Musique

[Live report] Stromae, Elton John et Miossec aux Vieilles Charrues

[Live report] Stromae, Elton John et Miossec aux Vieilles Charrues

19 juillet 2014 | PAR Thibaut Tretout

Les jours se suivent, et comme souvent ne se ressemblent pas. Ce vendredi 18 juillet, le flot des festivaliers qui gagnent le site des Vieilles Charrues relève du raz-de-marée. Tandis que résonnent, au loin, les accents à la fois modernistes et folkloriques du Celtic Social Club, nous ne pouvons qu’être frappés par le nombre de familles et d’enfants venus le plus tôt possible pour entendre Stromae, pourtant programmé beaucoup plus tard dans la soirée.


Sur la scène Grall, Emile Larroche et Philippe Thuillier rallient à Saint Michel un public jeune, conquis aussi bien par l’aisance des deux Versaillais que par la voix suave et l’ambiance planante d’une pop électro dont le titre Katherine est la quintessence. Il y a fort à parier que d’ici quelques années Saint Michel aura terrassé le démon de l’anonymat et remporté une reconnaissance que nous leur souhaitons archangélique.

En attendant cette consécration, c’est à 19 heures précises que sir Elton John investit la scène Glenmor, où il n’avait pas pu venir lors de la précédente édition des Vieilles Charrues. Ponctuel, donc, le compositeur-interprète arbore une veste bleu nuit à strass, des lunettes bleues teintées de même et une rutilante paire de chaussures rouges que le soleil, finalement apparu, fait étinceler. Elton John est clairement venu avec l’intention de satisfaire un public qui, s’il avait pu être frustré l’été dernier, aura joui cette fois d’un concert de presque deux heures. Le plus souvent assis derrière son piano à queue, accompagné de musiciens au professionnalisme indiscutable, sir Elton, dont le nom se dessine en effets néon par intermittence, possède l’assurance des plus grands et une maîtrise de sa propre musique qui est la signature des monstres sacrés. Tandis que Marylin apparaît à son tour en toile de fond, le public reprend avec plaisir Candle in the wind, balance au gré de Your song et applaudit à tout rompre les solos piano de l’inusable et paradoxalement indémodable Elton John : thank you, sir !

Au même moment, sur la scène Grall, les Casseurs Flowters sont très clairement venus pour foutre le feu et scandent, avec une fougue digne des gangstas que sont Orelsan et Gringe, leur haine des « albums de merde ». Les fans, survoltés, reprennent les paroles – souvent invraisemblables, ou déconseillées aux plus jeunes – de leurs titres phares. Florilège : « Comme une pucelle dans un gang bang j’en branle pas une » ; « Si ta mère est devenue lesbienne, fais voir ta nouvelle paire » ; « Je souffle dans le nez d’une femme enceinte pour qu’elle avorte », et l’incontournable « Suce ma bite pour la Saint Valentin ». Tout le monde n’aimera pas, certes, et certains auront peut-être eu « tendance à bloquer », mais les Casseurs Flowters ont littéralement brûlé les planches et incendié une assistance électrisée par leur sens du rythme, en présence de Disiz, programmé samedi, et en rendant hommage à TTC.

Très attendu lui aussi, Miossec, tout de noir vêtu, transforme la scène Kerouac en salle acoustique : accompagné de musiciens – choristes aussi à l’aise avec le violoncelle que la contrebasse, l’enfant du pays breton, calme et maître de lui, décline, d’une voix quelque peu traînarde et traînante, voire inaudible par moments, les titres sobrement désabusés d’ « Ici-bas, ici-même ». Sans doute la fièvre n’est-elle pas montée autant que nous aurions pu l’espérer, mais Miossec reste malgré tout « à l’attaque », la voix presque éraillée mais habitée. Et s’il est difficile de ne pas souscrire à l’hommage rendu par le Brestois aux intermittents qui l’accompagnent, et de ne pas rire à ses plaisanteries – « Maintenant une chanson sur Quimper, bientôt une autre sur Lorient, mais il n’y en aura jamais sur Rennes » – l’émotion ressurgit, intacte et précieuse, lorsque Miossec achève son concert par le magnétique « Brest ».

A quelques mètres de là, cependant, la foule, innombrable, s’agglutine frénétiquement au pied de la scène Glenmor, où le maestro s’apprête à faire une entrée aussi fracassante que spectaculaire. Dès son apparition, Stromae, visiblement ému à l’occasion de son retour – cette fois sur la grande scène – à Carhaix, livre une prestation à la hauteur de toutes les attentes : car il est, sans réserve aucune, excessif, extravagant et somptueux. Jouant de son corps autant que de sa voix, servi par une mise en scène digne des shows les plus aboutis, Stromae questionne le « V » de la victoire, trinque avec la foule en mémoire de la diva aux pieds nus – dont il contrefait la démarche avec une piété touchante – apostrophe le Cancer en une danse macabre et hallucinée, se fait clown pour l’ami Paulo, s’enflamme pour le toujours aussi efficace « Alors, on danse » et crie à la face du monde, universellement, sa quête du père. Sur l’air de ce dernier tube, le Maestro présente et remercie chacun des membres de son équipe, le concert s’achevant par un parcours virtuel dont l’aboutissement est un immense « Merci ». Formidable, donc, au sens premier du terme.

C’est le même adjectif qu’il faut employer pour le groupe suivant, lui aussi « formidable » : il s’agit bien évidemment de Franz Ferdinand, de retour à Carhaix pour nous offrir notamment « Right Thoughs, Right Words, Right Action », mais aussi la plupart des chansons qui ont fait de ce groupe une véritable constellation dans le ciel du rock. Animé d’un plaisir de jouer hyper-communicatif, Franz Ferdinand réussit sans peine apparente à rallier le public, par cette union magique entre les musiciens qui prouve que l’alchimie peut être, dans un groupe, un véritable état de grâce musicale. A la question d’Alex Kapranos – « Et vous, ça va bien ? » – nous ne pouvons que répondre, à l’unanimité : et comment ! Franz Ferdinand possède, en effet, le secret pouvoir de rendre immédiatement familières même les chansons qui nous étaient inconnues, et de nous faire sentir, nous aussi, « Lucky lucky ». Le concert s’achève, à regret, par le nostalgique « Good bye lovers and fans », mais ce n’est pas la fin, certainement pas : we too are so sad to leave you, Franz Ferdinand, but only for tonight.

Ne négligeons pas pour autant, la douceur mélancolique de Kid Wise, avec Funeral, l’originalité décapante et « kusturicienne » des Violons barbares, et la soul endiablée – et « endiablante « – du trio des Young Fathers, dont a pu jouir à huis clos ou presque un public qui n’était pas venu uniquement pour le maestro belge.


Dernière prestation, et non des moindres, pour clore une journée proprement exceptionnelle, celle de Gesaffelstein, officiant depuis un autel doré d’une grand-messe de l’électro dont il est le souverain pontife, impérial et magistral, sous la pluie et les éclairs apocalyptiques d’un spectacle inoubliable, comme si Dieu lui-même avait voulu s’en mêler et déchaîner sur les fans d’Aleph sa toute puissance.

Thibaut Tretout et Gweltaz Le Fur

Visuel : (c) affiche du festival

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Thibaut Tretout

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