Musique

Live Report’: vivacité et énergie débordante pour l’Orchestre de Paris

Live Report’: vivacité et énergie débordante pour l’Orchestre de Paris

08 décembre 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

Mercredi et jeudi soir l’Orchestre de Paris sous la direction de Peter Oundjian, donnait à entendre deux extraits de Mascarade, ainsi que de Spartacus de Khatchaturian, puis en deuxième partie de concert la symphonie n°2 de Tchaïkovski. Surtout, l’orchestre accueillait après 15 ans d’absence, le pianiste Evgeny Kissin pour interpréter le concerto pour piano en La mineur de Grieg. Comme à son habitude, l’orchestre nous a livré lors de ces soirées une superbe prestation.

Peter Oundjian arrive sur scène un large sourire aux lèvres, rayonnant, visiblement enchanté de venir diriger en ce soir l’orchestre de Paris salle Pleyel. Porteur d’une énergie débordante et communicative, à peine a-t-il salué le public qu’il se retourne, lève sa baguette et débute le concert. Si l’on fut quelque peu désappointés par un départ qui sembla à première vue précipité, force est de reconnaître que l’orchestre se montre pleinement dedans, investi et concentré malgré tout. Et l’on ne manque pas d’être enchantés, par l’ampleur, la splendeur, l’élégance et la majesté que fit ressortir le maestro de la valse tourbillonnante et enivrante, premier extrait de la mascarade. On fut également charmés par le violon de Philippe Aïche qui dans la nocturne (second mouvement), est en solo tout du long. La chaleur et le moelleux de son timbre nous envoûta autant que la délicatesse et la sensibilité de son interprétation nous berça doucereusement, faisant habilement et gracieusement ressortir les accents dramatiques de la mélodie. Seul petit regret, que l’orchestre soit parfois légèrement trop présent dans ce mouvement. L’orchestre enchaîna ensuite sur la Danse d’Egine et Bacchanale, extrait du ballet Spartacus duquel ressortit beaucoup d’énergie et de fraîcheur . Une interprétation, indubitablement liée à la personnalité même de Peter Oundjian, fougueuse et impétueuse, peut-être un peu trop parfois. En effet, si une douce et sensuelle folie, s’échappe de l’orchestre, on a parfois le sentiment que le trop plein d’énergie tend à amoindrir l’intensité lascive de l’extrait.

Arrive ensuite Evgeny Kissin pour le concerto de Grieg, l’un des plus grands concertos du répertoire pour piano, également l’un des plus populaires. Si la technique pianistique et la précision du geste et du touché sont au rendez-vous, la sensibilité quant à elle manque malheureusement dans le jeu de Kissin. Certes, l’on est admiratifs de ces cascades et guirlandes de notes cristallines qui coulent légèrement et naturellement sous la main du virtuose, et l’on reconnaît que la cadence Lisztienne du premier mouvement fut splendide. En effet, Kissin emplit véritablement Pleyel et fait apparaître force, drame et délicatesse. Néanmoins, l’on reste gênés tout au long de l’exécution du concerto par cette impression que le pianiste joue replié sur lui-même. Si l’orchestre se montre très attentif à lui, l’inverse ne semble pas être valable, comme en témoigne les légers décalages dû uniquement à l’empressement de l’artiste. Après ce premier mouvement en demi-teinte, l’on reste dubitatifs, on ne peut dire que l’on a déprécié, mais l’on ne peut admettre non plus avoir été véritablement transportés. Dans le deuxième mouvement l’on est d’emblée séduits par la rondeur et la chaleur brute de l’orchestre. Noble, solennel, sentencieux, il fait preuve ici de beaucoup de bienveillance, de finesse et de subtilité magnifiant par là même le raffinement de l’orchestration autant que la mélodie du chant. Une candide jeunesse, entre élégance, raffinement et frénésie, ressort de l’instrumentation du piano. La verve du troisième mouvement tranche véritablement avec le reste, ainsi l’on oscille entre moment puissant et violent, et moment plus nostalgique et intimiste Étrangement, c’est le mouvement qui nous apparaît comme étant le plus abouti et duquel il ressortira le plus d’émotion. Toutefois, si le spectacle fut très plaisant et bien exécuté, Kissin peine à transporter véritablement le spectateur, aussi l’on reste admiratifs et on applaudit la forme, mais beaucoup moins le fond.

En deuxième partie de concert, l’orchestre interprétait la Symphonie n°2 en ut mineur de Tchaikovsky, dite «  petite Russie ». Le premier mouvement débute par l’exposition du thème au cor dont la rondeur et la douceur charme d’emblée l’auditeur, permet de se laisser glisser, entrainer inévitablement dans l’univers du compositeur. Le maestro laisse couler l’andante pour mieux marquer le contraste avec l’allegro vivo. Tout au long de l’exécution l’on sent cette volonté de Oundjian de faire ressortir les caractères paradoxaux qui jalonnent cette œuvre. Ainsi, dans le deuxième mouvement il accentue le côté martial et fait en même temps ressortir toute la poésie de l’œuvre par la justesse de la mesure. Le troisième mouvement est fugace, un peu trop peut-être, en effet, à sa clôture on garde malheureusement l’impression qu’il nous a échappé. Le dernier mouvement fait ressortir toute la popularité des thèmes utilisés par Tchaikovsky, là encore le chef met son énergie débordante en avant pour faire rayonner l’esprit festif de la pièce.

De manière générale, sous la baguette vigoureuse de Oundjian, l’orchestre s’amuse, comme en témoignera également le bis, Galop, extrait de mascarade de Katchaturian. Ainsi, un esprit léger et festif transparut toute la soirée. Néanmoins, si l’énergie est communicative, l’on constate que par moment elle tend à soustraire l’évasion et la rendre trop éphémère. Cependant on salue encore une fois la qualité de l’exécution et des musiciens de l’orchestre de Paris qui nous offrent à chaque concert de jolies prestations.

 

visuels: www.sallepleyel.fr

 

Critique: Cogan, Killing Them Softly. Brad Pitt dans un polar d’ambiance déprimé et envoutant par le réal de Jesse James
James Ellroy, La malédiction Hilliker « obsession en 6 mouvements »…
Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *