Musique
Le Musée Sacem expose les archives du Punk en ligne, interview avec Claire Giraudin

Le Musée Sacem expose les archives du Punk en ligne, interview avec Claire Giraudin

28 janvier 2019 | PAR Yaël Hirsch

Lancé le 12 juin 2018, le Musée Sacem propose depuis le 21 janvier une exposition en ligne qui célèbre les 40 ans du Punk. Entretien avec Claire Giraudin, Directrice Sacem Université, Valorisation du Patrimoine et Musée en ligne.

1/ 200 000 visiteurs en un an, c’est un beau chiffre! par quel biais/ medias/ canaux sont-ils arrivés au Musée de la Sacem?
200 000 visiteurs en 6 mois même, puisque le musée est ouvert depuis le 12 juin 2018 ! Les visiteurs viennent beaucoup suite à nos publications sur les réseaux sociaux – Twitter et Facebook principalement- et nous avons également eu la chance d’intéresser les médias grand public avec notre Musée, aussi bien le 20h de TF1 que Télématin sur France 2, ou encore Radio France, Europe 1… Donc « la petite musique » de ce site a été entendue assez largement, et surtout, ce qui nous fait particulièrement plaisir, c’est que le succès est constant, nous ne voyons pas le nombre de visiteurs diminuer. C’est aussi un défi, car il faut continuer à leur apporter ce qu’ils recherchent !

2/ Comment se prépare une exposition temporaire numérique ? Les Dossiers sont-ils amenés à rester? Comment choisissez vous les commissaires ?
Le Musée a une politique éditoriale à la fois très cohérente et très ouverte. Nous travaillons avec la Commission Mémoire et Patrimoine de la Sacem, qui est constituée de créateurs/trices et d’éditrices qui valident les grandes lignes éditoriales. Cela permet de conserver les mêmes objectifs sur le long terme : parler des auteurs, compositeurs et éditeurs, de leurs œuvres et de leurs métiers, valoriser les répertoires, et faire mieux connaître la gestion collective qui est le métier de la Sacem.

L’ouverture vient de la nature même de l’histoire Sacem, puisque on peut l’incarner en un mot : diversité. C’est l’envie de montrer la diversité des musiques, des œuvres, des répertoires gérés (musique mais aussi, on le sait moins, audiovisuel, humour, clip vidéos etc…), des pays dont sont issus nos membres (164 nationalités !), des époques… qui nous guide dans les propositions et les choix éditoriaux.

Pour les expositions, mais aussi pour les chroniques, pépites ou hommages, nous travaillons avec un calendrier sous le yeux : quels sont les anniversaires/moments de célébration/hommages qui arrivent l’an prochain et dans deux ans ? Il peut s’agir d’événements historiques (100 ans de la Grande Guerre en novembre 2018), ou artistiques (les 50 ans de Hair en avril prochain, les 200 ans d’Offenbach…). Cela nous permet de réfléchir à partir de thèmes qui font sens dans l’esprit du public.

Nous échangeons évidemment avec des journalistes Culture ou société, la plupart ont des sujets ou des artistes de prédilections, ils sont une ressource indispensable ! A force d’intelligence collective, on finit par se mettre d’accord sur un calendrier (bien rempli !) et nous choisissons nos commissaires selon leurs spécialités, et donc souvent parce qu’ils nous ont proposé un thème d’exposition ou de chronique qui « colle bien».
Les commissaires d’exposition sont en contact avec les archives Sacem, pour trouver et sélectionner des documents qui vont illustrer leurs propos. Nous avons comme tout site éditorial ou tout magazine des « gabarits » : une exposition c’est entre 6 et 12 salles, qui contiennent jusqu’à 10 documents chacune, chaque document peut être commenté en 1500 signes, etc. La règle du jeu est d’utiliser au maximum les archives Sacem – ce sont des trésors inédits, ce serait dommage de se priver ! mais aussi de les compléter par des archives INA ou BNF, avec qui nous avons des partenariats. Et évidemment, les commissaires fournissent une playlist pour chaque exposition !
Les expositions représentent entre 3 et 5 mois de travail, et sont bien sûr pérennes. C’est l’avantage du numérique : ce qui est en ligne peut rester en ligne !

3/ Punk, puis Métal, puis Opérette… les trois thèmes sont passionnants, y-a-t-il aussi une volonté de surprendre, quand on pense beaucoup à des chansons plus ‘pop’ quand on pense aux auteurs de la Sacem…
C’est la conséquence de notre volonté de montrer la diversité de la Sacem ! C’est la maison de l’opérette, du métal, ET du punk…. Et aussi de l’accordéon, des musiques de pub, des contes musicaux pour enfants… et de mille autres répertoires.
L’effet de surprise est important, c’est vrai, parce que qu’on est persuadé qu’on peut faire de la pédagogie sur « qui est vraiment la Sacem » sans pour autant être pontifiant ou ennuyeux !

