Musique

Les « glissements progressifs du désir » de Jazz Nomades

Les « glissements progressifs du désir » de Jazz Nomades

27 mai 2011 | PAR Lea Iribarnegaray

Jazz Nomades, un festival qui ne ressemble à aucun autre. Pour la deuxième soirée de la Voix est libre, mercredi 25 mai, les organisateurs ont tenu leurs promesses. Cinq projets complètement hors normes ont été présentés au Théâtre des Bouffes du Nord, sous le titre énigmatique des « glissements progressifs du désir ». Entre peintures organiques, manipulation de jaunes d’œufs et autres sonorités extravagantes…

« Vous savez qu’ici on présente rarement des choses finies ». Le présentateur de la soirée prévient son public, mettant en valeur l’improvisation, proposant de lâcher prise, de se surprendre soi-même. Son intervention est déjà trop longue, à l’image de ce spectacle qui s’annonce…interminable.

Un homme d’une cinquantaine d’années débarque alors sur scène. « Oh rebond, bon bon rebond, faut du bon pour qu’il y ait rebond », s’exclame-t-il en sautillant. Ses notes en main, Pierre Meunier fait un discours sur l’apesanteur et la gravité. Il cite Nietzsche sur des thèmes de physique quantique, de haut et de bas. « Plus rien ne me supporte, je suis insupporté, devenu insupportable », poursuit-il. A ses côtés, une femme du même âge. Elle s’attelle à l’accompagnement sonore, incongru. Sonnette de vélo, métronome, pingouin en plastique, réveil, fouet de cuisine composent ses instruments. Hélène Sage suit le rythme du texte, jouant sur des crescendos et des excès de décibels. La « musique » prend le dessus, le texte n’est plus qu’accessoire.

Changement de décor. Trois hommes prennent le temps de s’installer. Le musicien Jean-François Pauvros commence à jouer de sa guitare électrique avec un archet. Il accompagne la projection, à l’écran, des dessins organiques de Vincent Fortemps. L’artiste cogne, raye, gratte une plaque posée sur une caméra. Les couleurs sont grises, noires ou blanches. Le mouvement est végétal, le résultat troublant. La musique s’intensifie avec la participation d’Alain Mahé à l’électro-acoustique. Jean-François Pauvros frotte les cordes de sa guitare sur son jeans. Le son devient agressif, crispant. La performance s’éternise et plusieurs personnes quittent les Bouffes du Nord.

« On sent une salle qui baille, mais laissons nous surprendre par la suite » lance une jeune femme du public à son amie. Il faudra, en effet, s’accrocher pour assister à la scène suivante. C’est Catherine Jauniaux qui prend la relève. Sa voix, déconcertante, imite des sonorités pâteuses, visqueuses, presque répugnantes. Elle fait des bruits animaux. On reconnaît des oiseaux, des insectes, des chiens en chaleur, alors que le violoncelle de Gaspar Claus habille les grincements de la chanteuse. Vient, enfin, un moment de divertissement. L’incroyable Jeanne Mordoj réveille le public et le fait rire, comme si les nerfs lâchaient. La danseuse jongle avec des bambous. Puis, toute vêtue de vert, joue avec des jaunes d’œuf! Elle les fait glisser le long de son corps, les écrase sur sa tête, croque dans les coquilles. Et voilà qu’elle se transforme … en poule!

23h, sortie des Bouffes du Nord pour un entracte très tardif. Mitigé, le public aimerait féliciter des artistes en constante recherche. Difficile cependant de se sentir comblé, tant l’atmosphère était opaque, pesante.

Visuel : (c) oiseaux—Cie-Bal_Jeanne-Mordoj—Eloge-du-Poil—©-Christophe-Raynaud-de-Lage.jpg

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Lea Iribarnegaray

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