Musique

[Live report] Namaan, Angélique Kidjo, Emilie Simon, Plaza Francia…une journée tour du monde au Printemps de Bourges

[Live report] Namaan, Angélique Kidjo, Emilie Simon, Plaza Francia…une journée tour du monde au Printemps de Bourges

26 avril 2014 | PAR Bastien Stisi

Après un jeudi marqué par une programmation très pop rock, ce vendredi est riche en musiques venues de tous horizons tandis que le ciel du printemps de Bourges lutte contre la grisaille. Avec un long set de dub et reggae sous la toile résistante du W et plus de trente concerts dans la soirée, Toute La Culture peut opérer un petit tour du monde en une soirée à Bourges.

La journée commence vers 17 heures, où la fin d’après-midi est propice à la visite de l’exposition « Sur les traces de Miossec », organisée par le Festival. C’est dans ce cadre de couvertures de CDs de Miossec, partenaires et inspirations, élégamment accolés à des murs en bois qui font penser à un bateau breton, que nous pouvons entendre un set des pin-up picardes des Buns : deux nanas rétro-rock fifties aux chignons roux. Malgré des affiches omniprésentes et un rétro sympathique, le duo ne semble pas forcément ravi d’être là, ni spécialement calé dans la voix et le son.

Nous passons notre tour pour voguer vers un autre tremplin, tout aussi rock, celui de SFR jeunes talents où les gars énergiques de Superets (à venir en interview la semaine prochaine) font danser les passants avec un son léché et entraînant.

Un tour du monde spatial…

Nous quittons alors les rives du rock pour nous plonger dans le « small small world » proposé ce vendredi par Bourges. Avec son nom biblique (il s’agit d’un roi guéri de la lèpre pour s’être baigné dans le Jourdain), sa blondeur solaire et son peps inimitable, Naâman, révélation reggae de l’an dernier avec son album Deep Rockers, Back a yard ! met le feu aux poudres dès la fin de l’après-midi ! Rien d’excessivement original, mais une rythmique respectée, des citations que tous reconnaissent et une douceur « looove » assez séduisante…

L’étape suivante du voyage est l’Afrique, représentée au cœur de l’auditorium de la ville par Angélique Kidjo. Robe bleue traditionnelle mais qui libère les jambes de l’admirable danseuse qu’est Angélique Kidjo, la béninoise donne beaucoup à un public parfaitement conquis et prêt à lui offrir en retour la «banane » qu’elle réclame. Femme engagée, Angélique Kidjo se place dans la ligne droite de l’égérie d’Afrique du Sud, Miriam Makeba, en évoquant quelques-unes de leurs discussions politiques importantes et en reprenant dans une ivresse de joie un « Pata Pata » dansé debout par l’assemblée. La chanteuse en vient à se promener dans les rangs pour serrer les mains à son public de danseurs reprenant à tue-tête le refrain de « Mama Africa », avec une vraie chaleur et une gratitude communicative.

Le voyage de cette longue soirée de musique a même lieu au cœur même de Bourges où nous errons un peu pour trouver le magnifique Théâtre Jacques Cœur, un écrin datant du 19ème siècle. Pour la troisième soirée le trio Plaza Francia, constitué de deux membres du Gotan Project, Christoph Müller et Eduardo Makaroff et de Catherine Ringer, habite le lieu d’une musique venue d’Argentine, revisitée à la sauce électro du Gotan Project et à la folie douce de la Rita Mitsouko. Émouvante, Catherine Ringer ose la scène : quelques pas de tango, une voix pleine d’âme, en castillan, comme en anglais ; et bien sûr le changement de costume pour passer de la jupe crayon à une robe rouge strassée rehaussée d’un bun à faire pâlir les jeunes talents picards… Accompagnée donc d’un accordéon, de clavier, du son electro du Gotan et de la guitare magique d’ Eduardo Makaroff, elle bouleverse le public, qui apprécie aussi chaque note des parties purement instrumentales du spectacle. En point d’orgue, les artistes lient « La revancha del tango » à un « Marcia Baila » que les 350 personnes du théâtre reprennent debout. Un jolie voyage à Buenos Aires et dans notre patrimoine de la chanson française.

Prolongeant notre exploration de Bourges jusqu’à la cathédrale nous avons la chance de vivre un moment magique avec la tombée de la nuit : une création musicale de Tindersticks accompagné de cordes classiques au cœur de la pierre datant du XIIIe siècle.

Poursuivant plus avant le côté « patrimoine français », nous nous précipitons pour entendre deux jeunes pousses, plus si jeunes et très charismatiques, au Palais d’Auron. Blanche hermine et jolie princesse, Emilie Simon est parfaitement préparée (nous avions surpris les très sérieuses balances plus tôt dans la soirée) pour interpréter les tubes de son nouvel album très pop : Mue (Barclays, lire notre interview). Mais chassez le naturel et la poupée revient au galop, la fille à papa ingénieur nous régale heureusement de quelques trouvailles (notamment un drôle d’appareil à son sur son bras blanc pour la reprise de « Desert ») et de délicieuses chansons de son album culte et plus électro, Végétale. La maitrise est parfaite, le sex appeal également et quand la brunette se lance dans « I wanna be your dog », elle a, le petit doigt sur la couture, un public qui fait oui !

