Musique

Les albums de l’année 2010, 3e partie

21 décembre 2010 | PAR La Rédaction

Nous poursuivons donc notre rétrospective sur les grands disques de l’année et nos coups de cœur. Après un premier volet (lire ici), puis un second (lire là), voici le troisième de notre série. Reggae, hip-hop, electro, « world music », pop/folk, rock ou metal, et toutes sortes de métissages : il y en a ici pour tous les goûts et les couleurs. Et notre joueliste 2010 continue à s’étoffer…

Afrocubism, Afrocubism

Tout le monde connaît Buena Vista Social Club. Le film à succès de Wim Wenders, le groupe des papys cubains sur le retour et le phénomène mondial qui s’est ensuivi (+ de 8 millions d’albums vendus au passage !). La petite histoire veut que deux des plus grands musiciens maliens, Bassekou Kouyaté maître du luth n’goni et Djelimady Tounkara roi de la 6-cordes, étaient censés faire partie de ce projet né dans l’esprit du producteur Nick Gold. Mais en raison d’une obscure histoire de visas, la rencontre n’eut jamais lieu et le disque devint 100% cubain avec le triomphe que l’on sait. Qu’à cela ne tienne, après quatorze années de persévérance, la passerelle afro-cubaine renaît de ses cendres et le résultat est clairement à la hauteur de son illustre prédécesseur. Plus instrumental et virtuose, Afrocubism voit son line-up enrichi des musiciens Toumani Diabaté et Lassana Diabaté, respectivement joueurs de kora et de balafon, et du chanteur Kassé Mady Diabaté. Côté cubain, on retrouve Eliades Ochoa et son groupe, uniques rescapés du Buena Vista Social Club (on peut bien sûr regretter que Compay Segundo, Ibrahim Ferrer et Ruben Gonzales ne soient plus de ce monde pour apporter leur contribution à cet album déjà très riche). Enregistré dans les conditions du live, le disque mêle avec soin mais non sans feeling ces composantes transatlantiques, les rythmiques cubaines structurées et les envolées lyriques des Mandingues. D’anciennes chansons (« Guantanamera », « Mariama ») y trouvent également une seconde jeunesse. Chaud et mélancolique, il touche au cœur et réussit le pari de faire pleurer et danser à la fois. En un instant de mélodies et de partage, Afrocubism donne ses lettres de noblesse à la musique du monde.

Vincent Brunelin

Inna de Yard, Live in FranceMasters of Reggae in Acoustic

L’initiative vient du célèbre guitariste jamaïcain Earl « Chinna » Smith (Max Romeo, Bob Marley, Peter Tosh, Gregory Isaacs,  Black Uhuru, The Abyssinians, Lauryn Hill…), qui décrit le mouvement comme « prendre encore une fois le train en marche, mais sans oublier personne sur le quai ». Initié en 2004, le projet consiste à créer ou reprendre des morceaux en version entièrement acoustique, l’oreille d’Earl servant de juge musical. De nombreuses sessions ont eu lieu et la majorité des chanteurs jamaïcains se sont déplacés dans le quartier de Half Way Tree à Kingston pour partager ces moments de jam déjà légendaires. Ces sessions sont enregistrées, grâce à Makasound, en direct, et cet album inclut des participations de Linval Thompson, Matthew Mcanuff, Cedric Congo Myton ou encore Kiddus I. Un monument musical.

Sur notre joueliste : « Be Careful »


Dub Inc, Hors contrôle

Dub Inc est un groupe de reggae français aux influences multiples, reconnus notamment pour sa chanson « Rude Boy ». Cette année, il revient avec l’album Hors contrôle, sorti en octobre, dans la continuité du travail mené jusqu’alors. Sur cet album, le chanteur Tarrus Riley, mondialement reconnu comme l’une des plus belles voix du moment dans le reggae, partage l’excellent « No Doubt ». Il faut aussi noter l’inhabituel mariage du reggae et des musiques orientales, parfaitement réalisé dans la chanson « El Djazzaïr », avec pour invités Jimmy Oihid et Amazigh Kateb.

Sur notre joueliste : « No Doubt »


Damian Marley et Nas, Distant Relatives

Les deux artistes avaient déjà collaboré ensemble avec le titre « Road to Zion », ce qui donnait un aperçu alléchant de ce désir d’un album en commun. Le projet se concrétise en 2010 pour le plus grand bonheur des fans de rap et de Damian Marley. Les deux styles, parents éloignés (d’où le titre de l’album), s’assemblent parfaitement dans des rythmes qui dessinent toutes les influences présentes dans cette collaboration. L’album recèle des titres tournés vers le rap (« Nah Mean ») ou tirant vers les influences reggae de Damian Marley (« Leaders », avec le featuring de Stephen Marley, ou encore « Land of Promise », reprise du regretté Dennis Brown, chanteur de reggae jamaïcain). Le sulfureux tube « As We Enter » est un mélange parfait entre le rap de Nas et le dancehall de Damian Marley. Ailleurs, éclatent des influences africaines avec les percussions de « Leaders » ou encore les collaborations avec le chanteur somalien K’Naan, et enfin le titre « Friends », une apologie de l’amitié, reprise de la chanson « Undengue Uami », de David Zé (artiste angolais). On trouve donc de tout dans ce melting-pot qui rassemble deux pointures dans leur domaine pour en tailler une nouvelle dans un mélange des genres. Ils seront en concert en avril 2011, à ne pas manquer…

