Musique

Moriarty invente le blues à la carte avec « Epiphany »

Moriarty invente le blues à la carte avec « Epiphany »

15 novembre 2016 | PAR Joanna Wadel

C’est la fin d’une chasse aux titres de cinq mois, lancée par les membres du groupe Moriarty pour annoncer la sortie de leur prochain album, Epiphany. Une ballade au gré de leurs chants, disséminés dans des lieux choisis, imprégnés de leur univers fondamentalement blues, country, mystique. Un opus imprévu fait d’inédits et d’enregistrements improvisés, des oubliés semés ça et là lors de leur dernière tournée.

Moriarty c’est la résurgence du blues profond, le vague à l’âme, la route et l’errance portés par la voix envoûtante de sa chanteuse, Rosemary Standley qui a rejoint la bande en 1999. Plébiscité, le groupe sort Epitaph en avril 2015, un superbe album de reprise des grands standards du blues à leur sauce, brute et douce à la fois avec des mélodies acoustiques, endiablées et pittoresques souvent ponctuées d’harmonica et dépouillées de tout artifice pour en revenir à l’essentiel : la musique, la voix, la sensation. Depuis, aucun album n’avait été officiellement annoncé, un vide largement comblé par leurs tournées et le récent «Zanz in lanfér», un ensemble de chants polyphoniques réunionnais du Wati Watia Zorey Band auxquels Rosemary joignait ses ensorcelantes vocalises.

Ce n’est qu’en 2016 que Moriarty, peu médiatisé mais connecté au public via son site officiel, fait part de son nouveau projet ; un album intitulé Epiphany, qui ne sortira qu’à l’issue d’une chasse au trésor d’envergure planétaire. Le principe est simple, les 14 titres composant l’album sont répartis aux quatre coins du globe à l’intérieur de petites boites dissimulées dans des cachettes stratégiques que tout intéressé a la possibilité de découvrir, s’il parvient à résoudre l’énigme correspondante. A cette annonce intrigante s’ajoute une carte mise en ligne sur le site aux côtés des règles du jeu. La mise en scène ludique est à l’image du groupe, avant tout conteur d’histoires partagées entre l’Amérique et l’Europe et d’influences pluriculturelles.

Amateurs fidèles et curieux se sont donc lancés dans cette folle aventure, réalisant parfois de longs trajets pour dénicher les boites, déchiffrer les indices. Cette quête aura pris cinq bons mois, relayée sur les réseaux sociaux, les fans s’incitant mutuellement à débusquer les titres, discutant des énigmes, interprétant les pistes déjà trouvées. Le suspens a donc pris fin le 1er novembre dernier lorsqu’un chasseur a trouvé la dernière boite au Mexique. Coïncidence, c’est le jour du « Dia de los muertos », où les mexicains se parent pour fêter les morts, que sort l’album paradoxalement nommé comme la célébration de la vie.

Comme autant de traces fugitives, les morceaux de cette Epiphany accompagnés de la voix jazzy de Rosemary donnent l’impression de tourner le bouton d’une vieille radio. Dans la continuité d’Epitaph, les compositions parfois sans paroles, dont certaines comme « Electric Soda » sont très rythmées, célèbrent toujours avec grâce le folklore américain, la quête des pionniers et les petites histoires, (on retrouve l’ « Isabella » d’un de leurs précédents titres). Les enregistrements, sans réarrangements, sentent encore le studio et chaque piste est enrichie de son énigme à portée de clic, menant l’explorateur à un lieu précis avec une police de texte rappelant la machine à écrire.

Epiphany est une odyssée musicale entre le continent Européen et les Etats-Unis, faite de pépites virtuoses, à interpréter comme le pendant d’Epitaph et à écouter sans modération en streaming depuis le 1er novembre sur le site de Moriarty.

Visuels : ©CN for Moriarty 2016 – Epiphany – Rosemary Standley by ©Rama – CC BY-SA 2.0 fr

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