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[Live report] : Merveilleux concert de Stephan Eicher au Palace (17/12/2012)

[Live report] : Merveilleux concert de Stephan Eicher au Palace (17/12/2012)

18 décembre 2012 | PAR Olivia Leboyer

Retrouver Stephan Eicher sur scène est toujours une joie : hier soir, au Palace, il a été, comme à son habitude, étourdissant de musicalité et de classe.

Exigeant, un peu sauvage, Stephan Eicher nous revient, cinq ans après Eldorado (entre temps, il a composé un spectacle autour de Rousseau, pour le tricentenaire !), avec un album extrêmement réussi, plus social, plus âpre : L’Envolée.

Une seule soirée parisienne, mais salle comble, au Palace. Un parfait écrin, d’une élégance rock à toute épreuve, pour un chanteur tout simplement génial. Au piano, Stephan Eicher a ouvert le concert avec « La Relève », superbe chanson d’attente déçue (« La colère, la rancune, sont indignes de soi/ Le silence et la brume sont de bon aloi/ Un matin le cortège ne se reforme pas/ On attend la relève, Mais elle ne vient pas »). Comme toujours (ou presque) les paroles sont de Philippe Djian (nous étions assis juste derrière lui) et la musique de Stephan Eicher. De cette collaboration indéfectible sont nées des chansons magiques comme « Combien de temps », « Déjeuner en paix » (qui a marqué à peu près tout le monde), « Tu ne me dois rien » (extraordinaire chanson sur la rupture, tout comme « Elle vient me voir »), « Rivière » (« J’attends à la rivière/ Je surveille le chemin/ Je n’ai rien d’autre à faire / Mais rien ne vient »), « Chanson bleue », « Pas d’ami (comme toi) », ou « Des hauts, des bas (« J’avais des hauts/ J’avais des bas/ Je crois que j’en voulais trop/ J’ai même eu, ce que je ne voulais pas »). Toutes ces chansons mythiques, dont certaines datent des années 1980 déjà, Stephan Eicher les a jouées, au fil du concert, en écho à ces nouvelles chansons qui vont à présent nous relier : celles de L’Envolée possèdent la même grâce, le même élan et la même urgence.

Comme dans « Déjeuner en paix », Stephan Eicher nous alerte ici sur les temps de crise et de marasme social, avec des paroles aiguës, très fortes : « J’ai licencié mon cœur/ Liquidé mes émotions/ Révoqué nos peurs/Renvoyé nos illusions (…) Tout doit disparaître/ Tout doit disparaître/ Tout ce que j’ai été/ Tout ce que j’aurais dû être », paroles de Miossec). Avec finesse et un certain sourire, Philippe Djian traduit ces sentiments en mêlant joliment le politique et l’intime avec Le sourire (« Au coin du lit parfois/ Je t’ai vue sourire/ Je t’ai vue sourire/ Je t’ai vue déserter/ Une armée de manchots/ Je t’ai vue leur dire non/ Et que tu avais raison / Car toi tu les aimais/ Tu les aimais vraiment », + clip avec la ravissante Emma de Caunes, fan de Stephan Eicher depuis la première heure, tout comme son père Antoine). Avec ses quatre excellents musiciens (basse, violoncelle, violon, batterie, percussions, etc.), Stephan Eicher a livré des moments rocks affûtés, délicats et nerveux (« J’ai une pensée pour tout ce qui disparaît, comme les pandas ou bien ces magasins de disques avec un vieux monsieur bougon et barbu qui vous engueule si vous reprenez trois fois de suite Neil Young pour vous dire : Leonard Cohen, c’est bien aussi », glisse Stephan Eicher, espiègle). Avant de chanter une chanson suisse (« ce qui fait toujours un peu bizarre à Paris ! »), il demande à ses musiciens de suggérer la montagne, les avalanches, le brouillard, les lacs : joli moment de poésie, pour le doux et touchant « Schlaflied » (chanson écrite par Martin Suter !!).

Nimbé d’une lumière verte, il chante le très beau Donne-moi une seconde, en se découpant en ombre chinoise. Évidemment, le chanteur suisse était toujours habillé avec classe, costume noir et, la veste tombée, le rituel petit gilet, sur une chemise noire à pois blancs. Fier, élégant, il a même réclamé avec humour une coupe de champagne pour introduire correctement la très belle chanson (toujours écrite par Djian) Tous les bars, dont le refrain lancinant et pressant nous suit longtemps. Nous avons particulièrement aimé « L’Exception » (« Sois sans pitié/ Aucune humanité/ ne mérite ces cinglés (…) Qu’ils crèvent, qu’on en finisse/ Mais fais une exception pour moi ») et Dans ton dos, au rythme entraînant absolument irrésistible !

Pour clore la soirée en beauté, Stephan Eicher a renoué avec le schweizer deutsch en descendant de scène pour rejoindre le public en chantant son grand succès Hemmige (souvenez-vous, c’était en 1991, un clip extra dans une sorte de bal musette : « Dass si hemmige hei »). Un peu comme dans un film de Kusturica !

Un grand merci à Stephan Eicher et à ses quatre musiciens pour ce merveilleux concert, mélancolique, touchant et entraînant !

Comme un yéti chassant les marmottes de Pema Tsewang Shastri
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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

2 thoughts on “[Live report] : Merveilleux concert de Stephan Eicher au Palace (17/12/2012)”

Commentaire(s)

  • breye laurent

    bjr –
    un bon papier, sauf que « Combien de temps » et la « Chanson bleue » n’ont pas été écrites par de Ph. Djian…

    janvier 10, 2013 at 17 h 32 min
  • Marie

    Bonjour,
    Très bel article, qui résume bien l’ambiance des concerts de Stephan Eicher !
    La chanson « Combien de temps » n’a effectivement pas été écrite par Philippe Djian, mais par Corinne Dacla.

    Stephan repars en tournée en janvier 2015, et bien sûr j’irai le revoir sur scène.

    Bonne journée.

    septembre 12, 2014 at 15 h 27 min

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