Sur notre joueliste : « As We Enter », « Friends », « Dispear »

Pablo Moses, The Rebirth

Quinzième album pour ce monstre du reggae qui a commencé au milieu des années 70 dans le studio de Lee Scratch Perry. Rien n’est perdu : tout est là. Les thèmes favoris du chanteur, à savoir la religion rastafari (« Jah Will Make a Way »), la violence qu’il faut cesser (« Guns », « So Much ») ou encore l’Afrique, qu’il chante encore et toujours (« Mamah Yeah »). Mais c’est surtout dans la recherche musicale que cet album est excellent. Les cuivres, aussi bien le saxophone que le trombone et parfois les trompettes coupent le souffle, notamment dans la chanson ouvrant l’album, « Born to Be Bad », entièrement rythmée par eux. Ils donnent une dynamique à un album qui entraîne vers un bonheur particulier, une joie de vivre que les trompettes expriment parfaitement.

Sur notre joueliste : « Born to Be Bad » (version dub)


Tiken Jah Fakoly, African Revolution

Le chanteur ivoirien a sorti son dixième opus, African Revolution, en septembre. Si le style a quelque peu changé, les paroles de Tiken Jah sont toujours engagées, sincères et profondes. Celui-ci défend toujours une révolution des esprits et des mœurs, la cause de de l’éducation (« Intelligent revolution must be african education »). Il invite le peuple à aller voter (« Votez ») et, comme à son habitude, condamne la classe dirigeante africaine qui ne quitte pas le pouvoir (« Je ne veux pas ton pouvoir »). De même qu’il l’avait annoncé à Abdulaye Wade il y a quelques années au Sénégal (« Quitte le pouvoir »), Tiken Jah Fakoly a déclaré, dans une conférence de presse, que Laurent Gbagbo devait « accepter sa défaite ». Les textes et les valeurs de l’artiste sont donc restés les mêmes. Mais, cette fois, le style a changé. Tiken Jah s’est écarté quelque peu du reggae pour se rapprocher encore et toujours d’une musique plus africaine, où la kora (harpe-luth mandingue), le soukou (instrument monocorde) et le balafon (instrument de percussions de l’Afrique occidentale) dominent quand les cuivres et le piano, traditionnels et fréquents dans les précédents albums de Tiken Jah s’évaporent. Un album à se procurer pour les inconditionnels du genre.

Sur notre joueliste : « Je ne veux pas ton pouvoir »

Jérôme Gros

Yules, Strike a Balance

Il est des disques qui suscitent un enthousiasme passager, que l’on oublie vite. Il en est d’autres qui laissent une trace dans la tête, par leur étrangeté, leur nouveauté, leur simplicité ou leurs mélodies. Strike a Balance, deuxième album des frères Charret (autrement dit : Yules ) appartient clairement à la deuxième catégorie, celle des albums qu’on écoute et réécoute avec un plaisir renouvelé. Parce que cet album de folk pop rehaussé d’orgue Hammond ou d’harmo, aux compositions variées et doucettement mélancoliques, est hanté de mélodies mémorables qui font leur nid dans le crâne. À rebours de l’idée répandue qui voudrait que la nouveauté soit gage de qualité, Yules montre combien la tradition a du bon, pourvu qu’il y ait du cœur et du savoir-faire. Et ces deux-là savent y faire : il n’est que d’écouter des bijoux comme « Absolute Believer », « For Salvation », « Life As a Race » ou « A Silent Journey », pour s’en convaincre. Un album superbe de douceur et un des grands, grands coups de cœur de l’année. NB : Yules sera de passage, en formation complète, au théâtre Traversière le 29 janvier. Ne les manquez pas.

Sur notre joueliste : « For Salvation », « A Silent Journey » , « Angel of Ice »

Massive Attack, Heligoland

Voilà un album qui était très, très, très attendu, quelque sept ans après un dernier album (100th Window) qui avait été assez tièdement accueilli par la critique. Fin 2009, Massive Attack dévoilait un EP (« Pray for Rain »), avec deux titres et deux remixes de l’album à venir. De quoi exciter l’envie… En mars, voilà enfin Heligoland : une claque. Truffé de collaborations prestigieuses (Damon Albarn, Hope Sandoval, Horace Andy, Guy Garvey, Tunde Adebimpe…), l’album révèle une enfilade de chansons de tout premier plan, une moitié étant parfaites. Obsédant, hypnotique, changeant du sombre au lumineux, capiteux : les qualificatifs ne manquent pas pour cet album riche et divers autant que cohérent, qui reste à écouter encore et encore. Un des chefs d’œuvre majeurs de l’année 2010.

