Musique

Live-Report’: Requiem de Dvorak par l’Orchestre de Paris ou l’éblouissante élévation

Live-Report’: Requiem de Dvorak par l’Orchestre de Paris ou l’éblouissante élévation

30 novembre 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

Ce mercredi l’orchestre de Paris et son chœur donnait sous la direction de James Conlon, le Requiem de Dvorak. Œuvre sacrée monumentale, grave et exigeante, elle réunit sur scène, orchestre, chœur mixte ainsi que quatre solistes. Ce soir, la soprano Aga Mikolaj, la mezzo-soprano Ekaterina Semenchuk, le ténor Sergey Semishkur et la basse Georg Zeppenfeld s’alliaient donc à la formation parisienne pour interpréter avec brio et harmonie ce requiem trop peu joué.

De Dvorak on connait surtout la fameuse Symphonie du Nouveau Monde, quelques pièces de musique de chambre dont le quatuor à cordes dit « américain », ses danses slaves évidemment, et en ce qui concerne le répertoire sacré l’immense Stabat Mater composé à la mort de ses plus grands enfants. Néanmoins, on connait moins son requiem créé en 1891 pour le festival triennal de Birmingham. Si l’œuvre est inscrite au répertoire de l’orchestre de Paris depuis 2001 elle ne fut toutefois interprétée qu’une seule fois avant cette soirée.

Sous la baguette de James Conlon l’orchestre se montre toujours aussi précis tant dans la nuance que dans les attaques. Toutefois, il faudra au chœur un peu de temps avant de rentrer pleinement dans la partition. En effet, on note malheureusement quelques décalages dans les premières interventions de celui-ci, une fausse note qui sera néanmoins vite oubliée par la suite de la prestation sensible et brillante de l’ensemble de l’effectif, mais surtout par la chaleur et l’harmonie qui se dégagent des solistes. Les quatre voix se marient en effet à merveille et laissent émaner dans le requiem aeternam une douceur tragique et troublante. Une émotion sensible, prenante, grisante enserre et transporte véritablement le public désormais à fleur de peau pour le reste du concert. Chaque timbre est particulièrement soigné, Dvorak met particulièrement les sonorités graves en valeur et l’on est notamment subjugué par le cor anglais dont la chaleur et la délicatesse s’allient parfaitement aux voix des solistes et ressort énormément dans le début de la partition. Une impression de clair-obscur émerge de l’ensemble du requiem, ainsi l’on oscille sans cesse entre une tension dramatique et une élévation céleste captivante. Généreux, l’orchestre et le chœur nous ont livré une interprétation tour à tour sensuelle, nostalgique, chaleureuse, puissante, dramatique, ample et tonitruante, magnifiant admirablement toute les couleurs de l’œuvre et sublimant par la même les constantes oppositions qui la régissent et la caractérisent.

Que dire ensuite du quatuor vocal, si ce n’est que sa parfaite harmonie à la fois entre eux, mais surtout avec l’interprétation du maestro et la prestation des musiciens nous a ravi autant que fasciné à chaque intervention. La justesse tant dans l’émotion que dans l’accord des deux voix du duo féminin que formaient la soprano polonaise Aga Mikolaj et la mezzo-soprano russe Ekaterina Semenchuk (dont la voix suave interpelle), permet d’exalter toute la passion et l’onirisme de la pièce, envoûtant, assujettissant littéralement le spectateur. A noter la grande élégance des deux divas qui ne manqua pas elle aussi, de retenir l’attention du public. De même, les voix masculines conquirent l’assistance, Sergey Semishkur révèle ce soir-là une voix de ténor inébranlable, robuste et lumineuse à la fois, contrastant ainsi avec l’impressionnante et ténébreuse voix de basse de l’allemand Georg Zeppenfeld.

Alors que James Conlon donne son dernier coup de baguette et que le motif achève de se désagréger, le silence règne salle Pleyel et la tension dramatique demeure jusqu’à ce qu’enfin, après un long silence, le chef abaisse enfin les bras, laissant place aux applaudissements éclatant du public qui n’en finira plus d’applaudir pour saluer les musiciens autant que pour rappeler les solistes. Ce soir encore l’orchestre de Paris nous a donc fait vivre un véritable évènement musical, une soirée magique. Encore une fois, l’on ressort avec cette douce impression d’avoir vécu un moment unique, entre transcendance et élévation, et l’on reste un long moment enveloppé par l’émotion et les sentiments que les musiciens, chanteurs et solistes ont su faire jaillir et exalter,  avec toujours beaucoup de sincérité ainsi qu’une grande simplicité.

( A noter un orchestre imperturbable qui malgré le malaise d’une instrumentiste à deux minutes du début du concert continue de jouer avec précision, sans manifester de trouble apparent alors que celle-ci est évacuée par les régisseurs… )

visuel: www.jamesconlon.com / www.orchestredeparis.com

Le Glass Bar, cocktail glaçant à Pigalle
Mais où sont passées les capotes ??
Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *