Musique
Live Report : Les Têtes Raides au coeur de la poésie

Live Report : Les Têtes Raides au coeur de la poésie

11 décembre 2012 | PAR Magali Chiappone-Lucchesi

Les Têtes Raides proposent un spectacle singulier intitulé « Corps de mots » au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, créé dans le cadre des correspondances de Manosque. Poètes-musiciens, les Têtes Raides rendent hommage à Jean Genet, Robert Desnos, Rimbaud, Apollinaire, Lautréamont, Artaud, Boris Vian et Stig Dagerman.

Ce n’est pas vraiment un concert, ce n’est pas vraiment du théâtre, c’est de la poésie à corps et à cris proférée par un poète des temps modernes, Christian Olivier et mis en musique par ses camarades. Christian Olivier, habillé en noir, les pieds ancrés dans le sol, le corps tendu, la voix puissante, nous scande, nous souffle, nous chante des poèmes choisis qu’on prend plaisir à découvrir ou à redécouvrir.

Le rituel du concert est oublié, on est assis dans ce si beau théâtre à l’aspect brut, aux couleurs chaudes, et les mots s’enchaînent sans que le public ne puisse applaudir, car la poésie est reine, un court instant, instant fugace mais intense et subversif. La méditation se fait poétique, et les mots réveillent nos consciences, un souffle d’humanité et de liberté plane dans le théâtre. On avait oublié, oui, peut-être, (dans notre monde d’images visuelles) la puissance de la poésie et sa beauté du monde hanté par l’amour et la mort. Les Têtes Raides nous la rappellent avec des textes enivrants et des mélodies teintées de cordes et de cuivre.

On peut entendre Le condamné à mort de Jean Genet, J’voudrais pas crever de Vian ou encore Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman qui résonne comme un vertige. L’objet-livre est tendu fermement dans la main, ici c’est l’étendard de la poésie qu’on hisse of course.

En sortant du théâtre, jetés dans le Paris urbain et moderne du métro aérien, nous pensons à Apollinaire et l’envie de lire de la poésie n’est pas loin.

 

Des mots, des mots encore des mots ! :

« Il n’y a pas de poésie pour la poésie,
il y a le sang, il y a le vent, il y a la terre, il y a la mer
et je ricoche à l’infini,
les corps de mots,
les corps de cris ». (Christian Olivier, Têtes Raides)

« Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde. » (Le condamné à mort de Jean Genet)

« Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur. » (Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier)

 

Guitare, clarinette et piano : Serge Bégout
Violoncelle : Anne Gaelle Bisquay
Tambour : Eric Delbouys
Trombone et piano : Pierre Gauthé
Voix, accordéon et guitare : Christian Olivier
Contrebasse et basse : Antoine Pozzo di Borgo
Violon : Jeanne Robert
Saxophone, accordéon et flûte : Grégoire Simon

Crédit Photo :
Corps de Mots – Têtes Raides © Les Chats Pelé

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