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Lille Piano(s) Festival, diversité et ouverture

Lille Piano(s) Festival, diversité et ouverture

24 juin 2021 | PAR Victoria Okada

L’édition 2021 du Lille Piano(s) Festival vient de se terminer le 20 juin. Entièrement numérique l’année dernière à cause de la pandémie, le festival était très attendu, d’autant plus que la programmation s’est considérablement diversifiée. Outre des concerts de jazz et ceux pour toute la famille, déjà solidement ancrés, on pouvait y entendre les musiques du monde, la musique électro, le théâtre musical, la création sonore… jusqu’au hip-hop.

Concerts d’ouverture

Pour autant, nous sommes restés dans la sphère classique, qui était elle aussi riche et variée.
Après un récital d’orgue de Bernard Foccroulle à la Cathédrale Notre-Dame de la Treille qui rend hommage à la nature (œuvres de Bach, Messiaen, Vierne, Wrckmann et autres dont une des compositions de lui-même), Lucas Debargue et l’Orchestre national de Lille ouvrent le bal avec le Concerto n° 2 de Prokofiev sous la direction d’Alexandre Bloch. Le pianiste prend son envol à partir de la cadence du premier mouvement, sous l’impulsion également du chef hyperdynamique. Dans le troisième mouvement, Debargue introduit des éléments « français » pour une touche frenchie personnelle, qui atténue quelque peu le propos. Pour la première partie, Bloch choisit Concert Românesc de Ligeti qui trouve son écho dans Prokofiev, tant pour l’harmonie que pour le rythme. Un rythme que le chef indique en dansant joyeusement sur le podium.

Concerts en famille

Le carnaval des animaux

Le samedi et le dimanche matin, le Nouveau Siècle est réservé à un public familial. Beethoven, si tu nous entends ! par La Symphonie de Poche (direction : Nicolas Simon) est un programme qui propose le best of des neuf symphonies en une heure ! Arrangés avec beaucoup de tact par Robin Melchior, les chefs-d’œuvre de Beethoven sont accompagnés par un récit de Tristan Labouret qui retrace sa biographie. À la fin, après une courte séance de répétition, toute la salle chante l’Ode à la joie (avec distance nécessaire, il en va de soi !) et au moment venu, les gens se mettent spontanément debout, comme si chanter était un besoin urgent. Quel beau moment de communion musicale !
Un autre concert familial concerne le Carnaval des animaux par le Duo Jatekok (Naïri Badal et Adélaïde Panager), avec un nouveau texte écrit et lu par l’humoriste et homme de radio Alex Vizorek. Le sifflet (qu’on entend dans les matchs de football !) au lieu du coucou de la clarinette, quelques références piquantes d’actualités et autres drôleries animalières, ça attire forcément l’attention de petits et de grands ! Les pianistes participent activement à des démonstrations joyeuses. Il est à noter que le texte est en grande partie en alexandrin, « en hommage, nous dit Vizorek, à Francis Blanche », auteur de vers qui accompagnent habituellement la fantaisie zoologique de Saint-Saëns. Le concert met en avant le compositeur qui fête les 100 ans de disparition cette année, avec La Danse macabre en version à quatre mains.

Le Duo Jatekok était avec l’Orchestre de Picardie la veille, sous la direction d’Arie van Beek dans le Concerto pour deux pianos de Poulenc. Cette œuvre à des motifs et caractères extrêmement variés est une l’occasion d’apprécier la musique française du XXe siècle. L’orchestre joue fort, probablement par l’enthousiasme de pouvoir enfin rejouer devant le public, et également à cause de la salle dont les situations ne permettent pas encore la jauge à 100 %. En effet, les musiciens s’affirment, un peu au détriment de l’équilibre de l’ensemble. Au début du concert, Alexandra Dovgan, pianiste russe de 14 ans, a interprété le 2e Concerto de Beethoven, encore assez scolaire. Mais une des Etudes-tableaux de Rachmaninov qu’elle a jouée en bis atteint déjà à un haut degré expressif, laissant l’auditeur convaincu par son excellence dans le répertoire romantique.

Récitals de haute volée

Pierre laurent Aimard

Les quatre récitals auxquels nous avons assisté montrent le caractère de chaque interprète. Kenji Miura, le vainqueur du dernier Concours international Long-Thibaud-Crespin, donne un programme Franck-Takemitsu-Liszt au Conservatoire, le samedi 19 à 17 heures. Et c’est la Sonate de Liszt qu’il a profondément séduit l’auditoire. Avec les détails soigneusement et solidement construits dans une vision globale murement élaborée, son interprétation est une véritable œuvre d’art, que tous les amoureux du piano devraient entendre ! Le choix de deux bis, un Debussy et un Mompou, montre sa sensibilité délicate.
Toujours au Conservatoire, le dimanche au début de l’après-midi, l’Espagnole Judith Jauregui offre des musiques américaines et latines très rythmées : Beach, Villa Lobos, Gershwin, Lecuona et Ginastera. En effet, le rythme, elle l’a de manière innée et inimitable. Avant de jouer un bis, elle s’adresse aux spectateurs pour annoncer que c’était son premier concert international depuis 9 mois. C’est probablement pourquoi nous n’avons eu l’impression qu’elle n’a pas révélé tout son talent, qu’on peut s’attendre à d’encore belles retrouvailles pour ses prochains récitals en France.
Un peu plus tard, cette fois au Nouveau Siècle, Pierre-Laurent Aimard concocte un programme sur le thème de fantaisie, extrêmement bien construit comme à l’accoutumée. Entre des pièces classiques rarement jouées en concert (Fantaisie en fa mineur pour orgue mécanique KV Anh32 de Mozart et Fantaisie op. 77 de Beethoven), Aimard insère deux chefs-d’œuvre du XXe siècle, Night Fantasies de Eliott Carter et Fantasy on Ïambic Rythme de George Benjamin. Son exigence dans la musique de notre temps est bien connue, et son art atteint le sommet. La clé d’écoute qu’il présente au début du récital aide largement à apprécier ces pièces, qui peuvent présenter quelque difficultés pour les apprivoiser à la première écoute.

Concert de clôture

Concert de clôture

Le dimanche soir, Cédric Tiberghien clôt trois jours de festivités avec l’Orchestre de Picardie et le Chœur régional des Hauts-de-Seine, sous la baguette de Jean-Claude Casadesus. Le Concerto n° 23 de Mozart et la Faitaisie chorale de Beethoven sont au programme. Comme la veille, l’orchestre joue assez fort, mais Tiberghien propose de très beaux moments de grâce, notamment dans le célèbre deuxième mouvement de Mozart dans une sonorité veloutée. Malgré quelques inégalités selon les tessitures à l’intérieur de chaque pupitre, le chœur assume entièrement, la partition difficile de la Fantaisie chorale, surtout les solistes (qui sont des membres du chœur) qui ont réalisé une prestation très honorable.

L’Orchestre national de Lille, organisateur du festival, continue avec La Belle Hélène d’Offenbach mise en espace les 7, 8 et 10 juillet au Nouveau Siècle dans le cadre des « Nuits d’été ».

photo © Ugo Ponte / ONL

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