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L’orchestre national de Lille accueille de nouveau son fidèle public

L’orchestre national de Lille accueille de nouveau son fidèle public

26 mai 2021 | PAR Victoria Okada

Le samedi 22 mai, les mélomanes lillois ont enfin pu entendre leur Orchestre national de Lille (ONL) au Nouveau Siècle, après tant de mois de fermeture. La distanciation est de rigueur, non seulement dans la salle mais aussi sur la scène. Ainsi, l’orchestre adapte son programme pour une formation réduite de type Mozart, d’une trentaine de musiciens.

À 19 heures, l’auditorium du Nouveau Siècle est rempli au tiers, dans le respect de la jauge de 35 %. Essentiellement constitué d’abonnés, le public de ce premier concert, après l’autorisation de la réouverture, ne cache pas la joie de retrouver la vibration réelle de la musique qui résonne dans tout l’espace. Lorsque François Bou, directeur général de l’Orchestre et Alexandre Bloch, directeur artistique, entrent sur scène, les applaudissements nourris fusent. Ce ne sont pas de simples applaudissements de salutation, mais un véritable accueil. Les deux directeurs expriment brièvement la joie de réunir les musiciens et les auditeurs dans un même lieu, même si l’orchestre n’a jamais cessé ses activités pendant le couvre-feu, par le biais d’enregistrements et de retransmission de leurs concerts « Audito 2.0 » sur internet. Ensuite, le chef, très communicatif, commente le concert du soir, avant d’annoncer quelques projets dont l’opéra Tosca de Puccini à l’Opéra de Lille (c’est la première collaboration du chef avec l’Institution !) et le très attendu Lille Piano(s) Festival (du 18 au 20 juin).

Le concert court d’une heure à peine, est partagé entre Bloch et Jonas Ehrler, chef assistant de l’ONL. C’est d’abord lui qui dirige le Divertimento en ré majeur K 136. Grâce aux gestes dynamiques et dansants, il forge un Mozart expressif, presque romantique. Romantique par une sonorité lisse et homogène, par la manière mahlerienne de contraster les forte / piano voire pianissimo à la fin du 3e mouvement où le chef s’accroupit carrément pour l’indiquer. Le vibrato est extrêmement discret, comme souvent dans un ensemble baroque, mais l’interprétation évoque cependant un format réduit d’un orchestre post-romantique.
La même sensation pour la Symphonie n° 5 en si bémol majeur D. 485 de Schubert dirigée par Alexandre Bloch. Le tempo allant qu’il adopte notamment pour les deux mouvements extrêmes (le 1er et le dernier), symbolise le caractère juvénile qui traverse l’œuvre, même si Schubert le composa au crépuscule de sa courte vie, en 1816. La dynamique forte / piano dans le premier mouvement est stylisée comme dans Mozart que l’on vient d’entendre (d’ailleurs, Schubert la écrivit en se référant à son aîné). Le mouvement lent est très large et lyrique, l’orchestre joue sur l’épaisseur, et le thème mélodieux est traité comme une cavatine d’opéra verdien. Le menuet est énergique, sans pour autant que cela n’entre encore dans le caractère de scherzo. Au trio, la matière sonore reste toujours bien fournie et la sonorité, aussi dense que la première partie du mouvement. Le tempo très rapide (nous ne pouvions pas empêcher de penser à Nikolaus Harnoncourt…) du finale n’est peut-être pas favorable pour apprécier chaque note, d’autant que l’acoustique de la salle, aussi excellente qui soit, est plutôt conçue pour un grand orchestre. Tout au long de la Symphonie, chaque pupitre sonne aussi plein les uns que les autres et on entre assez difficilement dans la subtilité de dialogues ; on a envie d’un peu d’aération.
En bis, Le Dernier printemps de Grieg, extraits de Deux mélodies élégiaques, op. 34. Là, les réserves que nous avons émises jusqu’alors deviennent toutes les qualités, épanouies, de la formation lilloise : belle sonorité pleine et intense, ampleur du lyrisme presque exacerbé, expression romantique dans chaque harmonie… On y comprend que l’ONL excelle vraiment dans un répertoire romantique et que cette sensibilité est dans leur ADN !

Le concert retransmis en directe sur la page Facebook et YouTube de l’Orchestre.
prochain concert (avec le public) mardi 25 mai à 19h dans le même programme.

photos © Ugo Ponte/ONL

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