Boucles parfaites, pectoraux moulés aux petits oignons dans son tee-shirt noir, Julien Doré a succédé à Émilie Simon sur la scène du Palais d’Auron. Pour le plus grand bonheur des dames, il est entouré uniquement de musiciens de sexe masculin, sous les couleurs roses barrées de son nouvel album Løve (lire notre chronique). Mais on a eu le droit à de bons vieux tubes : « Les limites » ou « Winnipeg ». Et malgré un son qui ne pouvait que sembler un peu brouillon après le cordeau d’Emilie Simon, la voix nous a ému, notamment sur le très attendu « Paris-Seychelles ».

Le léger retard de Julien Doré, nous permet de retourner brièvement au Palais Jacques Cœur pour entendre – dans la cour et sous une tente qui laisse apercevoir les étoiles- la révélation sculpturale de la ligne 2 du métro parisien : Benjamin Clementine. Voix toujours au bord du cri, timbre touchant et staccato de piano, il n’en faut pas plus à l’artiste britannique pour faire rêver son public. Même si pour l’instant, l’assemblée ne connaît bien que son tube, « Cornerstone ». Nous ça nous parle en tout cas, la recherche d’une maison stable, tandis que nous opérons ce grand voyage.

…et temporel !

Et puis, dans les environs de 23 heures et du côté du 22 Est, le voyage finit par se dérouler non plus dans l’espace mais dans le temps (bonjour les eighties !), en prenant le parti d’explorer, d’abord et avec un scaphandre rêveur et éthéré, la synthpop francisée et éclatante dOwlle, récemment auteure de son premier album France (qui est à la fois son prénom et son pays de naissance), pont suspendu entre une pop eighty façon Madonna et les décollages vocaux d’Austra.

Et puis, voilà la dream pop cosmique de Pégase, véritable bande son d’un film de science fiction où les années 80 se revisitent en même temps que le monde des jolis rêves, et où les plaies se cicatrisent à grands coups de synthés désuets, de nappes numérico-cosmiques, d’envolées lyriques joliment élancées. Le live du Nantais Pégase, ex leader du projet Minitel Rose et patron multifonction du label Futur Records, débute comme débute son premier album éponyme paru il y a quelques semaines, avec les clochettes synthétiques du somptueux « The Bad Side Of Love », avant de réciter dans l’ordre et dans son intégralité les morceaux d’un disque empli de pépites synthpop et aériennes (« Ladybug », « Without Reasons ») et dont les textures se voient parfois considérablement grossies et gonflées par rapport à leur composition studio (« Blamed », « Old Idol »).

Entouré par quatre musiciens tous hébergés chez Futur Records, par une série de miroirs disposés au milieu des machines et au-devant de la scène (étrange pour le public de pouvoir se contempler en train de remuer les épaules…), et par une belle énergie scénique, Pégase achève sa prestation sur une orgie de synthés, de guitares et de néons lumineux stroboscopés (« Dreaming Legend »), et contente les attentes d’un public dirigé quelques instants plus tard vers l’autre versant du 22 (le 22 Ouest donc) et vers le drôle de show du norvégio-bulgare (sic) Mikhael Paskalev, entouré par quatre musiciens enflammés et par une bonne humeur communicative. Un folk frapadingue qui frappe sur les guitares comme si la vie en dépendait, quelques sons plus intimistes, et surtout, deux tubes merveilleusement inflammables et dresseurs de sourires forcenés (« I Spy », « Susie ») : c’est les jambes en feu qu’on changera une nouvelle fois de salle pour constater la surprenante mutation de Cécile Cassel de retour avec son projet musical Hollysiz.

En piste à 1h du matin pour son gros projet de buzz eighties et parisien, Hollysiz, alias Cécile Cassel avait un public ultra-VIP. Et un peps à pousser toute la digne assemblée à rempiler pour 5 concerts. Mini-short rouge, cheveux peroxydés, voix suave, la petite bombe donne du booty et des cordes vocales avec une insolence tout à fait convaincante. Nominée en révélation pour les victoires de la musique avec son album My name is, la môme revisite les années 1980 avec talent pour une ambiance « Fame » revisitée qui nous fait voyager dans le temps. Quand elle nous enjoint à être « Nasty » dans son nouveau tube, Tricky, on a très envie de la suivre très loin.. Une bien belle manière de finir ce grand voyage du printemps de Bourges avant d’atterrir au Magic Mirrors pour une nouvelle nuit de danse.

Bastien Stisi et Yaël Hirsch

Visuel : (c) Christian Pénin

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi