Musique

Live Report : Liars à la Machine du Moulin Rouge (28/10/10)

29 octobre 2010 | PAR Mikaël Faujour

Hier soir, la Machine du Moulin Rouge accueillait Liars, groupe dont le cinquième album Sisterworld, paru au début de cette année, est clairement l’un des meilleurs disques rock de l’année. Nous avons pu mesurer ce que le groupe nouillorcais a dans le ventre. Résultat : un concert im-pres-sion-nant de bout en bout. Liars est de toute évidence l’un des meilleurs groupes de rock aujourd’hui.

La soirée débute en sous-sol, à la « Chaufferie », avec Team Ghost, groupe de l’ex-M83 Anthony Gonzales, pour un set de 3/4 d’heure et d’une dizaine de morceaux. Pas si éloigné de la tendance dream pop à synthés de M83, le combo développe une musique rêveuse, mélancolique, à la confluence du space rock et du post-rock. Synthés rétro aux sonorités parfois fantomatiques ou aériennes, guitare nerveuse et cinglante, batterie puissante : on pense tantôt à Mogwai et tantôt à Ghinzu. Évidemment, l’affaire ne bouleversera pas l’histoire du rock, mais le groupe ravira un public amateur de compositions aériennes sans être désincarnées, mélancoliques et physiques.

C’est ensuite l’Américain John Wiese qui monte sur la scène de la Chaufferie. Croisé chez Sunn O))) – dont nous vous avons dit et vous redirons tout le bien que ce projet expérimental inspire –, John Wiese avait collaboré en 2006 sur l’album Black One et le split EP (avec Earth) Angel Coma. On est là loin, très loin des climats oniriques de Team Ghost et beaucoup plus proche des atmosphères bruitistes, extrémistes du maître du noise Merzbow (avec qui d’ailleurs il a collaboré). Pour être plus clair : il s’agit là de collages de stridences, crépitations, bruissements, bruit blanc et autres vibrations pulsatiles. C’est estrange, dadaïste, parfois aussi oppressant que le Metal Machine Music de Lou Reed. D’un homme qui a bossé avec des expérimentateurs de l’extrême comme Sunn O))) ou Merzbow, c’est d’ailleurs très logique.


Mais le public est surtout venu pour Liars, groupe new-yorkais un temps exilé à Berlin et dont le dernier album, Sisterworld, paru en mars, a rappelé une fois de plus qu’il s’agit d’un des combos les plus passionnants du rock actuel. Et le public n’a pas été déçu. Dès le premier morceau, la puissance percussive emmène la fosse dans un remue-ménage qui ne cessera pour ainsi dire pas jusqu’au bout. Si la musique des Liars se danse, se ressent, ce n’est clairement pas à la façon de la pop et de la dance FM – mais davantage à la façon de morceaux industriels tambourinants et physiques comme on en trouve chez Einstürzende Neubauten, Killing Joke et çà et là chez Ministry.

Ce qui frappe avec Liars en concert, c’est l’énorme puissance de la section rythmique, proéminente, implacable – et cependant non pas oppressante, mais entraînante. (Beaucoup de groupes de metal auraient des leçons à prendre du batteur Julian Gross.) On est ici à cent lieues des rivages de la pop, sur la houle agitée d’un rock aventureux, qui a ingéré et digéré diverses influences sans jamais servilement faire office de copiste. Il y a, certes, des relents de Killing Joke, du Sonic Youth première période, de punk ou de grunge et tant et plus – mais passé à la moulinette Liars, qui ne sonne que comme du Liars, ce à quoi on reconnaît la marque d’un grand groupe.

Au centre de la scène, le magnétique et dégingandé Angus Andrew a la présence scénique d’un Iggy Pop – et d’ailleurs, une tessiture vocale assez proche. Assisté d’un rack d’effets relié au micro, il trafique son chant (échos, fade-out, effets boomerang et déformations équivalentes à celles d’une image dans l’eau) jusqu’à l’étourdissement. Les guitares grincent ou mélodisent, scandent, tranchent, grésillent ; le chanteur danse, se désarticule, grimpe dans les aigus & descend dans les graves ; la rythmique bouillonne. La vraie vie est là, dans tous ses élans – de colère, de révolte, de rêverie, de tristesse. Liars est grand. Liars est un groupe historique.

Une Web TV pour les lives de La Cité de la Musique.
Alain Delon président du jury de Miss France 2011
Mikaël Faujour

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