde dans cet état ? On a quelque chose à dire. » David Johansen et Sylvain Sylvain ont de l’énergie revendre et leur album est une perle rare, simple et incroyablement efficace, donc travaillée.

L’influence Chicago, Otis Redding et Chuck Berry de leurs premières répétitions, donc de leur culture adolescente est présente. En écoutant cet album, on pourrait jouer à « Qui ont-ils inspiré ? ». Mais pourtant rien n’est du « copier-coller », tout est envoyé d’une traite, les ryhmiques de fer, les orgues et toutes les parties claviers innovantes, les cuivres R&B, les guitares glissantes, les rythmiques entre soul et punk, la voie prenante légèrement perverse, bouche collée au micro (aussi une de leurs inventions). En écoutant « You Don’t Have to Cry », on comprend leur influence sur des titres comme le magnifique « Rock’n’Roll Suicide ». N’allez pas penser que ce disque est une histoire de la musique des trente glorieuses ! Il est total. Il est limpide, évident, swingant, en un mot : originel. Nos poupées new-yorkaises font un rock originel, celui d’hier et celui de demain.

Le 11 avril à 19 heures 30 minutes, ils seront sur la scène de la rue de Bagnolet pour un prix qui  semble très raisonnable: vingt euros. Il y a quelques années, Sergeï, ancien directeur artistique du lieu, disait : « Mon rêve serait que la Flèche d’Or devienne le CBGB’s français. ». C’est fait. Le 11 avril à 19 heures 30 minutes, nous danserons comme des singes, funky but chic et la transe sera originelle. Le concert de l’année ? Ils regardent le monde sur leurs hauts talons en dansant, ironiques. Qu’avez-vous inventé les kids ?

 

Des places sont encore disponibles, réservez très vite sur le site de la Flèche d’Or.

Pascal Szulc

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