4/ Pour les droits : vous les avez sur tout ce qui est déposé chez vous, ou il faut demander aux artiste et/ou ayant droits avant de numériser et exposer leurs/vos archives?
C’est selon les documents ! Certains ne relèvent pas du droit d’auteur et appartiennent à la Sacem (fiche d’inscription par exemple), d’autres requièrent l’accord des ayants droit pour le droit moral.
Nous avons un accord global avec les éditeurs via leurs syndicats, la CSDEM et la CEMF, qui nous permet d’afficher les partitions puisque ce sont eux qui gèrent le droit graphique. Sans les éditeurs, qui ont toujours soutenu cette idée de musée numérique, nous n’aurions pas pu faire grand-chose !
Nous sommes évidemment très attentifs aux souhaits des membres de la Sacem. C’est pour cela d’ailleurs que nous avons mis en place un « bouton eject » sur le Musée : tout membre ou ayant droit peut nous contacter pour demander la dépublication d’une archive qui le concerne. Nous nous engageons à le recontacter par téléphone et à discuter avec lui dans les 72 heures (jours ouvrés). La très bonne nouvelle, c’est que pour le moment nous n’avons qu’une demande de ce type.

5/ Vous annoncez 3000 numérisations par an, comment les choisissez-vous, comment avant le projet?
La croissance de documents numérisés est assez organique. Chaque exposition, hommage, chronique, génère des numérisations, pour un document qu’on va utiliser dans l’exposition par exemple sur une œuvre ou un créateur, on en aura numérisé 3 ou 4 autres, qui ne figureront pas dans l’exposition mais viendront grossir les archives.
Avant l’ouverture du Musée, nous avons fait des listes : quels genres ne doit-on pas avoir oublié quand on ouvrira ? Quelles sont les principales œuvres de ce genre, les principaux créateurs ? et les recherches et numérisations sont parties de là. Ce n’est pas parfait, évidemment, mais comme nous sommes face à plus de 33 millions de documents couvrant 30 km de rayons et plus de 160 ans, nous savons que le public nous pardonne nos possibles oublis ! et surtout, les internautes nous contactent pour nous faire part de leur idées, leurs envie, et nous intégrons cela dans la « file de numérisation », si toutefois nous avons des archives.

6/ Pourrait-il y avoir des moments de « in real life »  du musée Sacem ?
Il y en a déjà à vrai dire. D’abord, nous avons produit une exposition sur les femmes créatrices sur 12 panneaux qui circule dans les régions via nos réseau régional – elle a été vue au MUPOP à Montluçon en juillet, à la BNF en décembre, et dans de nombreux SMAC et conservatoires. Nous prêtons également des archives aux expositions sur la musique comme celle sur Barbara l’an dernier à la Philharmonie, ou lors du Printemps de Bourges.
Mais nous réfléchissons à aller plus loin, en partenariat avec des festivals sur certaines esthétiques, et même de manière plus décalée et moins attendue, avec des lieux publics pas forcément associés à la musique ni à la culture… mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment, c’est en pleine réflexion. On espère un bel effet de surprise, en tout cas !

7/ Pouvez-vous un peu nous parler de vos pocdasts?
Nous sommes particulièrement fiers de pouvoir présenter des podcasts gratuits et inédits sur le Musée, mais également disponibles sur toutes les plateformes de podcasts ! C’est une idée qui est venue conjointement à deux journalistes, Philippe Barbot (Télérama, Rolling Stone…) et Stéphane Lerouge (Monsieur Musique de Film chez Universal et ailleurs) qui, possédant des armoires de K7 et autres entretiens enregistrés non exploités et non numérisés, nous ont proposé de les rendre disponibles sur le Musée contre restauration et numérisation. Ce sont de véritables trésors, car ce sont des entretiens longs, faits en confiance, sans la pression de la « promotion en 5 minutes chronos » qui est fréquente de nos jours. Entendre Gainsbourg, Misraki, Horner ou Brassens parler de leur œuvre et de leur création, c’est toujours un plaisir, et ça n’a pas pris une ride !
Nous allons continuer à produire des podcasts, en les ouvrant à d’autres répertoires – jazz, world et classique- sur 2018.

8/ Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet sur les chansons coquines en 2019?
Au départ, l’idée – un peu capillotractée- c’était « on fête en 2019 les 50 ans de 69 l’année érotique ». Et puis, à la réflexion, nous avons décidé d’en faire une série récurrente, chaque année au moment de l’été – à l’ouverture de la saison des festivals, avec la détente et le soleil, nous nous sommes dit que ce serait un moment sympathique, et que la France ayant une tradition solide de chanson coquine, érotique et interlope, nous avions de quoi traiter une ou deux décennies par an, sans problème ! On s’est créé notre propre marronnier, en fait !

visuel : affiche de l’exposition

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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