Musique
L’Inde invitée à 1650 m d’altitude au coeur du Festival Messiaen

L’Inde invitée à 1650 m d’altitude au coeur du Festival Messiaen

24 juillet 2022 | PAR Yaël Hirsch

Dédié à l’œuvre du compositeur inspiré Olivier Messiaen 1908-1992), depuis 1998, le Festival Messiaen a lieu chaque été à la Grave au pied du pays de la Meije. Alors que les deux compositeurs invités cette année sont Pascal Dusapin et Alain Louvier, ce samedi 23 juillet la place du village de Villar-d’Arêne s’est transformée avec la nuit en lieu de spiritualité indienne sous la direction du joueur de bansûrî (grande flûte traversière) Rishab Prasanna.

Pour lire le reporting du concert de Rishab Prasanna entendu avec les Roohani Sisters à Fez, c’est ici.

L’Inde au Pays de Messiaen

Alors que la journée de concerts a débuté à 17h à l’Eglise de la Grave, avec le Quatuor Béla et la soprano Laura Holm dans du Debussy et l’Adonaïs ou l’air et les songes d’un compositeur proche de Messian, Bruno Ducol, juste avant que la nuit ne tombe, les habitants de la Grave et les festivaliers avaient rendez-vous dans une grande tente berbère sur la place de Villar-d’Arêne.

L’entrée était libre et le public, au rendez-vous : les nombreux enfants présents se sont assis sur le sol et tous pouvaient boire du thé à la cardamome pour réchauffer encore une soirée fraîche en altitude après une journée ensoleillée et chaude d’été. Le directeur du festival, Bruno Messina, est venu présenter les musiciens et a rappelé le lien fort d’Olivier Messiaen à la musique indienne, bien avant que cela ne soit la mode en musique, notamment dans les années 1960 et 1970 avec la Beat Generation et les Beatles. Il a présenté Rishab Prasanna, joueur de bansûrî, né à New Dehli mais vivant en France et formé à l’école de son père Rajendra Prasanna, ancrée dans la tradition du Nord de l’Inde et que le grand public connaît pour sa performance improvisée et merveilleuse dans le Sens de la Fête d’Eric Toledano et Olivier Nakache. Il joue en ce moment même à Avignon au 11 La fête des Rose de Kleist avec Norah Krief et Dayan Korolic (lire notre interview). Rishab Prasanna était accompagné par le danseur Kathak Vishal Krishna, qui se produisait pour la première fois en France, ainsi que du chanteur Samrat Pandit, de la joueuse de cithare Joyeeta Sanyal et des deux joueurs de tabla (percussions) Abhishek Mishra et Mosin Kawa.

Spiritualité et découverte dans un spectacle populaire 

Eclairés de lampes rondes d’où émanait une lumière douce et assis de manière traditionnelle dans toute la largeur de la scène, habillés de couleurs chatoyantes, les musiciens ont tout de suite imprégné l’altitude de spiritualité. Quand les deux joueurs de tabla ont impulsé le rythme, les enfants et leurs parents se sont mis à bouger en rythme ; et le voyage a commencé. Battant le rythme avec ses percussions aux chevilles – dont le son était amplifié – le danseur Vishal Krishna scandait la mélodie au micro, changeait de tenue pour illuminer la soirée de couleurs. Il a été capable également de se produire les deux pieds nus posés sur les rebords d’un grand plateau et a exercé la plus grande des fascinations. Présentés avec générosité par Rajendra Prasanna, les morceaux se sont succédés, certains repris de la tradition : comme un air de Ravi Shankar, un air pour Krishna ou une chanson traditionnelle exprimant une immense tristesse (notamment par la voix bouleversante de Samrat Pandit). Et certaines compositions étaient celles des musiciens que nous découvrions, l’une d’entre elle étant même « vieille de trois jours ». Râgas mystiques et mélodies plus festives se sont croisés et mélangés, avec des moments d’acmé lorsque les joueurs de tabla se sont mis eux aussi à scander, et près de deux heures de musique sont passées comme un rêve… 

Tandis que l’équipe du festival rangeait les coussins et la tente où la magie s’est produite, les spectateurs se sont attardés longuement sur la place de Villar-d’Arêne pour continuer d’échanger et faire durer le charme, jusque tard dans la nuit.

Ce dimanche 24 juillet, il y a encore un peu d’Inde prévue au pays de la Meije avec des salutations au soleil à 10h sur le col du Lautaret et une conférence sur le concert que nous avons entendu hier soir, à 11h. Avant qu’à 17h, Nicole Corti et son Choeur Spirito ne jouent du Messian, du Dusapin et du Le Jeune à l’église du Chazelet et que l’on ne retrouve le quatuor Béla avec le percussionniste Claudio Bettinelli dans des musiques de Dusapin et de Henry Fourès augmentées par l’IRCAM à la salle des Fêtes de la Grave.

Le Festival Messiaen se poursuit jusqu’au 31 juillet, retrouvez toute la programmation, notamment la flamboyante clôture qui prendra la forme d’un bal contemporain, ici.  

Visuels (c) YH et AS

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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