Sur notre joueliste : « Pray for Rain », « Girl I Love You », « Paradise Circus », « Saturday Come Slow »


Gorillaz,
Plastic Beach

Bon, OK, on a un peu déconné au début de l’année en attribuant à ce troisième album de Gorillaz un pingre 3,5/5. À la réécoute, il est clair qu’il s’agit d’un album plein de trouvailles, plein d’idées, de jeu, de joie, d’invention, de chemins de traverse et de grandes escapades. De l’intro orchestrale, ample et douce au fabuleux single rap/soul/synth-pop « Stylo » (l’un des meilleurs clips de l’année, soit dit en passant), en passant par le G-funk rap nonchalant de Snoop Dogg, ou ce bijou de pop mélancolique au parfum de fin d’été « On Melancholy Hill », Gorillaz s’autorise tout, ne rate rien ou presque – et signe un disque qui a du groove et qui a du cœur, en plus d’une brochette d’invités de très haut niveau (Snoop Dogg, Mos Def, Lou Reed, Mick Jones et Paul Simonon, De La Soul…). Grand album.

Sur notre joueliste : « Stylo », « On Melancholy Hill », « Empire Ants »



Eluveitie, Everything Remains (As It Never Was)

C’est au Hellfest que nous avons découvert Eluveitie, tenants d’un folk metal dansant et franchement irrésistible.  Comme beaucoup d’artistes du fourre-tout « folk metal », ces Helvètes ont le mérite de donner une nouvelle vie à une langue disparue (le gaulois, pour ce groupe – du moins pour les albums antérieurs, le groupe ayant ici choisi l’anglais) et d’incorporer des instruments traditionnels et des mélodies à un son extrême, dont ils font exploser le carcan. Vielle à roue, flûte irlandaise, bodhrán, cornemuse se mêlent à un death metal mélodique d’influence suédoise (In Flames), mâtiné de chants féminins (à la Lacuna Coil). Résultat : un son puissant, viscéral, et cependant dansant et musical. Au cœur de cette foisonnante galaxie du folk metal (Enslaved, Negura Bunget, Primordial, In Extremo, Finntroll…), Eluveitie confirme avec Everything Remains – et après un album de folk acoustique dépourvu de metal – qu’il en est une des étoiles les plus brillantes.

Sur notre joueliste : « Nil », « Everything Remains As It Never Was »

Mikaël Faujour

Zëro, Diesel Dead Machine

Un album inclassable. Aux croisements du noise, du post-rock, de l’indie, du jazz, du rock progressif… le deuxième album de Zëro est à l’opposée de sa pochette. C’est un bel album. Un album riche avec des arrangements audacieux. Tout est pensé, placé judicieusement pour créer des titres inhabituels, perturbants lors de leur écoute. Et peut-être au dessus de tout ce que l’on écoute actuellement : un album intelligent.

Warpaint, The Fool

On le sentait déjà venir après la sortie de leur EP Exquisite Corpse, le phéno-woman Warpaint a très largement comblé nos attentes avec son album The Fool. Large, atmosphérique. On se laisse inévitablement séduire par ces quatre jeunes femmes et, même si l’on tente de résister à cet album, on se retrouve inévitablement aspiré dans ces différents univers mélodiques, langoureux. Sorcières !

Sur notre joueliste : « Warpaint », « Undertow »


Trans Am, What Day Is Tonight ?

Il est rare de trouver des albums live à la hauteur. C’est pourtant le cas du dernier live de Trans Am sorti quasiment au même moment que le dernier album Things. Un son ample, agressif, maîtrisé, caractéristique du talent scénique du trio. Surprenant, par la diversité du répertoire, un disque qui fera assurément fureur dans vos délires futuristes.

Menomena, Mines

Comment faire une rétrospective des disques de l’année sans mentionner un album que traîne dans la tête ? Le genre d’album qui suit le chemin « C’est pas mal » => « En fait, c’est vraiment fort » => « TERRIBLE !!! » => « Je l’ai encore écouté ce matin ». Mines fait partie de ces albums : une fois assimilé, il ne nous quitte plus et aspire peu à peu tout l’esprit. Après avoir emporté tous les suffrages avec le projet parallèle Ramona Falls en 2009 (fabuleux Intuit, qui figurait en bonne place dans de nombreux classements des meilleurs disques de l’année dernière), Brent Kopf rappelle avec  ce 4e album son haut talent en même temps que la vivacité de la scène de Portland (sans remonter jusqu’aux Wipers, on peut citer The Decemberists, ou Agalloch, qui signe aussi un des grands albums de l’année), pas loin d’égaler l’autre grand pôle de la scène Nord-Pacifique, Seattle. De l’indie pop, extrêmement fine. Une vraie réussite.

Sur notre joueliste :  « Tithe », « Dirty Cartoons »

François-Xavier Delaby

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