Musique
Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle : « Nous avons fait le pari de maintenir cette Première édition » du Rungis Piano Festival

Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle : « Nous avons fait le pari de maintenir cette Première édition » du Rungis Piano Festival

21 septembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Le premier festival dédié au répertoire pour 2 pianos & 4 mains aura bien lieu au Théâtre de Rungis du 1 au 3 octobre avec deux duos éclectiques : Poulenc et Mozart par Ludmila Berlinskaïa & Arthur Ancelle et un programme jazz par Thomas Ehnco et Baptiste Trotignon. Les directeurs du Rungis Piano festival,Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle, nous parlent du projet et de la programmation.

Quand avez-vous su et décidé que le festival aurait lieu même en version modifiée ?

La question a été posée officiellement pendant le confinement, fin mars, et après plusieurs concertations et échanges, les élus de Rungis et l’équipe du festival ont fait le pari de maintenir cette Première édition, étant donnés tous les efforts réalisés pour créer ce projet. La décision a dû être prise début mai, alors que nous étions encore confinés. Nous voulions avant tout rester dans la dynamique du projet, sachant qu’il ne pourrait voir le jour tel que nous l’avions conçu au départ, mais confiants en la possibilité de faire quelque chose d’unique, intéressant et convivial. Le crève-coeur a été de prendre la décision au même moment, de ne pas accueillir les artistes vivant à l’étranger, car le risque que les frontières soient encore fermées fin septembre était encore perçu comme trop important.

2 pianos et 4 mains, c’est une formation compatible avec la situation que nous traversons, mais quels sont les changements ?

Nous allons respecter bien entendu les recommandations du gouvernement, et sommes attentifs en permanence à l’évolution de la situation. Etant situés en « zone rouge », les spectateurs seront placés par groupes, avec un siège d’écart, et le masque sera obligatoire. C’est évidemment contraignant et beaucoup moins convivial, mais pour l’avoir testé cet été et depuis la rentrée, ce système heureusement provisoire fonctionne et permet au spectacle vivant de continuer à exister – les liens entre public et artistes semblent même encore plus forts. Nous avons notamment dû annuler la venue de Lukas Geniusas et Anna Geniushene de Russie (bien que Lukas joue à la Philharmonie finalement les 23 et 24 septembre, mais nous ne pouvions prendre le risque), celle d’Anderson & Roe des USA et des soeurs Becker d’Allemagne. Ils seront présents à la 2e édition !

Il y a deux concerts dans des répertoires différents et emblématiques : classique et jazz, mais la frontière entre les deux n’est pas si simple, n’est-ce pas ?  

La frontière entre les genres est déjà par essence toujours ténue, et l’attirance entre « classique » et jazz existe depuis la naissance de ce dernier : combien de compositeurs « classiques » se sont-ils appropriés les codes harmoniques et rythmiques du jazz ? Le respect et la fascination sont réciproques et éternels, et si l’on trouve des duos de pianistes classiques et des duos de pianistes jazz, il n’est pas rare de trouver un duo formé ponctuellement d’un pianiste classique avec un pianiste jazz. Classe-t-on Dave Brubeck exclusivement compositeur de Jazz ? Et Claude Bolling ? Et que dire de Nikolai Kapustin, qui se revendique officiellement compositeur « classique » de jazz, dans le sens où il écrit du jazz, mais dont la complexité et le rayonnement tiennent au fait que toutes les « improvisations » sont écrites strictement, pensées et travaillées…En l’occurrence, Baptiste Trotignon et Thomas Enhco sont des exemples parfaits de cette frontière poreuse entre la liberté qu’ils expriment dans leurs compositions et improvisations et leur faculté à écrire, jouer et maîtriser toute la complexité du langage de la musique « savante ». La « rareté » du jazz à deux pianos vient sans doute du fait qu’il n’existe pratiquement pas de répertoire jazz à deux pianos, cela n’aurait d’ailleurs pas beaucoup de sens. Mais cela dépend du désir de deux pianistes de jazz à la sensibilité proche de jouer et d’improviser ensemble. D’ailleurs, pour l’anecdote, Thomas Enhco joue le 1er octobre avec le bassiste Stéphane Kerecki. Il nous le « prête » le 2 octobre pour un concert jazz que Ludmila et moi donnons également avec le batteur Fabrice Moreau, dans un répertoire Gershwin et Tsfasman, le « Gershwin russe »…

Pourquoi et comment avez vous choisi Mozart et Poulenc pour votre concert dans cette édition ?

C’est assez simple : alors que le festival – et le concours dans un deuxième temps – ont vocation à faire découvrir le magnifique et vaste répertoire concertos pour deux pianos, il nous semblait naturel d’ouvrir avec les 2 concertos emblématiques de ce répertoire. D’autant plus qu’ils sont liés par l’idée qui a présidé à leur écriture (la joie de jouer avec un proche) et que Poulenc s’est ouvertement inspiré de Mozart dans l’écriture de son propre concerto.

A qui est destiné le « off » : “Le Piano en partage” ?

A tous !! Le OFF ouvre tous les champs des possibles et permet d’aborder le répertoire pour 2 pianos et pour 4 mains sous tous aspects. Nous voulons d’abord montrer à quel point ce répertoire est nécessaire aux pianistes, à tous les pianistes : les frères et soeurs qui jouent ensemble, les amis de longue date, les amateurs qui partagent leur passion sans être toujours isolés face à leur instrument, les professeurs et leur complicité, ainsi que la pédagogie… Jouer à deux, c’est excitant, c’est drôle, c’est trouver une autre discipline, c’est aussi découvrir une autre manière de toucher le piano, pour se fondre dans la même sonorité. Nous voulons que le OFF, à chaque édition, mette en lumière le répertoire et offre à chacun la possibilité de s’exprimer : jeunes talents, amateurs, même ceux qui n’ont jamais touché un piano de leur vie !

Quels sont vos autres projets de concerts et de disques, chacun et ensemble, dans les prochaines semaines ?

Après 6 mois de concerts annulés, dont 10 concerts en septembre, nous regardons l’avenir avec pas mal d’angoisse. Les annulations reprennent et les projets sont fragiles. Octobre est complètement vidé, il nous reste une date en Novembre au Musée Guimet, espérons que tous nos concerts de Décembre en Russie ne seront pas annulés. De fin Décembre à fin mars, nous aurons en revanche beaucoup de concerts et de programmes différents, avec notamment nos débuts à Radio France le 17 janvier. Quant aux enregistrements, il y a un peu embouteillage, et nous travaillons sur trois projets en même temps, que nous devrions enregistrer successivement en novembre, décembre et février, dans des répertoires à deux pianos, quatre mains et solo extrêmement variés, pour certains inattendus voire iconoclastes ! Deux d’entre eux au moins devraient sortir à l’automne 2021, en même temps que la 2e édition de Piano-Piano probablement.

 

 

 

visuel: affiche du festival

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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