Musique

Live report’: La Russie à l’honneur à Pleyel

Live report’: La Russie à l’honneur à Pleyel

26 octobre 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

Mercredi soir la Russie était à l’honneur salle Pleyel. Dirigé par Guennadi Rizhdestvensky considéré comme l’incarnation de l’histoire musicale contemporaine russe, l’Orchestre de Paris interprétait la Fantaisie pour Piano et orchestre en Sol majeur de Tchaïkovski, accompagnant de ce fait Viktoria Postnikova, ainsi que la Symphonie n°4 de Chostakovitch.

Un répertoire que l’on voit peu à l’affiche de par la difficulté qu’il représente. Un chef d’orchestre de renom, proche de Chostakovitch qui fut l’un des premiers à diriger cette Quatrième Symphonie. Une interprète émérite, grande virtuose. Deux artistes habités pas leur patrie, spécialistes reconnus, salués et admirés du répertoire Russe, toujours désireux de le représenter. Autant dire que les exigences et attentes pour cette soirée Russe étaient grandes. L’ardeur et la ferveur de l’accueil réservé aux artistes semblaient d’ailleurs traduire les rudes espoirs du public de Pleyel.

Sous la baguette de Guennadi Rizhdestvensky, l’orchestre révèle dès les première notes de la fantaisie pour piano, une extrême justesse, tant dans la mesure que dans la finesse des nuances et le ménagement des différentes interventions. Les flûtes introduisent le thème, résurgence de fête populaire Russe et plantent le décor. Le piano de Viktoria Postnikova ne tarde pas à les rejoindre ornant le motif de guirlandes de gammes chatoyantes. L’artiste dévoile d’emblée agilité, sensibilité, douceur mais aussi vigueur, énergie et puissance. Dans la partie centrale du premier mouvement entièrement dévolue au piano Viktoria manœuvre parfaitement la constante oscillation entre les différents caractères et développe son étrange rhapsodie avec une facilité déconcertante qui saisie de ce fait littéralement le public, admiratif de la performance. Néanmoins, si l’on semble toucher du doigt l’absolu, on peine à être véritablement transcendé. L’exécution fut excellente, cependant elle subjugue et maintient l’intérêt plus par la difficulté que par sa sensibilité. Aussi, si l’on reconnaît la grande maîtrise et la technicité de Viktoria Postnikova, il faut toutefois admettre également que celle-ci tend parfois à prendre le pas sur la complète exaltation des passions. Ainsi, les applaudissements furent plus portés par la reconnaissance quant à la performance, que par un réel transport émotionnel.

En deuxième partie, l’Orchestre de Paris interprétait la Quatrième Symphonie de Chostakovitch, œuvre monumentale sollicitant un renforcement de l’effectif. En effet, les pupitres de bois y sont quadruplés, huit cors, quatre trompettes, trois trombones, deux tubas ainsi qu’un vaste ensemble de percussion sont nécessaires à l’exécution de la pièce. Dès les premiers coups de baguette la gestuelle fine et rigoureuse marque la volonté du maestro à vouloir rendre compte d’une exécution parfaite de l’œuvre. Ce fut d’ailleurs chose faite. Là encore les contrastes, l’oscillation entre différents caractères antinomiques prédomine et caractérise la pièce. Ainsi sous la direction de Guennadi Rizhdestvensky l’orchestre affiche tantôt une puissance tonitruante et se montre monstrueux, tantôt facétieux, moqueur et témoigne d’un discours ironique. La prestation transporte le public qui se laisse aller aux divagations et déclamations musicales. Les solistes des divers pupitres exaltent et encensent les changements d’humeurs, permettant une immersion totale dans l’œuvre à la fois funèbre, torturée, piquante et sarcastique de Chostakovitch. Le compositeur reconnaît avoir dans cette symphonie livré son âme, une âme blessée par les trahisons. L’exécution de l’Orchestre de Paris permit parfaitement de peindre les méandres de l’esprits tourmenté et désabusé du compositeurs, le chef d’orchestre ménageant soigneusement les effets de suspense, de silence, poussant les musiciens à explorer au maximum les possibilités de leurs instruments. De bout en bout, le public ne lâche rien et n’en perd pas une miette. A la fin du dernier mouvement la musique s’élève et s’estompe, du celesta résonne encore quelques notes cristallines qui s’égrainent tandis que les violons en panississimo tentent de se faire de plus en plus petits. L’attention est à son comble et l’on reste accroché à la note s’évaporant. Le public captivé, fasciné, applaudit à tout rompre et ovationne tant le chef que l’orchestre, de nombreux bravos se firent entendre de toutes parts dans la salle Pleyel en liesse suite à ce spectacle unique. Preuve de l’admiration, de l’éblouissement, de l’enchantement vécus ce soir là, Guennadi Rizhdestvensky sera d’ailleurs rappelé quatre fois sur scène.

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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