Musique

LIVE REPORT : Giorgis Xylouros et Yasmin Levy à l’Alhambra (6 février)

07 février 2010 | PAR Mikaël Faujour

Dans le cadre du festival Au fil des Voix, la mythique salle de l’Alhambra accueillait ce samedi 6 février le Crétois Giorgis Xylouros et celle que The Guardian a annoncé comme la « future superstar de la world music », la splendide Yasmin Levy. Une belle soirée dont le public est sorti particulièrement ravi.

Nous vous avions annoncé voici quelques semaines la venue de la flamboyante Israélienne Yasmin Levy, sépharade descendante des Juifs d’Espagne et chantre de la culture ladino, dans la continuation de son éminent père, Yitzhak Levy.

Nous n’avions alors pas évoqué celui qui partageait l’affiche avec elle, Giorgios Xylouris – simplement faute d’avoir eu la curiosité de l’écouter… C’est donc le Crétois, accompagné de trois musiciens, qui a la lourde charge d’ouvrir la soirée. Devant un public attentif et très sage, le chanteur déroule des compositions pastorales teintées d’une douce mélancolie, évoquant déjà la musique orientale par ses percussions haletantes, les lignes mélodiques du chant même ou les sonorités des curieux instruments (vielle lyra, luth saz, luth laouto). Par instants, des réminiscences balkaniques rappellent la géographie de cette île grecque, entre Europe balkanique et Levant. Le programme musical de cette première partie n’est guère dénué de charme et de force, mais il ne pouvait que pâlir de la colossale concurrente qui prend le relais.

Giorgis Xylouros et ses musiciens

Yasmin Levy est sans conteste l’artiste la plus éminente du festival « world music » Au fil des Voix. Quelques mois après la sortie de Sentir, son 4e album, Yasmin Levy présente un répertoire scénique largement composé de ces titres récents – et des mirifiques classiques de son répertoire. D’une technique vocale exceptionnelle, d’une élégance vestimentaire exquise (long manteau noir aux manches échancrées et aux broderies arabesques rouges), d’une beauté aussi chavirante que son charisme, Yasmin Levy a donné un récital de haute tenue, confirmant tout le bien que le public peut penser d’elle. Le public d’ailleurs, qui s’était sûrement déplacé majoritairement pour elle, n’a pas eu besoin de plus d’une ou deux chansons pour être conquis. Et le concert est monté en intensité peu à peu, rythmé par les intermèdes pleins d’humour et d’aménité de la chanteuse au français maladroit et touchant, vers les sommets du répertoire de la belle Sépharade : « La Alegría » et « Nací en Alamo ».

Yasmin Levy, au festival Au fil des Voix, 6 février 2010, Paris

Peut-être serait-il possible de reprocher des excès de trémolos – sortant les mots chantés de la stricte narration pour jouer avec leurs sonorités –, le caractère joué des émotions et ce jusqu’au pathos. Mais c’est chipoter : fondamentalement ibérique de cœur et d’âme, comme le transmet sa voix, Yasmin Levy a cette inclination pour la grandeur du drame et du tragique qui font les grandes interprètes de fado et de flamenco – et ce, jusques à la grandiloquence, mais une grandiloquence digne. Car il y a dans sa puissance viscérale une impudeur digne et grandiose qui fait les grands interprètes. Ajoutez à cela un humour (la chanteuse plaisantant sur ses chansons où tout n’est que mort et désespoir) et un recul sur soi-même qui laissent deviner une belle âme pleine d’humanité. Le résultat : un très beau concert. Soyez certains que cette chanteuse ira très loin et qu’on en reparlera.

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