Classique

Marina Rebeka enfin en récital à Paris !

Marina Rebeka enfin en récital à Paris !

20 avril 2019 | PAR Paul Fourier

Mélodies, Verdi, chant français et lettons ont constitué l’essentiel du programme de la soprano à l’Elephant Paname.

Lundi 15 avril, l’équipe de la salle de concert de la rue Volney avait eu la riche idée d’inviter Marina Rebeka qu’on a pu entendre dans Traviata à l’opéra Bastille (notamment en remplacement de Anna Netrebko). Elle y a délivré un programme éclectique qui montre l’étendue de son talent.

Incontestablement, la soprano a, aujourd’hui, plus une voix d’opéra – réservée même à des salles de bonne taille – que de mélodistes dans l’intimité du petit module où elle évoluait ce lundi. L’instrument est ample, presque insolent de puissance et de facilité.
Ainsi, débutant le récital par trois lieder fort différents de Schubert elle ne fait qu’une bouchée de ces airs fort bien choisis. C’est beau, juste, mais ce n’est pas dans ce répertoire (servi si sublimement par le passé) qu’on la retiendra ce soir.
Les mélodies de Gabriel Fauré la montrent sous un autre jour. Nonobstant la sensibilité, la drôlerie et une incontestable intelligence du texte dont elle fait preuve, cela exigerait, pour être convaincant un travail sur la prononciation de la langue française bien plus abouti.

Justement, l’air de Marguerite qui vient ensuite s’appuie notamment sur l’expérience des récentes et excellentes représentations de Faust à Madrid. Totalement à sa place dans cet air (comme dans le rôle en général) où la jeune fille s’exalte, elle arbore des accents tantôt brillants, tantôt légers où la netteté de l’interprétation le dispute à une dynamique parfaite jusqu’à cette note de fin percutante lancée à la volée. La soprano rappelle ainsi qu’elle est aujourd’hui une des Marguerite de référence, peut-être même la plus grande.
Suivent trois airs de compositeurs lettons, Kalninš, Medinš et Kepîtis – auxquels, vous vous douterez, on ne comprend pas grand-chose – qui sont autant de petits bijoux interprétés par la chanteuse-interprète dans sa propre langue. C’est superbe et on en profite pour découvrir la lancinante vocalise « Arija » de Janis Medinš qui semble être la petite sœur de celle, sublime, de Rachmaninov.
Chanter l’air d’Élisabeth de Tannhäuser au piano est une coquetterie étonnante pour un récital à l’Elephant Paname. C’est néanmoins très réussi et l’adéquation avec la tessiture de cette héroïne peut lui ouvrir une porte vers l’opéra allemand qu’elle a dédaigné jusqu’ici (en espérant qu’elle ne s’écarte pas pour autant du répertoire dans lequel elle évolue si justement en ce moment).
Enfin, c’est une belle idée que de terminer ce récital avec les trois mélodies de Rachmaninov (Ne poj krasavica, Siren, Vesennie vody) tant la prosodie et la langue russe lui conviennent parfaitement.
Bien évidemment acclamée par le public, Rebeka reviendra ensuite, pour les bis, à son répertoire naturel. Elle interprète d’abord le boléro des Vêpres Siciliennes (prélude de ce qu’elle fera à Zurich en juin 2020) avec cette souplesse de l’instrument, des vocalises et des aigus parfaits. Cela confirme, après Luisa Miller (qui a été enregistré chez BR klassik) et avec Simon Boccanegra qu’elle reprendra en août à Salzbourg, que la soprano doit continuer à évoluer dans ces partitions de Verdi qui sont fondamentalement faites pour elle.
Quant à la valse de Juliette qui clôture le récital, elle est étourdissante de maitrise et donne envie de l’écouter dans cette héroïne tragique. À Paris ? Suggérons-le habilement par cet article aux décideurs qui n’auraient pas encore compris que Marina Rebeka est aujourd’hui une artiste à engager d’urgence …
Il fallait bien sûr du talent à Antoine Palloc (rejoint pour les bis par Yvan Cassar) pour faire un tel grand écart de répertoire. Comme d’habitude, il le fit avec la délicatesse, la sensibilité et l’art d’accompagnement qui sont les siens.

Le dernier récital lyrique de la saison à l’Eléphant Paname sera consacré à Joyce El-Khoury.

© Paul Fourier

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Paul Fourier

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