Musique
Les américains (re)débarquent à la Salle Pleyel

Les américains (re)débarquent à la Salle Pleyel

15 septembre 2011 | PAR La Rédaction

Salle de concert symphonique parisienne par excellence, la Salle Pleyel est habituée à voir passer les plus grandes phalanges internationales. Néanmoins, la saison dernière, certains avaient déploré l’absence des orchestres d’outre-Atlantique, qui, pour la plupart, avaient annulé leur tournée européenne suite aux conséquences désastreuses dans les milieux culturels de la crise financière. C’est chose réparée : cinq d’entre eux – dont quatre qui font partie des « big five », le top cinq des orchestres américains – passeront par le 252 rue du faubourg Saint-Honoré.

Premier de la série, le Chicago Symphony Orchestra, sous la direction du maestro Riccardo Muti ouvre cette nouvelle saison le 2 septembre dernier. Fidèle à sa réputation, le chef livre au public parisien un programme interprété avec une classe, un panache et une distinction qui font de lui l’un des chefs les plus admirés actuellement. La soirée débute avec Danza Petrificada, une pièce courte du compositeur américain Bernard Ranz, inspirée de la musique et de la culture mexicaine. Beaucoup plus intériosé, le poème symphonique Mort et Transfiguration de Richard Strauss permet à l’orchestre de déployer des trésors d’homogénéité, de richesses sonores et de couleurs orchestrales pour ce voyage de l’ombre vers la lumière, parcours crescendo d’un homme vers la libération de la mort. Enfin, pour la seconde partie, le maestro Muti donne une très aristocratique Symphonie n°5 en ré mineur de Dmitri Chostakovitch. Précision, conduite mélodique d’une clarté évidente, énergie et tension contrôlées sans faillir, l’interprétation du chef, même si elle déstabilise certains, ne manque ni d’intérêt ni d’intelligence musicale. Un moment de grâce.


Quelques jours (nécessaires) pour se remettre de cette soirée et nous nous précipitions à la soirée du Pittsburgh Symphony Orchestra, dirigé par le chef autrichien Manfred Honeck. Si elle ne peut se prévaloir de la mécanique de précision du Chicago Symphony Orchestra, la formation pennsylvanienne ne démérite pas dans un programme en deux temps : pour la première partie, elle accompagne Hélène Grimaud dans le Concerto pour piano n°4 de Beethoven. La pianiste française possède l’œuvre depuis bien longtemps à son répertoire – elle l’avait déjà interprété en 2009 avec l’Orchestre de Paris au même endroit. Néanmoins, nous peinons  à trouver de l’homogénéité et de la cohésion dans son jeu : si de beaux moments me transportent parfois, ils sont parasités par une certaine forme de maniérisme, de l’agitation et un manque manifeste de vision d’ensemble. Après l’entracte, l’orchestre, libéré de l’exercice contraignant de l’accompagnement, peut enfin s’exprimer pleinement dans la Symphonie n°5 de Piotr Illitch Tchaïkovski. Manfred Honeck s’attache, avec succès, à éviter de tomber dans le pathos de la partition et de s’enliser dans les textures orchestrales. Au final, vitalité, vivacité, clarté et tempi plus rapides que ce qu’on peut entendre généralement : une masse orchestrale considérablement allégée et un orchestre qui fait « swinguer » Tchaïkovski.
Enfin, troisième soirée en compagnie de Charles Dutoit et du Philadelphia Orchestra. Nanti d’une histoire particulièrement prestigieuse (notamment sous la direction de Leopold Stokowski ou d’Eugène Ormandy, qui l’ont amené à ce « son » si particulier), l’orchestre propose un programme qui semble ciselé pour le public parisien : après l’ouverture de Rousslan et Ludmilla de Glinka, l’auditoire  peut entendre le Concerto pour piano en sol majeur de Maurice Ravel, la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz et, en bis, La Valse de Maurice Ravel. Trop attendus ? Fatigués pour cette dernière date de leur tournée européenne ? Sans être déçu, je reste un peu sur ma faim. L’orchestre, rutilant, brillant, homogène, fait cependant preuve de bien peu de finesse. Sans doute peu habitué à des salles de ce volume (la Salle Pleyel n’accueille « que » 1900 personnes, contre 2900 personnes pour le Kimmel Center for performing Arts à Philadelphie), il couvre sans cesse Jean-Yves Thibaudet, pourtant à l’aise avec la partie de piano du concerto de Ravel. La Symphonie fantastique de Charles Dutoit est plutôt linéaire, souffrant encore d’un manque de contraste et de poésie, comme dans le concerto où le chef ne s’attache pas du tout à rendre les différentes atmosphères. Néanmoins, le public repart sur une note de génie : balayant d’un coup de main mes réserves quant au programme « officiel », l’interprétation de La Valse, en bis, emporte d’un coup d’un seul tout l’auditoire vers un univers magique et immatériel, grâce à des cordes soyeuses, homogènes, veloutées et des bois aux sonorités claires, bref, du grand Philadelphie !

Prochains rendez-vous : le Cleveland Orchestre (dir. Frank Welser-Möst) le 25 et 26 octobre et le New York Philharmonic (dir. Allan Gilbert) le 6 et 7 février.
Plus d’informations : www.sallepleyel.fr

 

Swann

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