Musique
Live Report:Elisabeth Leonskaja & l’orchestre philarmonique de radio France honorent la musique russe

Live Report:Elisabeth Leonskaja & l’orchestre philarmonique de radio France honorent la musique russe

05 avril 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

(photo de Jean Mayerat)

Vendredi dernier la musique russe était à l’honneur salle Pleyel ou l’orchestre philarmonique de radio France donnait Petrouchka de Stravinsky ainsi que le deuxième concerto pour piano et orchestre de Prokofiev, interprété par la pianiste de renommée mondiale, Elisabeth Leonskaja. Un répertoire musclé, exécuté avec brio par l’orchestre et la soliste.

Elisabeth Leonskaja arrive sur scène sobrement, humblement, alors qu’elle s’apprête à interpréter l’une des œuvres les plus difficile et éprouvante du répertoire pour piano. Si l’œuvre en son temps choqua et fut littéralement fustigée par le public à sa création, vendredi soir, elle éblouit et stupéfie le spectateur sous les doigts de la pianiste géorgienne.

Le premier mouvement semble se dérouler mécaniquement, techniquement parfait mais parfois distant en terme d’émotion bien que la virtuosité de la partition amène inéluctablement la tension. Toutefois la cadence du premier mouvement révèle le génie de l’artiste, prodigieuse elle amène une impressionnante intensité dramatique que l’orchestre tout entier su saisir, pour clore ce mouvement dans un énorme crescendo, effréné et profond. Le second mouvement, un furtif scherzo de trois minutes, sauvage et virtuose, met en avant la cohésion totale entre l’orchestre et la soliste. Elisabeth Leonskaja qui depuis le début donne, tant musicalement que physiquement semble, à l’issue de ce second mouvement commencer à s’essouffler tant l’oeuvre requiert une agilité extrême. Pourtant le reste de la partition est rude et demande outre l’agilité, une énergie débordante. En effet, l’intermezzo, marche solennelle, impériale, pesante et ironique à la fois, mobilise beaucoup de force. L’artiste nous livre ici un mouvement brut qu’elle interprète simplement, justement,  laissant parler la musique de Prokofiev par elle-même. Le dernier mouvement un Allegro tempestoso fut véritablement l’apothéose. La pianiste mobilise tout ce qu’il lui reste d’énergie, martèle admirablement le piano et retransmet à la perfection le caractère fiévreux, enragé, et sauvage de cet allegro. A la création de ce concerto le public avait hué et crié au scandale, dénonçant une musique à rendre fou, une musique diabolique. Ce dernier mouvement et globalement l’ensemble de l’œuvre furent véritablement électriques, d’une intensité dramatique débordante, le public comme l’artiste toujours sur le fil, baignant dans une tension à la limite de la folie. Le final impétueux, frénétique galvanise le public qui saluera les artistes d’un tonnerre d’applaudissement.

Rappelée par trois fois Elisabeth Léonskaja interprétera en bis deux préludes de Rachmaninov qu’elle choisit d’enchaîner, (elle stoppera d’un geste de la main le public commençant à applaudir à la fin du prélude en do dièse mineur) et dévoilera, après avoir invoqué foudres et tempêtes lors du concerto de Prokofiev,  un jeu plus sensible.

(Arvo Volmer)

En deuxième partie l’orchestre philarmonique de radio France interprétait sous la direction d’Arvo Volmer Petrouchka de Stravinsky, œuvre que l’orchestre a possédé, et dominé jusqu’au bout, bien que l’on note sur la fin, une légère fatigue chez les instrumentistes les plus sollicités, ce qui, au vu du répertoire est largement compréhensible. Chaque timbre ressort, chaque instrument, chaque pupitre est mis en valeur. Arvo Volmer favorise les contrastes, amène subtilement les différents changements de couleurs, accentue les mouvements rythmiques et le balancement de l’orchestre. Ainsi, il ménage le suspens, l’action est mise en valeur et suggère le moindre mouvement des personnages de ce ballet. Aussi, l’on s’imagine et se récrée aisément le décor et l’histoire de ce conte folklorique, histoire de fête populaire, histoire d’une poupée de chiffon, Pétroucka, se disputant l’amour d’une ballerine avec un Maure. Là encore le public transporté dans l’imaginaire folklorique russe, ne se lasse d’applaudir et semble même en redemander, puisqu’il rappellera le chef d’orchestre de nombreuses fois pour saluer cette prestation.

 

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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