Musique

Le Premier Rasta, un regard sur les origines méconnues du mouvement rastafari

Le Premier Rasta, un regard sur les origines méconnues du mouvement rastafari

27 avril 2011 | PAR Vincent Brunelin

Entre images d’archives et témoignages actuels, la réalisatrice Hélène Lee tente de faire la lumière sur Leonard Percival Howell, un personnage oublié de l’histoire jamaïcaine qui a pourtant posé les jalons du rastafarisme. Et même si elle délaisse parfois le principal protagoniste au profit de son héritage culturel, elle n’en livre pas moins un documentaire touchant, bercé par la musique reggae. Sortie en salles le 27 avril.

Synopsis : « Au début du siècle dernier, le tout jeune Leonard Percival Howell (1898-1981) quitte la Jamaïque, se fait marin et parcourt le monde. Sur sa route, il croise toutes les idées qui agitent l’époque. Du bolchevisme à la new thought, de Gandhi à l’anarchisme, du garveyisme à la psychanalyse, il s’agit de trouver sa terre promise. C’est avec le cocktail de ces idées que Leonard « Gong » Howell revient en Jamaïque pour fonder en 1939 la première commune rasta, le Pinnacle… »

Tout le monde a déjà écouté au moins une fois Bob Marley ou fredonné les paroles de l’apôtre du reggae, mais personne ou presque ne sait qui est Leonard Percival Howell, pas même en Jamaïque (le destin veut pourtant que ce dernier soit mort deux mois avant le chanteur). C’est sur ce constat qu’Hélène Lee choisit d’ouvrir Le premier rasta, inspiré de son ouvrage éponyme sorti en 1999. La réalisatrice revient sur le parcours étonnant de ce personnage énigmatique à travers la Russie bolchévique où il apprend la théorie marxiste, à New-York où il côtoie le leader noir Marcus Garvey et les mouvements d’émancipation afro-américains, avant de retrouver sa terre natale en 1932.

Un retour au pays chaotique, puisque dans cette Jamaïque encore colonie britannique il sera tour à tour marginalisé, spolié, et emprisonné à plusieurs reprises. Il n’aura de répit que dans le « Pinnacle », le lieu où il créa la première communauté rasta en autosuffisance. Mais même perdu au beau milieu des collines, la police le pourchasse et démantèle le village en 1954. Une persécution systématique qui n’eut pas l’effet escompté, bien au contraire. En disséminant les membres de la communauté, la pensée rasta finit par voir le jour un peu partout dans le pays, avant d’être révélée aux yeux du monde par le prisme du mouvement reggae.

Cette mise au ban de la société pendant toutes ces années surprend, là où on aurait trop facilement tendance à véhiculer le cliché du rasta hirsute, perdu dans la fumée de ses joints. Hélène Lee casse cette image « peace and love » (même si on a droit à quelques témoignages embrumés) et tente de redonner sa dimension politique à cette culture populaire, étonnant mélange de contenu marxiste et de concepts bibliques. Elle montre surtout combien ce mouvement a été bâti, non pas sur un dogme religieux ou philosophique, mais sur un mode de vie et de pensée.

On aurait aimé en savoir encore un peu plus sur ce Leonard Howell, mais faute d’archives suffisantes (beaucoup ont été détruites), la réalisatrice s’en éloigne assez vite pour mieux donner la parole aux doyens du Pinnacle et aux musiciens. Filmés au plus près, les témoignages de la doyenne à la peau burinée par le temps mais aux convictions toujours intactes, et de la vieille secrétaire d’Howell qui fut à ses côtés jusqu’à sa mort, s’avèrent particulièrement dignes et émouvants.

Même si le clin d’œil appuyé à certains groupes contemporains est peut-être de trop, le chant et la musique reggae constituent le pouls du documentaire comme elles font partie intégrante de la culture rasta. On découvre avec plaisir les interviews de Bernard « Satta » Collins, leader du groupe mythique The Abyssinians, des Batteurs de Count Ossie (fondateurs de la rythmique jamaïcaine) et de Max Romeo, star historique du reggae mais aussi cultivateur à ses heures perdues.
Si le regard que porte la réalisatrice sur son sujet est trop attendri pour être totalement objectif, Le premier rasta est un documentaire plaisant et instructif sur ce pionnier du mouvement rastafari et sur l’héritage qu’il a laissé.

Le premier rasta, d’Hélène Lee
France, 1h25, Documentaire
En salles le 27 avril 2011

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Vincent Brunelin

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